Ateliers d’écriture, une histoire de Liberté par Ella Balaert

A l’occasion de la sortie de son nouveau livre Cette semaine, nous avons demandé à Ella Balaert qui anime régulièrement des ateliers d’écriture de nous faire partager son expérience. Un très beau texte en forme de cartographie humaine. Ecrivain, Ella Balaert a publié une quinzaine de romans pour les adultes et la jeunesse notamment chez Belin, Zulma, Flammarion. Agrégée de lettres, elle a  renoncé à sa carrière universitaire pour se consacrer à l’écriture, la sienne et celle des autres.

Ils sont jeunes ou moins jeunes, ils ont l’habitude d’écrire ou sont en désamour avec l’écriture… depuis quinze ans je travaille avec eux, auprès d’eux, pour eux, en ateliers d’écriture. Les rencontres se font en milieu scolaire, en bibliothèques municipales pour tout public, en lien avec des associations culturelles ou à l’occasion de résidences. J’anime les ateliers seule ou en relation avec des photographes, des plasticiens, voire des comédiens. Pour écrire ce témoignage, j’ai relu les comptes-rendus qu’au fil des ans j’ai rédigés à la demande de la Maison des écrivains ou d’autres institutions. J’aurais pu tout reformuler, polir et lisser. Je préfère en livrer quelques extraits bruts, portés par l’enthousiasme ou la colère, marqués par la foi ou traversés de doutes.

Avant la rencontre : Avant la rencontre, il y a la route: Pendant des années, j’ai habité Senlis, dans l’Oise, une ville sans gare à moins de dix kilomètres. La plupart des ateliers m’étant proposés hors région, pour le moindre d’entre eux, j’avais entre trois et huit heures de voyage. J’étais ce qu’on appelle d’un mot que je déteste, une « intervenante ».
Extrait 1 : (2005, Cléry) « D’abord, il y a la nuit. L’intervenante se lève tôt. Sans bruit pour ne pas réveiller les enfants. Tient son bol de café à deux mains, même s’il brûle, en se concentrant sur l’arôme. Fait le plein des toutes premières sensations du jour. Guette les premiers trilles d’oiseaux. Croise le camion-poubelle à 5 heures 25 à l’angle de la rue. En traversant la forêt, tente de repérer un cerf et des biches. Après la voiture un premier train, sur une ligne de banlieue. Dans celui de 5 heures et quelques du matin, flotte un silence palpable. Les gens ont presque tous les yeux fermés. Menton sur la poitrine, ou tête renversée contre le dosseret du fauteuil et mâchoire tombante, ils prolongent leur sommeil. Encore fatigués de la nuit. Ou plutôt, déjà fatigués du jour. Ils ne font pas riches. Ils ne sont pas vieux. L’intervenante aussi ferme les yeux. On ne va pas se gêner à se regarder dormir. Pour eux, c’est tous les matins… Paris, métro, changement de train (l’intervenante roulée en boule, tête sur le sac, manteau remonté comme une couverture jusqu’aux yeux, billet de train coincé dans la tablette pour le contrôleur), taxi. Le chauffeur parle du temps qu’il fait, qu’il fera, plus tard, dans la journée. Si les prévisions sont bonnes. La phrase suivante exprime le degré de confiance que le chauffeur met dans les décideurs, les annonceurs, les politiques. Ceux qui font la pluie et le beau temps dans notre pays. »

Question de vocabulaire : Mais pourquoi diantre raconter tout cela ? On s’en fiche. Parlons des ateliers, de l’écriture, du travail de la langue et des représentations mentales qu’il induit… Oui oui, j’y viens, mais c’est important, aussi, les à-côté des ateliers. Et le vocabulaire.
Extrait 2 : (2002 : Les Andelys) « Qui suis-je ? une « intervenante ». Ni nom, ni prénom ou si peu. Normal, puisque je fais des « interventions ». Sans gyrophare et sans casque, mais j’interviens dans la classe, donc, en toute logique, je suis une « intervenante ». Pourquoi pas. Va pour le masque à gaz – après tout, s’il s’agit souvent d’apporter un peu d’oxygène… Et pourtant, cela me gêne. Ce n’est pas une question d’ego. C’est l’image de l’écriture qui est en jeu. Un « intervenant » donne des trucs, des techniques, des recettes : un personnage, une histoire, de l’action, une pincée de suspense et, cerise sur le gâteau, « la chute finale », refrain bien connu des auteurs de nouvelles. Seulement voilà, l’écriture ne se réduit pas à une somme de simples techniques. Un(e) autre, à ma place, s’y prendrait tout à fait autrement. Toute écriture a une histoire et toute histoire est tramée, tissée dans du vivant. « Intervenant », ça ne vit pas beaucoup. Ça aide à survivre. Remarquez, c’est déjà ça ».

