Anna et Sigmund Freud au 20 Maresfield Gardens, Londres

Freud n’a vécu qu’un an, au 20, Maresfield Gardens, pourtant sa maison de Londres renferme l’essentiel de sa mythologie, sa collection d’objets archéologiques, ses meubles viennois et en particulier le célèbre canapé qui semble conserver sa mémoire. Sigmund Freud est arrivé de Vienne en 1938 à Londres pour fuir le régime Nazi. Il s’est installé quelques mois plus tard au 20, Maresfield Gardens avec sa fille, Anna, sa femme et sa belle-soeur. C’est dans cette maison-refuge qu’il a poursuivi sa pratique analytique avec ses patients et a écrit ses deux derniers livres. « Moïse et la religion monothéiste » (auquel il a mis la dernière main), et « Abrégé de psychanalyse ». Très proche de son père, Anna Freud a été son assistante à Vienne et entretenu avec lui une longue correspondance (qui a fait l’objet d’une traduction en français en 2012). Elle est ensuite devenue psychanalyste pour enfants, traçant ainsi des ponts entre sa vie, l’oeuvre de son père et la sienne. Son oeuvre théorique la plus connue: « Le moi et les mécanismes de défense » (1936), explore de manière plus pragmatique les théories … Lire la suite

Les aventuriers des mers de Sindbad à Marco Polo

Voyagez, le temps d’une exposition à l’Institut du Monde Arabe Pourquoi aimons-tant les récits de voyages, les récits d’aventuriers ou la poésie des anciennes cartes géographiques ? Pour comprendre cette passion, il est encore temps, pour quelques semaines encore, d’aller à l’Institut du monde arabe (IMA) visiter l’exposition « Les aventuriers des mers de Sindbad à Marco Polo »… et rêver à vos futurs récits de voyages… Il fut un temps où tout restait à découvrir. L’homme n’avait pas encore fait le tour du monde. Il fut un temps où les cartes géographiques étaient établies à partir de l’expérience des navigateurs. Elles reflétaient, avec fantaisie, une connaissance du monde très limité. Il fut un temps où la navigation était le seul moyen d’aller explorer les contrées lointaines. Il fut un temps où des aventuriers-marchands (ou marchands-aventuriers ?) partaient à la recherche d’une nouvelle route des épices et autres denrées rares à commercer. Il fut un temps où on embarquait à bord d’un navire, sans savoir quand et si on allait revenir. Il fut un temps où pirates, tempêtes et maladies faisaient partie du voyage. … Lire la suite

Ecrire à Turin

Estelle Lépine

Ecrire à Turin. Y venir connaissant la ville ou non, ayant rêvé ou non aux arcades de ses rues rectilignes, aux splendeurs de ses palais et de ses places, à son horizon de montagnes, à ses écrivains mélancoliques, à son glorieux passé industriel, à ses déclins et à ses renaissances. Lire la suite

Deauville, sans Sagan

Danièle Pétrès J’ai cherché où fuir la canicule et j’ai pris le train le 4 juillet, jour de l’Indépendance américaine. Je n’ai pas tout de suite pensé à Richard Ford, au deuxième volet de sa trilogie Bascombe « Independance Day », mais je n’ai pas oublié ces lignes qui résument ce qu’a compris le héros à travers son errance pendant ces fêtes américaines du 4 juillet: une compréhension en forme de métaphore de l’écriture : « s’attaquer à l’inexprimé, enfoncer l’étrave dans la banquise au sein de nous, procurer le bonheur d’une conviction au milieu du gâchis général d’approximations ». La canicule n’est pas une approximation, elle nous force à prendre parti, la subir ou la fuir. J’avais décidé cette année de m’en échapper, de retrouver mon indépendance de mouvements en climat tempéré. J’ai cherché le train le plus proche de la mer. C’était celui pour Deauville. Dans le train en face de moi, il y avait un autre réfugié climatique, un homme jeune, qui s’est vite excusé auprès de moi de laisser derrière lui sa femme et sa fille. J’ai du le rassurer. On reste ou … Lire la suite

Carnets de plage de Claire Ubac

Claire Ubac a travaillé dans l’édition et dans la presse, avant d’écrire en électron libre des romans pour la jeunesse, prétendant en tirer subsistance. Elle conduit régulièrement des ateliers d’écriture. Son dernier ouvrage Le chemin de Sarasvati (L’école des loisirs, 2009) a remporté de nombreux prix dont celui de la SGDL. Elle nous fait ici partager un de ses carnets de voyage, qui l’a accompagné cet été en Grèce et comporte de nombreux dessins. Lire la suite

