Apporter des mots au Moulin du réel

Marie-Pascale Lescot, qui enseigne l’écriture créative, notamment à Aleph-Écriture, participait à la première formation de formateurs de l’EACWP au Moulin d’Andé, dans l’Eure. Elle nous livre ici un extrait de son carnet de voyage, pour vous faire partager ces 4 jours intenses d’ateliers et de fascinantes rencontres. Une fois quittée l’autoroute, maisons en brique, jardins verts de juillet, manoirs normands, villages désertés. La Seine franchie, les coteaux sinuent au loin, Flaubert se rapproche. On arrive. À Venise, les paquebots coulissent derrière la ville comme des géants ; à Andé, le grand porche est trop bas pour laisser passer le bus. Un signe : ici, pas de perturbations. Allées de gravier, parc entretenu sans être manucuré, pavillon classique spacieux aux grandes fenêtres, lointains formidables dans l’humidité normande, gazebos dispersés sur les pelouses. On se dit : ici, ça devrait être possible, d’écrire, de rêver, de dormir, de parler. Présentation du premier soir. Ana l’Argentine demande où aller se baigner. On ricane : en tout cas, pas dans la Seine en contrebas. Premier matin. Au milieu d’un carré de tables, Alain André, directeur pédagogique d’Aleph, lance le … Lire la suite

Anna et Sigmund Freud au 20 Maresfield Gardens, Londres

Freud n’a vécu qu’un an, au 20, Maresfield Gardens, pourtant sa maison de Londres renferme l’essentiel de sa mythologie, sa collection d’objets archéologiques, ses meubles viennois et en particulier le célèbre canapé qui semble conserver sa mémoire. Sigmund Freud est arrivé de Vienne en 1938 à Londres pour fuir le régime Nazi. Il s’est installé quelques mois plus tard au 20, Maresfield Gardens avec sa fille, Anna, sa femme et sa belle-soeur. C’est dans cette maison-refuge qu’il a poursuivi sa pratique analytique avec ses patients et a écrit ses deux derniers livres. « Moïse et la religion monothéiste » (auquel il a mis la dernière main), et « Abrégé de psychanalyse ». Très proche de son père, Anna Freud a été son assistante à Vienne et entretenu avec lui une longue correspondance (qui a fait l’objet d’une traduction en français en 2012). Elle est ensuite devenue psychanalyste pour enfants, traçant ainsi des ponts entre sa vie, l’oeuvre de son père et la sienne. Son oeuvre théorique la plus connue: « Le moi et les mécanismes de défense » (1936), explore de manière plus pragmatique les théories … Lire la suite

Les aventuriers des mers de Sindbad à Marco Polo

Voyagez, le temps d’une exposition à l’Institut du Monde Arabe Pourquoi aimons-tant les récits de voyages, les récits d’aventuriers ou la poésie des anciennes cartes géographiques ? Pour comprendre cette passion, il est encore temps, pour quelques semaines encore, d’aller à l’Institut du monde arabe (IMA) visiter l’exposition « Les aventuriers des mers de Sindbad à Marco Polo »… et rêver à vos futurs récits de voyages… Il fut un temps où tout restait à découvrir. L’homme n’avait pas encore fait le tour du monde. Il fut un temps où les cartes géographiques étaient établies à partir de l’expérience des navigateurs. Elles reflétaient, avec fantaisie, une connaissance du monde très limité. Il fut un temps où la navigation était le seul moyen d’aller explorer les contrées lointaines. Il fut un temps où des aventuriers-marchands (ou marchands-aventuriers ?) partaient à la recherche d’une nouvelle route des épices et autres denrées rares à commercer. Il fut un temps où on embarquait à bord d’un navire, sans savoir quand et si on allait revenir. Il fut un temps où pirates, tempêtes et maladies faisaient partie du voyage. … Lire la suite

Turin cinéma

Ou comment, à l’occasion du stage « Écrire à Turin », le cinéma s’est invité dans les propositions d’écriture, apportant son art de la narration, de la mise en scène et de la présence. Par Estelle Lépine J’ai animé cet été un stage d’écriture de quatre jours à Turin. J’ai accepté le remplacement qu’on me proposait, séduite par l’idée d’accompagner l’écriture de textes nés d’une immersion dans un environnement non familier. Tout de suite, j’ai eu envie d’emmener les participants vers la fiction, qu’ils utilisent comme matière la ville et ce qu’elle offre d’images et d’imaginaire. Qu’elle devienne le décor de la traversée d’un personnage que chaque participant choisirait, et dont il s’agirait d’écrire les déplacements physiques comme intérieurs. Peut-être finirait-elle, cette ville, par devenir elle-même un personnage, un de ceux dont la rencontre révèle, affecte ou redessine une trajectoire. Des livres pouvant accompagner les propositions de ce stage, j’en avais en tête, beaucoup. Du surgissement des personnages à l’écriture des lieux en passant par le récit de voyage, Sylvie Germain, Georges Perec, Michel Butor, Claudie Gallay, Hélène Frappat, Cesare Pavese, … Lire la suite