L’attente inquiète et fébrile : Avant la rencontre, il y a aussi les questions. Comment seront-ils et moi, serai-je à la hauteur de leurs attentes ?
Extrait 3 (Blois, hiver 2002, ateliers en lycée, sur un thème imposé par la structure organisatrice)
« Courage. N’ayons peur de rien : avec des jeunes ce matin, on va parler de et on va écrire sur… l’Autre. Rien que ça. Dans le train je cherche avec quels mots amorcer le thème. C’est qu’il n’est pas facile ! L’autre différent, dont l’altérité séduit ou effraie ; l’autre, semblable à moi, tellement même que je m’y perds, que dans le miroir l’image se brouille, s’abime, s’altère, au point que je ne m’y reconnais plus. Et si l’autre le plus autre gisait au plus profond de moi ? Certes, voici une idée qui me met hors de moi et qui m’aliènerait pour un peu… Ballottées au rythme des roues, les idées se bousculent. Allons, décidément, ce thème m’inspire. J’ai la tête pleine d’un peuple d’autres. Je vais tout leur déballer, tout leur balancer, tout ce que l’autre me dit, me suggère, me murmure au creux de l’oreille. Je vais les saouler, les sonner, leur lire des textes, leur raconter des films et des contes. Parce que l’autre, c’est immense, c’est grouillant, c’est infini. Parce que l’autre, c’est la vie même et touche à l’essence, à la source de l’écriture. Ecrire, n’est-ce pas altérer ? Rebaptiser ? Recréer ? Changer les choses ? Le monde, peut-être ? A quoi bon sinon, à quoi bon si c’est pour écrire tous pareillement et ne rien bouleverser?
Entretemps je suis arrivée au lycée. La porte s’ouvre. Je reste une seconde au seuil de la classe. Ça me gifle en silence : l’autre, c’est moi. Et en face, les autres, ils sont trente, attentifs et curieux. Faut y aller. J’entre. »

Et eux : comment sera-t-elle et saurons-nous y faire ?
Extrait 4 (Champigny-sur-Marne) « Je ne sais pas l’image que je vais leur envoyer du métier, durant ces quelques séances, mais je sais leurs a priori sur la question. Ils me l’ont dit, sans méchanceté, dès le premier jour : un écrivain, selon eux, c’est quelqu’un de « fermé, renfermé, isolé, solitaire, austère, sans vie de famille ». « Un rêveur », « qui a de l’imagination, des idées dans la tête, des opinions sur tout ». « Une grande culture, des références et des citations plein la bouche ». « Quelqu’un de spécial ». « Qui fait des crises d’hystérie devant la page blanche ». « Les écrivains d’aujourd’hui s’intéressent à l’argent, et à la politique ». Leur imaginaire de l’écrivain sort aussi tout droit des manuels scolaires et des cours sur le XVIIIème siècle. « L’écrivain veut changer le monde, l’améliorer, c’est un philosophe, qui fait voir le monde autrement » mais « se sent impuissant à le faire».

Les rencontres
Avant-dire au projet de faire écrire. Les techniques d’approche de l’écriture diffèrent évidemment, d’un projet à l’autre. Mais quels que soient l’âge des participants, leur aisance ou leur peur face à la feuille, il est certain que dans toutes les situations, le maître mot est bienveillance. La crainte du ridicule n’a pas d’âge et les mots ont une telle faculté de se briser comme verre sous une remarque ou un rire moqueur !
Extrait 5 : (Blois, 2002) « Si certains (et sur plus de trente personnes, il s’en rencontre si vite) si certains commencent à ricaner, à reculer, à sortir du cercle, ça casse tout en installant chez les autres la honte, la gêne et l’inhibante peur du ridicule… J’ai dans mon sac un livre que j’ai lu dans le train sur « La tyrannie de la majorité », le terrible poids du regard de leurs pairs sur ces jeunes de collège. Il me rappelle pourquoi je suis là : pour qu’en chacun puisse s’exprimer la liberté de chaque minorité ».

