Atelier Ouvert : les textes de la Nuit de la lecture à la librairie du Rideau rouge

Lors de la nuit de la lecture du 14 janvier, Aleph-Écriture a proposé un Atelier Ouvert à la librairie du Rideau Rouge dans le 18ème arrondissement à Paris. Après une lecture de différents textes d’auteurs autour du thème de la ville, les dix participants réunis à l’occasion de cet événement national ont été invités à écrire. La proposition d’écriture faite par l’animatrice, Solange de Fréminville, reposait sur le thème «  la ville, de ma fenêtre ». Une fois les textes achevés, lus et commentés par le groupe et par l’intervenante, ce sont les lecteurs à haute voix de l’association « Lire & Conter » qui ont procédé à la mise en voix de ces petits morceaux urbains de l’Est parisien… ou d’ailleurs. Découvrez ci-dessous ces petits morceaux urbains de l’Est parisien.   Un soir au cinquième étage de la rue Marx Dormoy – Mehdi Abaoub Un pigeon prend ses aises dans mon persil. Je me précipite ! Il s’envole déjà vers d’autres jardinières. Ma voisine de pallier entrouvre une fenêtre. Un nuage de buée en profite pour se dissiper. Le voisin d’en face laisse … Lire la suite

La clé

Alain ANDRÉ J’aime proposer de temps en temps un atelier d’écriture un peu particulier, baptisé « atelier ouvert ». Il se passe dans une librairie, dont le gérant, qui me connaît bien, me confie les clés. Le livre du jour est annoncé trois semaines à l’avance. Je prends soin de préciser qu’on peut venir à l’atelier sans avoir lu le livre. Ce matin, l’un de ces ateliers était programmé, mais je ne suis pas parvenu à ouvrir la porte donnant accès au couloir de l’immeuble (donnant lui-même accès à la porte blindée donnant elle-même accès à la librairie et, enfin, au petit mécanisme doté d’une clé, à l’ancienne, qui permet de faire descendre le rideau de fer, de façon à pouvoir ensuite déverrouiller la dernière serrure qui, elle, ouvre la porte du paradis aux participants de la modeste aventure). J’en suis resté à la première phase. Coincé là, dehors, debout devant la porte. Il faisait un peu frais, le ciel était entièrement bleu, j’avais trouvé pour ma voiture une place à quelques pas du port. J’ai placé la clé dans différentes positions, … Lire la suite

Faire écrire après

Estelle Lépine  J’entre, fébrile, dans l’école. Juste avant, je suis passée au coin de la rue dont on a tristement parlé quelques jours plus tôt, parce que les tueurs de Charlie hebdo y ont abandonné leur voiture. L’école élémentaire où j’anime des ateliers de poésie tous les mardis est à quelques pas. Je me demande comment les enfants ont vécu cette proximité, dont je ne doute pas qu’elle leur est connue. Je me demande comment ils ont vécu la minute de silence et les échanges qui ont dû l’accompagner. Je me demande surtout comment ils ont vécu cette barbarie. Dans la cour de récréation, l’habitude est que les enfants rejoignent leur animateur sous la feuille portant le nom de leur atelier, collée sur une fenêtre. Je les attends. Me parleront-ils des événements ? Ecriront-ils dessus ? Si oui, arriverai-je à les entendre, moi qui après le choc des tueries et la force des rassemblements me sens perdue, entre deuil et utopie, ondes de choc et vie qui reprend ? Ou bien auront-ils besoin de passer à autre chose ? Et dans ce cas, … Lire la suite

Panne

Par Solange de FRÉMINVILLE (Aleph-Écriture, Paris)

Ce texte, écrit en première année d’atelier régulier est le récit d’une panne. La proposition était d’écrire un récit en 3 temps démarrant par les phrases suivantes : « Tout se passa comme si »…, « Sauf qu’en ce temps-là »… « Mais finalement »…

Tout se passa ainsi

Tout se passa comme si je n’avais jamais écrit. Les trois phrases de la proposition d’écriture noircissaient le tableau de papier et paralysaient mon imagination.

Le blocage était collectif. Une connivence de potaches nous a rapprochés quelques minutes ; on blaguait, on avalait les derniers chocolats. Les uns trouvaient la proposition trop scolaire, les autres trop ouverte. Je me raccrochais autant que je pouvais à l’inhibition générale pour atténuer la mienne. Mais un à un, ils se mettaient à écrire. Lire la suite

Ateliers d’écriture, une histoire de Liberté par Ella Balaert

Cette semaine, nous avons demandé à Ella Balaert qui anime régulièrement des ateliers d’écriture de nous faire partager son expérience. Un très beau texte en forme de cartographie humaine.
Avant la rencontre : Avant la rencontre, il y a la route: Pendant des années, j’ai habité Senlis, dans l’Oise, une ville sans gare à moins de dix kilomètres. La plupart des ateliers m’étant proposés hors région, pour le moindre d’entre eux, j’avais entre trois et huit heures de voyage. J’étais ce qu’on appelle d’un mot que je déteste, une « intervenante ».
Extrait 1 : (2005, Cléry) « D’abord, il y a la nuit. L’intervenante se lève tôt. Sans bruit pour ne pas réveiller pas les enfants. Tient son bol de café à deux mains, même s’il brûle, en se concentrant sur l’arôme. Fait le plein des toutes premières sensations du jour. Guette les premiers trilles d’oiseaux. Croise le camion-poubelle à 5 heures 25 à l’angle de la rue. En traversant la forêt, tente de repérer un cerf et des biches. Après la voiture un premier train, sur une ligne de banlieue. Dans celui de 5 heures et quelques du matin, flotte un silence palpable. Les gens ont presque tous les yeux fermés. Menton sur la poitrine, ou tête renversée contre le dosseret du fauteuil et mâchoire tombante, ils prolongent leur sommeil. Encore fatigués de la nuit. Ou plutôt, déjà fatigués du jour. I
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Hôpital Bichat Hiver 2005

