Edito #1 Littérature & politique

Le livre au secours de la démocratie

Ce n’est pas un hasard si la presse mondiale a accordé un vaste écho aux conseils de lecture de Barak Obama, dont il faut rappeler ici qu’il a été le seul président en exercice à se voir décerner le prix Nobel de la paix.

Cet intérêt de la presse américaine s’est révèlé au lendemain de l’élection de Donald Trump, président aux idées populistes, qui ont poussé sur le terreau du chômage de masse et du terrorisme. Insécurité, pauvreté et crise financière dessinent, on le sait, deux courants de pensée qui s’affrontent.

Ceux qui s’emploient à refonder la démocratie en se réappropriant leur citoyenneté pour penser une république plus juste, s’investissent dans une société horizontale, participative, locale. Ils défendent la culture en ayant compris que seul le savoir peut permettre de se défendre contre toutes les tentatives de captation du revenu du travail ou de l’inféodation à des idéologies mortifères. Lire la suite

Barack Obama, le Président prescripteur de livre

Nathalie Hégron: Les livres qui ont marqué Barack Obama Que lit un Président ? That is the question à laquelle, tout au long de ses deux mandats, Barack Obama n’a cessé de répondre, expliquant l’importance de la lecture dans sa vie mais également celle de l’écriture : « La puissance des mots m’a permis de comprendre qui j’étais. » (in New-York Times, janvier 2017). Enfant, il a trouvé une source de réconfort dans la lecture : « J’adorais lire, en partie parce que je voyageais très souvent […] Avoir ces univers mobiles, qui m’appartenaient et dans lesquels je pouvais pénétrer, c’était très attrayant pour moi. » En 2006, Barack Obama a publié L’audace d’espérer, puis en 2009 Les rêves de mon père. À la Maison Blanche, il a raconté manquer de temps à consacrer à la littérature mais publiait quand même sa liste de lecture de vacances. L’été 2010, il a ainsi activement participé au succès de Freedom de Jonathan Franzen, présent dans sa liste. Le 18 janvier 2017, Michiko Kakutani, célèbre critique littéraire au New York Times a interrogé Barack Obama sur les lectures qui … Lire la suite

Si tu ne vas pas à la littérature, la littérature ira à toi

On fustige souvent l’époque : nous lisons de moins en moins de romans, nous ne nous intéressons plus au papier, nous passons notre temps derrière les écrans, sur les réseaux sociaux ou à consulter la presse en ligne, etc. La littérature serait-elle passée de mode ou sommes-nous au début d’une nouvelle ère où la littérature doit s’adapter ? Le DHC (distributeur d’histoires courtes) de Short-Edition est sans doute une forme de réponse à ces questions. Depuis quelques années, de nombreuses plateformes littéraires-communautaires se développent sur Internet en essayant de nous proposer de nouvelles approches de la littérature où lecteur et auteur sont plus impliqués. De nombreux concours sont organisés en ligne. Lecteurs et auteurs sont alors incités à partager leurs coups de cœurs ou écrits et l’ampleur de leur réseau peut pousser un éditeur à sélectionner leur texte pour une publication. Après la Thaïlande, qui a été pionnière en la matière (voir notre article d’août 2013), Short-Edition a eu l’ingénieuse idée de reprendre certains des textes (contes, nouvelles, micro-nouvelles, poèmes et bandes-dessinées) publiés sur sa plateforme afin de les diffuser sous un nouveau … Lire la suite

Exposition Lucien Clergue au Grand Palais

« Ce qui m’a poussé à faire de la photographie, c’était un désir d’être moi-même torero ou danseur, d’être dans le spectacle. C’est par le truchement de l’appareil photographique que je me suis introduit, au fond, dans ce spectacle … en allant dans les coulisses et en photographiant les acteurs. » Lucien Clergue

Par Marie-Hélène Mas

Tendres et vraies, morbides et poétiques, sensuelles et vibrantes… telles sont les premières photos de Lucien Clergue. Et c’est sans aucun doute ce qui séduit Picasso en 1953, et plus tard Jean Cocteau. De ces rencontres naissent une vraie collaboration, une longue amitié.