Extrait 6 (après un atelier agité en zone difficile de la banlieue rouennaise, 2008) : « Il faudrait faire la morale, de la discipline et tout ce genre de choses (après tout, on est dans un collège, ça ne surprendrait personne). Continuer avec ceux qui font montre de bonne volonté : les autres, les laisser sur le côté (après tout, ils n’ont qu’à changer d’attitude). Remplir le contrat, achever la séance tant que bien que mal (après tout, on n’est pas si bien payé pour ce travail qu’il faille y laisser sa peau). Oui, c’est sans doute ce qu’il faudrait faire. Ce qu’il faudra, une autre fois, peut-être. Sauf que si je renonce à les faire écrire, eux surtout qui n’en ont ni le goût, ni l’envie, ni l’assurance, autant renoncer à écrire moi-même. Parce que c’est bien de cela que nos textes sont faits, aussi, de peurs, de hontes, de gênes, de colères, de pudeurs et de provocations. Allons, il faut que je réussisse à leur donner le courage d’écrire, même face aux autres qui rigolent, sinon je n’aurai pas celui de continuer moi-même ».

Cela relève de la foi. Et le plus souvent, presque toujours, le miracle a lieu.
Extrait 7 (Maromme, lycée technique, 2006) : « la magie a opéré, une fois de plus – si, par formule magique, on entend ce mélange d’enthousiasme, d’énergie et d’inébranlable foi dans ses capacités à faire quelque chose qui rend n’importe quel jeune désireux de conduire à son terme à peu près n’importe quel projet ».

De la bienveillance, donc. Et de la disponibilité. Quand l’atelier porte sur un thème que l’on nous impose, rien de tel qu’un petit jeu pour se mettre en train. Allez allez, on sort de soi, on s’ouvre à l’autre, au monde, il sera toujours temps de mettre ses tripes à plat, plus tard. D’abord, on joue. Après, on se prendra au jeu.
Extrait 8 (Orléans, 2004) « Pour l’instant, j’aimerais qu’on rêve, qu’on divague, si possible qu’on s’amuse. Je lance le thème dans la salle, comme une petite balle, qui rebondit de l‘un à l’autre, grossit et s’enrichit, ici d’une image, là d’un mot. Techniques habituelles d’animation. Je procède par association, décomposition, transposition. Le but est de faire émerger le maximum de débuts d’histoires possibles, de silhouetter une foule de personnages encore dans le brouillard, d’accrocher quelques mots à la constellation du thème. Pour l’instant, on esquisse. Même pas : on s’échauffe les méninges, on se stimule l’esprit, on s’excite un peu les papilles de l’imagination »

Il y a bien d’autres manières de s’échauffer, selon les projets.
Parfois, je me promène avec les groupes dans les rues. Calepin en main, pour collecter des indices et les futurs matériaux de nos textes. On a ainsi visité des bâtiments, des jardins, d’anciennes usines, rencontré des gens des quartiers, interviewé des corps de métiers, des responsables d’associations, pour les besoins d’un récit couleur locale, on a même organisé une fois une passionnante, émouvante et amusante rencontre entre deux anciens élus de Verneuil sur Avre, amis d’enfance, nonagénaires, qui avaient toute leur vie été des adversaires politiques.

Mais on peut aussi se promener dans les mots, les textes, la documentation. Plongée en apnée. Immersion dans les mots des autres avant de chercher les siens. J’ai toujours des livres sur moi, et un ou deux dictionnaires. Pas forcément le Larousse ou le Robert. Dictionnaire des symboles, des synonymes, de l’argot, des mots précieux, des mythes grecs, des lieux imaginaires… J’en ai tellement chez moi, j’aime les partager : entendre et lire des histoires, cela fait partie des droits de l’homme et de l’enfant.
Extrait 9 (Margny les Compiègne, classe de Segpa, thème imposé : l’environnement en danger) « Ils liront, ils ne liront pas, ils ne liront que les 4ème de couverture des livres, des revues, des magazines que je leur apporte: peu importe, de toute façon, nous en parlons, je lis des extraits et les mots appellent les mots. »