Par Dane Cuypers La salle n’est pas très gaie : elle se situe dans le service anesthésiologie. Avant c’était pire : il fallait passer devant la gérontologie. Soutenir le regard des vieillards dans leurs chaises roulantes : implorant ? accusateur ? Aujourd’hui il y a Monique, Virginie, Linda, Odette, Aline, Olivier, Patricia, Pierre. Tiens ! Jean-Claude n’est pas là, dommage. Ils sont souriants, amicaux. Agent hospitalier, infirmières, lingère, secrétaire médicale, diététicienne, je les retrouve depuis bientôt deux ans, tous les deux mois, parfois plus. Ils adorent l’atelier d’écriture. Ils me le disent. Ils me regardent à chaque début de séance avec la confiance foncière d’un enfant regardant sa mère. Chaque fois je me dis : une telle attente comment ne pas la décevoir ? L’hôpital ça me fout toujours  le bourdon. Aujourd’hui encore plus que d’habitude. Mais je prends l’air joyeux pour leur annoncer la séance : « Les mains ! » Je pose mon petit panier sur la table. Plein de trésors, je leur dis. Et je me tâte : oser allumer les photophores dans cette salle pourrie avec par la fenêtre ce ciel de tragédie ? Je le fais. J’allume. Magique. Nous … Lire la suite

LA PHRASE LON………………………..GUE

Ecrire une phrase longue : la torture ! La phrase longue, c’est ce que je déteste le plus au monde, moi qui vous expédie une nouvelle en moins d’une page, une poésie en quatre lignes et un récit… non pas de récit justement, car, dans le récit, il y a de la phrase longue, vous savez celle qui décrit d’interminables paysages en hiver, puis en automne, puis à la Saint Glin Glin, avec tous les détails, la tonalité du ciel, le dentelé de la feuille de l’arbre, la couleur de la terre et sa consistance et son odeur, la forme des nuages et de la lune qui n’est pas encore là mais qui va bientôt arriver, et du soleil qui va se coucher comme-ci, comme ça Lire la suite

Je me souviens

Tellement peur d’arriver en retard que me voilà devant cette petite porte verte coincée entre deux marchands de sandwichs quarante minutes avant l’heure.

Je vais boire un troisième café ? Je marche un peu ? C’est bien là le 7 ? C’est la bonne rue ? Entre la rue Saint-Jacques, la rue du Fbg Saint-Jacques, la rue des Fossés Saint-Jacques… Je ressors le papier pour la dixième fois. Non c’est bien rue Saint-Jacques. Lire la suite

Un moment Alephien

Le bureau est éclairé, Hélène houspille son ordinateur qui traîne pour vider ses poubelles, François photocopie, du moins, il essaiera, quand il aura trouvé le toner et le mode d’emploi. Tout le jour, les objets ont ricané.

– Bonne année, au fait !

– Oui, bonne année , ça va, oui, bien… ils écrivent quoi, toi, ce soir ? ah oui, le monologue… Joyce ? Oui, Molly, il dit, la tête dans les entrailles de la machine…Moi c’est Ponge … Je pose mes sacs, mandarines, dossiers, chocolats, bouquins. Par quel bout je vais le prendre, Ponge ? Lire la suite

Théâtre intérieur de l’atelier

Par Claudine Tondreau Comme personnage, c’est une extra-terrestre, avec toutes les caractéristiques qui leur sont reconnues : peau pâle couverte de squames, hypersensibilité à la lumière, grandes lunettes et cette façon vieillotte, bleu marine, de se cacher sous les vêtements, avec, lorsqu’elle écrit, le soin du travail bien fait et la féroce volonté d’être précise bien que, je l’ai compris, c’est dans les étoiles qu’elle cherche son inspiration et que le temps est long pour y parvenir et donc je conçois, peu à peu, sans l’accepter cependant, que sa manière d’écrire n’est pas celle des humains et qu’il lui faut, secrètement, monter sur son vaisseau, parcourir un long chemin nocturne, éviter les mille périls que l’espace lui réserve, météorites, nuages crayeux lui saupoudrant les yeux, comètes lui brûlant la peau : voilà le long voyage interstellaire qu’elle a à entreprendre lors de chaque atelier, et personne n’imagine, tandis qu’elle suce l’extrémité de son stylo, comme elle est loin de nous, dans les ardeurs froides des combats cosmiques que son état d’extra-terrestre lui impose, assumés sans tristesse, avec une presque joie dans le … Lire la suite