Pour comprendre, suivez-moi …

La première série de photos parle d’Arles, sa ville natale, ses maisons en ruine après les bombardements de 1944, ses enfants saltimbanques, ses gitans et sa corrida. Tour à tour réaliste, décalé, touchant ou cru, son jeune regard de photographe est déjà très affûté. Ces charognes luisantes et désarticulées, échouées sur la plage des Saintes-Maries-de-la-Mer, nous intriguent. Ces portraits de toreros et de taureaux baignés de sueur, de sable et de sang nous questionnent, nous choquent. Son regard bienveillant sur une communauté gitane festive et libre nous émeut.

Toutes parlent de son enfance bombardée, de son adolescence solitaire dans une France brisée qui essaie malgré tout de revivre.

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Anselm Kiefer, l’alchimie du livre

Anselm Kiefer, l’alchimie du livre Marie-Hélène Mas Anselm Kiefer est l’un des artistes allemands contemporains les plus doués de sa génération. Principalement connu pour ses sculptures et ses tableaux, on en oublie que ses livres représentent plus de la moitié de son travail et sont le fondement de son œuvre ‘grand public’. La BnF lui consacre actuellement une exposition dont il a réalisé la scénographie, où l’on retrouve dans une immense salle, les livres créés entre 1968 et 2015 sur les thèmes qui lui sont chers. Avec son regard affûté et romantique, il traite des mythes fondateurs de l’Allemagne, du travail de mémoire avec la Shoah, de l’identité allemande après le nazisme, de la « vie secrète des plantes », de la Kabbale, de la poésie et des femmes. On entre ainsi dans l’intimité de l’artiste, comme des portes ouvertes sur ces revendications, ses combats, ses fantasmes: « Dans mon œuvre, le livre est très important. Il est un répertoire de formes et une manière de matérialiser le temps qui passe. Pour moi, chaque livre recèle une onde qui se déploie, formant une … Lire la suite

La femme de l’ambassadeur de Katia Astafieff

Katia Astafieff vient de publier un premier roman: « La femme de l’ambassadeur ». Elle a suivi des ateliers d’écriture chez Aleph-Ecriture, notamment « Aboutir un chantier personnel ». Elle nous parle de son envie d’écrire et de la genèse de son livre. D’où vient cette envie d’écrire ? Il y a d’abord des souvenirs de collège, en troisième, où nous avions lu La Disparition de Pérec. C’était une vraie découverte : l’écriture pouvait être ludique, incroyable, contrainte mais magique, forcée mais forçant l’admiration face à l’exploit de l’auteur. C’est des années plus tard que j’ai commencé à participer à des ateliers d’écriture créative. Un moyen de jouer avec les mots et de partager ses textes. Puis, pour partager plus encore, j’ai commencé à écrire quelques livres pour la jeunesse : La petite histoire de Mirabelle et les fruits du verger et le Mystère de l’orchidée fantôme, deux ouvrages pour faire découvrir aux plus jeunes le monde fascinant des plantes. Et la Russie…. Pays fascinant par ses grands espaces, son histoire, sa littérature. Et ses grands noms. Nicolas Gogol, par exemple, m’y a accompagnée lors d’un périple … Lire la suite

« L’utilité de l’inutile » de Nuccio Ordine

Par Hervé Couton « N’est il pas curieux que, dans un monde pétri de haines insensées qui menacent la civilisation elle-même, des hommes et des femmes de tout age, s’arrachant en parti ou totalement au furieux tumulte de la vie quotidienne, choisissent de cultiver la beauté, d’accroître le savoir, de soigner les maladies et d’apaiser les souffrances, comme si, au même moment, des fanatiques ne se vouaient pas au contraire à répandre la douleur, la laideur et la souffrance? Le monde a toujours été un lieu de confusion; or les poètes, les artistes et les scientifiques ignorent les facteurs qui auraient sur eux, s’ils y prenaient garde, un effet paralysant. » Ce texte, extrait de l’introduction d’un article intitulé « L’utilité du savoir inutile » paru en 1939 a été  écrit par Abraham Flexner chercheur américain de l’université de Princeton. Dans cet article, Flexner nous propose un récit très intéressant de quelques grandes découvertes scientifiques pour montrer comment les recherches scientifiques, d’abord jugées inutiles, parce que dépourvues de toute visée pratique ont finalement débouchées contre toute attente sur des applications qui, du domaine des … Lire la suite