Et puis il reste les images. Tous les âges s’en emparent, toutes les plumes, des plus déliées aux plus hésitantes.
Extrait 10 (St Jean de Braye 2013, ateliers intergénérationnels, de 7 à 87 ans) « Photographies, illustrations, peintures, cartes anciennes, graffiti sur les murs de nos villes… J’en avais plein les cartons que j’ai déballés sous les yeux des jeunes et des moins jeunes présents à ces ateliers. On s’est amusé à croiser les âges, les styles, les supports, se renvoyant la balle d’un groupe à l’autre, à mi-chemin des textes, des dialogues. Histoires, contes, mots doux et confidences : les mots, traversant les images, sont allés des Jeunes aux Anciens et réciproquement, dans un échange assez joyeux, ma foi! On s’est parlé d’abord à distance, chacun dans son espace de vie, résidence médicalisée ou centre aéré, pour des raisons logistiques, puis à deux reprises, les groupes se sont rassemblés dans des moments de partage et de mise en bouche des mots (lectures communes) et des mets (frites et calamars…). »

tumblr_n95vo36Tqt1sm1m3co1_500Voilà, nous y sommes. Prêts à écrire. L’imaginaire chauffé à blanc, à noir, à rouge vif, à toutes les couleurs de la vie. Moins prêts à ré-écrire, se corriger, raturer, quand l’atelier est imposé (dans un cadre scolaire, par exemple), en particulier auprès d’un public en difficulté.
Extrait 11 (Margny-les-Compiègne, 2007) « J’essaie d’imaginer ce qu’ils ressentent. Personnellement, 10 séances de kiné, 10 fois deux heures de rééducation d’un muscle douloureux dès qu’on le touche, 10 injections de désensibilisation au pollen de bouleau, 10 verres de jus de citron pur, j’aurais du mal. Alors 10 séances d’écriture, pour des jeunes de segpa que le système scolaire a stigmatisés! Mais l’écriture a ceci de grisant qu’elle donne un sentiment de toute puissance. Quand on écrit on choisit. Les choses sont comme on les a décidées. Compiègne est inondée et le virus WoaX rend fou, c’est comme cela, personne n’y peut rien. Sauf toi qui l’as écrit. Alors 10 séances pour que le monde, au moins celui que tu as créé, t’appartienne, et pour que tu éprouves ta liberté, ce n’est pas trop ».
Extrait 12 (Bourges, 2012) « Il n’y a pas de naturalité de l’écrit. Même l’impression de spontanéité du verbe, est le fruit d’un travail — le mot fait soupirer la plupart — d’une opération — trop médical, ou mathématique — d’une transformation, d’une mutation — ah, je sens que le mot leur plait davantage, ça fait E.T.,Volverine, Men in Black et autres mutants — d’un maquillage — le mot fait sourire, retour au connu, au frivole, au léger, mais oui, allez, on n’est pas là pour souffrir ».

Où l’on voit réapparaitre la notion d’ « intervenante »
Extrait 13 (2005, Orléans) « Je reçois les textes quelque temps après. Je vais les lire, les annoter, suggérer des pistes de réécriture, avec toujours cette interrogation évidente, essentielle : comment ne pas heurter leurs auteurs ? Comment l’intervenante va-t-elle ne pas trop intervenir dans les textes : intervenante, le mot est laid, et la chose a ses limites. Ce sont leurs mots, c’est leur style. Pas question d’unifier, de couler dans un moule, dans un uniforme. Mais indiquer quand même comment « améliorer ». C’est-à-dire au fond, comment poursuivre dans sa voie, dans sa voix, plus lucidement, radicalement ».
Et cela, aller plus loin dans son propre cheminement, est valable pour tous, jeunes participants imposés par une structure ou participants adultes et volontaires au sein de bibliothèques ou d’associations, car  partout il s’agit de rendre l’écriture plus critique. Et c’est encore une affaire de libération.
Extrait 14 (Paris, 2014) Qu’on en fasse un grand cri (colère ou joie qu’importe, pourvu qu’on ait l’ivresse) ou qu’on l’inscrive en silence sur l’intimité de sa page blanche, le mot s’aventure : il vient du rêve ou du réel, il vient de très loin ou de tout près, il circule, il voyage, il passe dans le corps, ventre, poitrine ou voix de tête, il file au bout des doigts, vole un instant dans les airs, se fait murmure intérieur ou clameur, se pose sur la feuille en bonne compagnie, enfin se fait texte (invention ou confession, qu’importe, pourvu qu’on ait la liberté).