Ecrire à L’Escola d’Escriptura de l’Ateneu Barcelonès

À la rencontre des écoles d’écriture dans le monde Découvrir comment l’écriture est enseignée en Europe et ailleurs, mais par le lieu, l’implantation géographique, l’environnement… Nous poursuivons notre tour d’horizon des établissements qui proposent des programmes d’écriture créative partout dans le monde. Aujourd’hui, carnet de voyage de Danièle Pétrès, qui a rencontré Jordi Muñoz, Directeur de L’Escola d’Escriptura à Barcelone, membre de l’EACWP. Ilôt de verdure et de calme au cœur de Barcelone (le quartier du Pau et des Rambla), l’Escola d’Escriptura, se cache derrière un grand porche, dans un immeuble du 18ème siècle. Lorsqu’on ouvre la porte de l’école sur le bureau des inscriptions, des visages souriants vous accueillent. Derrière eux, une centaine de couvertures de livres ornent le mur, comportant les titres qu’ont publié tous les élèves de l’école dans l’année : poésie, roman, nouvelle, essai, tous les genres sont représentés. Membre de l’EACWP (European Association of Writing Programmes) tout comme Aleph-Écriture, j’ai eu, grâce à cela, le privilège de découvrir cet endroit secret de Barcelone, guidée par Jordi Muñoz, le Directeur de l’école et Paco, professeur et responsable … Lire la suite

5 jours de quotidien pas ordinaire à Prague

Durant l’été, Laurence Faure a conduit pour Aleph-Écriture un stage dédié aux « Géographies intérieures » dans les locaux du journal littéraire et académie d’écriture Literárny Noviny, membre de l’EACWP. L’animatrice nous raconte ce que le déplacement géographique suscite dans l’écriture. Par Laurence Faure Du 26 au 30 juillet, j’ai animé un stage d’écriture pour 11 participants. Ils venaient de France, de Suisse et avaient choisi ce stage à Prague : Géographies Intérieures… Titre troublant, métaphorique pour un parcours qui invite les participants à écrire au fil des propositions des textes autobiographiques, documentaires, poétiques, des fictions… Les premiers jets ainsi produits, qui peuvent être retravaillés et qui témoignent de sensibilités singulières, répondent aussi à des questions qui peuvent être universelles : –       Qu’en est-il pour moi du voyage ? –       À quels indices je perçois le monde ? –       Rencontrer l’Autre ? Comment ? –       Voyager, être sédentaire ? Comment cela se manifeste ? Par quels tours de mots ? De souvenirs en rêveries fugaces, d’expériences, d’observations attentives en replis intérieurs, de compte rendus d’échanges en rencontres, chacun a pu vivre le voyage et l’écriture du voyage par ce stage. A Prague, où résonnent … Lire la suite

Ecrire à Turin

Estelle Lépine

Ecrire à Turin. Y venir connaissant la ville ou non, ayant rêvé ou non aux arcades de ses rues rectilignes, aux splendeurs de ses palais et de ses places, à son horizon de montagnes, à ses écrivains mélancoliques, à son glorieux passé industriel, à ses déclins et à ses renaissances. Lire la suite

Deauville, sans Sagan

Danièle Pétrès J’ai cherché où fuir la canicule et j’ai pris le train le 4 juillet, jour de l’Indépendance américaine. Je n’ai pas tout de suite pensé à Richard Ford, au deuxième volet de sa trilogie Bascombe « Independance Day », mais je n’ai pas oublié ces lignes qui résument ce qu’a compris le héros à travers son errance pendant ces fêtes américaines du 4 juillet: une compréhension en forme de métaphore de l’écriture : « s’attaquer à l’inexprimé, enfoncer l’étrave dans la banquise au sein de nous, procurer le bonheur d’une conviction au milieu du gâchis général d’approximations ». La canicule n’est pas une approximation, elle nous force à prendre parti, la subir ou la fuir. J’avais décidé cette année de m’en échapper, de retrouver mon indépendance de mouvements en climat tempéré. J’ai cherché le train le plus proche de la mer. C’était celui pour Deauville. Dans le train en face de moi, il y avait un autre réfugié climatique, un homme jeune, qui s’est vite excusé auprès de moi de laisser derrière lui sa femme et sa fille. J’ai du le rassurer. On reste ou … Lire la suite

Carnets de plage de Claire Ubac

Claire Ubac a travaillé dans l’édition et dans la presse, avant d’écrire en électron libre des romans pour la jeunesse, prétendant en tirer subsistance. Elle conduit régulièrement des ateliers d’écriture. Son dernier ouvrage Le chemin de Sarasvati (L’école des loisirs, 2009) a remporté de nombreux prix dont celui de la SGDL. Elle nous fait ici partager un de ses carnets de voyage, qui l’a accompagné cet été en Grèce et comporte de nombreux dessins. Lire la suite

Duras Song: Portrait d’une écriture au Centre Pompidou

Par Danièle Pétrès A l’occasion du centenaire de la naissance de Marguerite Duras, la bibliothèque publique d’information du centre Pompidou (bpi) et l’institut Mémoires de l’édition contemporaine (iMec) s’associent pour lui rendre hommage. A travers l’exposition d’une masse impressionnante d’archives et de manuscrits originaux, cet événement est aussi l’occasion de relire son oeuvre et d’assister à la projection de l’ensemble de ses films. Pensée par Thu Van Tran, plasticienne et directrice artistique avec Jean-Max Colars, critique d’art, l’exposition s’articule en deux espaces « Inside » et « Outside », livrant ainsi un double portrait de l’écriture de Duras. Côté « extérieur », ses prises de position dans la vie publique, déroulées comme sur un mur de protestation scandant les slogans: « Quand j’étais sur le dehors » / 1960-80 « Les sorcières les parleuses… Côté « intérieur », des pages de manuscrits rythmées de corrections souvent colorées pour les scénarios, annotées d’entre bleue pour les romans. Thu Van Tran, la scénographe de l’exposition souligne : « Il y a entre l’écrit, l’image, le son et l’espace, une certaine collision qui fait sens dans l’œuvre de Duras  et que l’on a … Lire la suite