Les éternelles vacances de Jacques-Henri Lartigue

Par Danièle Pétrès Exposé pour la première fois à New-York à 69 ans, Jacques-Henri Lartigue photographie sa vie comme il l’a vécue: avec bonheur. La Maison Européenne de la Photographie lui consacre actuellement une exposition qui dévoile ses photos en couleurs totalement inédites bien qu’elles concernent un tiers de son oeuvre. Comme pour ses clichés de La Belle Epoque, devenus célèbres grâce à ces silhouettes en apesanteur et au regard mystérieux de sa muse Renée Perle, c’est l’amour et le plaisir de vivre qui font de ses clichés des souvenirs inoubliables. De Renée dans les années 30, à Florette dans les années 60, c’est toujours le goût de la beauté qui guide Lartigue lorsqu’il photographie son intimité. “Je suis empailleur des choses que la vie m’offre en passant“ dit-il dans son journal manuscrit, à Paris en 1968. Un journal qu’il poursuit tout au long de sa vie, entre deux tableaux et des milliers de photos. Les 100 clichés qu’a choisi d’exposer la MEP à Paris sont issues tout simplement de son album photo, prises avec son Rolleiflex ou, après 1950, … Lire la suite

Jana Gunstheimer: s’y mettre… ou pas

Danièle Pétrès Tous les écrivains connaissent bien ce sentiment, celui de ne pas avoir écrit ce qu’on devait écrire, de chercher à corriger sans fin ce qui l’a finalement été, ou encore de passer son temps à trouver des subterfuges « pour ne pas s’y mettre ». Chercher à retarder le moment où, une fois le livre écrit, il faudra le relire, et donc réaliser que ce qu’on a écrit n’est pas forcément du niveau de ce qu’on pensait initialement écrire, se remettre en question, recommencer, etc. Parmi ces différents choix, la ratiocination et le « repentir » (revenir après épreuves sur ce qui a été publié), sont deux compagnons de route familiers de l’écrivain. Pour sa part, Jana Gunstheimer, artiste allemande, s’intéresse dans ses dessins monumentaux au travail d’atelier. Jana Gunstheimer propose à la fois une réflexion sur le rôle de l’art et une vision sur le processus de création. Sa série « The Artist’s Studio » (2015),  est à ce titre universelle. Non sans rappeler le processus de création du livre pour un écrivain, son œuvre “Age practicing Self-Censorship” (La pratique de l’auto-censure vient … Lire la suite

L’inassèchement de Miguel Barceló

A la Galerie Thaddaeus Ropac Un univers de seiche et d’eau, d’empreintes et de contours au fusain rappelle les dessins épurés et les pigments poudreux qu’on peut trouver sur les parois de la grotte Chauvet. Miguel Barceló peint un univers d’avant la vie, dont l’eau conserve encore le mystère. Entre les algues volatiles et des poissons mirobolants aux yeux rouges et aux carcasses granuleuses, surgit la poésie d’un Miró minéral, comme aperçu le temps d’un bref instant, pour être aussitôt dilué dans l’océan. « On voyait parfois Miró passer en taxi sur la promenade maritime » raconte Barcelo dans la préface du catalogue confiée à Enrique Vila-Matas. Les souvenirs de l’écrivain espagnol rencontrent alors ceux de Barceló, en un récit somnambulique qui se tisse entre un café et un portrait à la Javel et à l’encre noire. Tandis que Barceló embrasse la matière pour faire surgir des cratères et des roches sur ses toiles, Vila-Matas infatigable marcheur, arpentant les capitales, dresse un portrait solaire du peintre, tout en gardant les accents nocturnes propres à son écriture. L’exposition est envoûtante, hypnotique, et le … Lire la suite