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Restitutions
Je pourrais continuer très longtemps. J’ai tant de souvenirs forts! Les ateliers avec les tout-petits qui savent à peine écrire leur nom, les ateliers des Anciens dont la mémoire défaille, les ateliers dans des zones défavorisées où le couteau planté dans le ventre du copain la veille rend un peu dérisoire l’exercice du jour, (« On ne parle de nous que dans ces cas-là », soupire une jeune fille), les immersions 12 heures sur 24, dans des séjours-écriture d’une semaine au pied des montagnes, le travail avec les plasticiens, les photographes, les comédiens, les ateliers où la question, dans un premier temps, n’est pas de savoir si on va parler de viol ou d’attouchements, mais si on va parler tout court; les ateliers cup-of-tea où chacun cherche, dans les vapeurs de bergamote et les petits fours au chocolat, comment  franchir la distance  entre l’impensé, l’impression – et le mot sur la page.
Il faut conclure. Je vais le faire sur la fierté. Car chez tous, petits et grands, en fin de parcours, il y a la fierté. Personnellement, j’aime que l’on arrive à produire, fabriquer, restituer quelque chose de fini au groupe qui a vu naitre et vivre le travail de chacun. Cela peut prendre des formes extrêmement variées et connaitre un écho très variable également. Il y a eu des restitutions publiques, médiatisées par la presse locale ou relayées sur Internet, donnant lieu à des publications, des expositions ou des représentations théâtrales; d’autres ont été plus discrètes, on restait entre nous, pour des lectures privées. Peu importe. L’essentiel n’est pas là. Mais dans le chemin parcouru, de soi, à soi.
Extrait 15 (Amiens, 2014) « J’ai passé trois jours avec un groupe d’enfants du voyage. On a fait connaissance, on a écrit un texte à partir du nom de leurs caravanes, des bouts d’histoires qu’ils ont inventées, des récits que je leur ai racontés, on a visité le Musée de Picardie, on a été dans la librairie de Stéphane (Pages d’encre) dépenser les bons d’achat qui leur avaient été offerts, on a partagé des repas, des moments de rigolade et d’autres plus sérieux, et le troisième jour, on a été écouter notre texte lu par un autre groupe d’enfants sur la grande scène de la Maison de la Culture d’Amiens. Comme ils étaient fiers d’eux! Et moi aussi! »
Extrait 16 ( Vallée du Cailly, 2006) « (exposition d’herbiers imaginaires, conçus, rédigés, fabriqués en volume par des jeunes) « Il y en avait de tous les styles, pour tous les goûts. Les élèves étaient fiers ; les enseignantes (merci à elles d’avoir tenu bon et de n’avoir pas ménagé leurs efforts) étaient fières, ravies de voir le travail abouti ; les parents, ah les parents, invités pour l’occasion et qui s’étaient même déplacés, avec pâtisseries et boissons maison, comme ils étaient fiers ! Dans ce quartier, c’est rare, paraît-il, de les voir, mais pour une fois qu’on ne les convoquait pas pour dresser de leurs enfants un tableau catastrophique ! »

Après les rencontres
Fin de journée. Voiture, train, métro, train, voiture. Je n’habite plus aussi régulièrement Senlis mais Paris. J’économise le temps d’un train et d’une voiture. Ces ateliers représentent des moments précieux d’ouverture sur le monde et de confrontation des expériences… on sort de soi, de son histoire, de son espace, de son lieu de vie et c’est toujours bon à prendre, même pour retourner ensuite chez soi, dans sa vie et dans sa tête.

Mais quand je reviens, le sac à histoires est vide. J’ai beau chercher au fond, je ne vois plus rien. J’ai tout donné. J’ai la tête percée. Les mots sont partis vivre leur vie ailleurs, dans d’autres textes. Il me faut toujours attendre quelques jours (de promenades, radio, feuilles blanches, musique ou silence) et quelques nuits (rêves et cauchemars) pour que cela revienne, peu à peu. Un jour, j’ouvre le sac : quelque chose grouille, au fond. C’est là. C’est revenu.

Ella Balaert, 7/10/2014
http://ellabalaert.wordpress.com

ella-balaert-2013Ella Balaert a publié une quinzaine de romans  (Belin, Zulma, Flammarion…), deux recueils de nouvelles et une quarantaine de textes en revues et recueils collectifs. Son roman  La lettre déchirée fait partie des “Lectures pour les collégiens” sélectionnées  par le Ministère de l’Education Nationale. Ancienne élève de l’ENS et Agrégée de lettres, elle a  renoncé à une thèse et une carrière universitaire  débutante pour se consacrer à l’écriture, la sienne et celle des autres.

Le site de l’e-musée de l’objet qu’elle  vient de créer, sur lequel elle accueille ces objets qui nous sont  chers: http://objetsdefamille.wordpress.com

9782701159829FSDernier livre paru: George Sand à Nohant, drames et mimodrames, Belin, 2012  (le roman d’une maison)

 

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