Duras Song: Portrait d’une écriture au Centre Pompidou

Par Danièle Pétrès A l’occasion du centenaire de la naissance de Marguerite Duras, la bibliothèque publique d’information du centre Pompidou (bpi) et l’institut Mémoires de l’édition contemporaine (iMec) s’associent pour lui rendre hommage. A travers l’exposition d’une masse impressionnante d’archives et de manuscrits originaux, cet événement est aussi l’occasion de relire son oeuvre et d’assister à la projection de l’ensemble de ses films. Pensée par Thu Van Tran, plasticienne et directrice artistique avec Jean-Max Colars, critique d’art, l’exposition s’articule en deux espaces « Inside » et « Outside », livrant ainsi un double portrait de l’écriture de Duras. Côté « extérieur », ses prises de position dans la vie publique, déroulées comme sur un mur de protestation scandant les slogans: « Quand j’étais sur le dehors » / 1960-80 « Les sorcières les parleuses… Côté « intérieur », des pages de manuscrits rythmées de corrections souvent colorées pour les scénarios, annotées d’entre bleue pour les romans. Thu Van Tran, la scénographe de l’exposition souligne : « Il y a entre l’écrit, l’image, le son et l’espace, une certaine collision qui fait sens dans l’œuvre de Duras  et que l’on a … Lire la suite

La roue du silence

Dominique Vautier

Celui-ci est couleur mandarine. Le précédent était noir. Celui d’avant arborait des motifs moirés. Ainsi vont les carnets. 10 cm sur 15, pour entrer dans le sac. Serrés par un élastique. Indispensable, l’élastique. Permet de coincer le crayon à l’intérieur. Et puis, pas question qu’ils s’ouvrent à tous les vents, sous tous les yeux. Et quand ils s’ouvrent… Lire la suite

Carnets de Valérie CLÒ

Souvent le matin, je me réveille avec la sensation d’avoir les doigts pleins de mots et qu’il ne faudrait pas que je les secoue trop sinon ils risqueraient de se répandre partout. Il me faut mon carnet d’urgence pour les déverser. Je dis carnet mais une feuille, un morceau de papier, un bout de magazine, une enveloppe, tout ce que je peux saisir au pied du lit pourrait aussi bien convenir. C’est mon carnet exutoire.

J’y jette ma peine, mes mots bleus, c’est l’incohérence, la violence, l’étrangeté, les ruptures de ton, la sauvagerie, c’est tout ce que je ne montrerai jamais. Au milieu de ce flot, parfois un personnage, une situation, une idée d’histoire se dessine. Je les laisse alors jouer dans ma tête comme dans une cours de récréation. Il se peut que l’idée reparte pour ne plus revenir. Mais aussi qu’elle revienne et s’y installe. Lire la suite

Le carnet poétique de Kenneth White, la cueillette

Catherine Stahly Mougin Entrer dans l’imaginaire d’un objet, fragment prélevé au cours de pérégrinations, pour en faire une œuvre, un collage, une sculpture, un poème, tel est le chemin ouvert par Kenneth White dans son premier recueil de poèmes publié en France. Nous découvrons Le monde blanc, le froid « terrible » de Glasgow dans la ville natale du poète écossais. Dans les années 70, il choisit de vivre en France mais c’est en nomade qu’il l’habite, partageant son temps entre l’enseignement de la littérature américaine à la Sorbonne et sespérégrinations de par le monde et la poésie. En 1964 Pierre Leiris, alors directeur aux Editions du Mercure de France, traduit  et publie le tout premier recueil de poèmes En toute candeur. Dans la préface, il se souvient de sa première rencontre avec le jeune poète alors âgé de vingt-huit ans : « Je le trouvais pareil, de tous points pareil à ses écrits. […] Direct et chaleureusement vivant. D’une démarche souple et bondissante qui évoquait les randonnées à pied et faisait penser : le bon compagnon de route ! … Lire la suite

Le carnet, l’outil du lexicologue

Lachiver, collectionneur de mots

Marcel Lachiver a 6 ans lorsque son grand-père, journalier, lui offre comme cadeau de Noël un dictionnaire : c’est le premier livre qui entre dans la maison !

Au fil du temps, il s’aperçoit que son entourage utilise des mots qui ne figurent pas dans son dictionnaire. Lire la suite