Lecture publique

Par Alain ANDRÉ

Bien sûr, il y a la lecture. J’ai écrit un jour une autobiographie en une page, qui était mon autobiographie de lecteur.

Mais il y a aussi la lecture publique. L’envers de l’autre. Une lecture qui n’est ni solitaire ni muette, comme celle qui domine depuis que l’évêque Ambroise en a fait le pendant de la lecture publique, à voix haute, des textes bibliques, mais au contraire ouverte, une activité de don et de partage, où l’oralisation, entendue comme mise en voix, occupe une place essentielle. Lire la suite

Correction

Par Jacqueline Dupret
C’est une salle de classe ordinaire, mais les douze élèves de chaque groupe, et moi-même, sommes assis autour d’une seule table, faite du rassemblement des tables scolaires.

Dans chaque séance d’atelier, chacun peut donc non seulement écrire, mais aussi, à son gré, se lire aux autres, et recevoir du groupe des « retours » gratifiants et constructifs.

Capital est le contrat, que j’expose dès la première heure : pas de « fusil dans le dos » (pas de notes pour les créations), car un premier jet peut n’être qu’un essai, on pourra toujours y revenir, l’essentiel est d’écrire, avec les moyens du bord, qui ne sont pas nuls.

Et les élèves sont très soulagés par ce contrat, et de savoir qu’ils peuvent foncer tête baissée, écrire sur-le-champ ce qui leur vient, comme ça vient, à la suite de la proposition qu’ils entendent. Écrire vite ; écrire sans se retourner ; sans se laisser arrêter par le souci de tous les réglages. Lire la suite

Transgression

Lors de la première séance, elle fait un petit discours d’introduction, expliquant ce qu’est l’atelier d’écriture : la proposition d’écriture n’est pas un sujet, ils peuvent écrire ce qui leur vient. L’objectif est de se faire plaisir. Les fautes d’orthographe, pour l’instant, on ne s’en occupe pas, puisque c’est eux qui liront ce qu’ils ont écrit. Elle explique aussi qu’on ne juge pas les textes mais que, après la lecture, on essaie de dire ce qu’on a aimé, ce qui nous a touchés. Lire la suite

Rencontre

Béatrice DUMONT (Aleph-Ecriture, Bordeaux) Dans le mot rencontre, il y a contre. Étymologiquement, le mot rencontre renvoie à l’action de combattre. L’écriture, si elle est rencontre, serait-elle une énergie rétive qu’il faudrait dompter, mettre à nos pas, à nos mots ? Mais qui dit contre peut aussi dire tout contre. Tout combat implique un corps à corps. Qui perd et qui gagne, dans son combat avec l’écriture ? Y a t-il seulement un vainqueur et un vaincu ? Dans un atelier au long cours, il y a des moments de grâce. Ils éclosent parfois dans le silence qui suit la lecture d’un texte. Le temps reste suspendu une infinité de secondes. L’auteur reste inquiet, pendant que se déposent dans les yeux des auditeurs des poussières d’étoiles. Ce jour-là, à partir de cette proposition-là, pendant l’écriture de ce texte-là, à ce moment-là de son chemin d’écriture, cette personne-là a rencontré l’écriture. Cela ressemble à un coup de foudre. Mais ce n’en est pas un. C’est même tout le contraire : le fruit d’un patient cheminement, d’une persévérance obtuse. En atelier, on écrit docilement des textes, … Lire la suite

Accueil

Frédérique ANNE (Ateliers d’écriture Elisabeth Bing, Paris) L’atelier d’écriture est une terre d’accueil. Mais comment accueillir quand il n’y a pas de lieu, pas de porte à ouvrir, pas de sourire ? Comment parler d’accueil  dans ce lieu hors sol qu’est  l’atelier par courriel ? Accueillir chaque participant, sans le sourire de bienvenue. Dire quelque chose de soi, ne pas poser de questions, poser le cadre et dire la liberté dans le cadre. Dire l’unicité de la relation entre l’animateur et chaque écrivant. Je t’enverrai des retours sur ton texte et toi seul(e) les liras, ils ne seront qu’à toi. Et je te rappellerai, au cours du module 4, ce texte que tu avais écrit, au tout début du module 1, et qui t’avait donné du mal, et ce personnage que tu avais créé et qui ne cesse de grandir, de te surprendre et de surprendre tes lecteurs. Accueillir le groupe, sans table commune, sans théière, sans le regard posé sur l’un et l’autre. Accueillir le groupe dans un projet partagé. Chacun saura des autres un prénom et une écriture. Vous vous … Lire la suite

Dispositif

Généalogie

Jean Hyppolite (Introduction à la philosophie de l’histoire de Hegel, 1948, chap. 3) pose que, si la religion naturelle concerne la relation immédiate de la raison humaine avec le divin, la religion « positive », ou historique, elle, comprend l’ensemble des croyances, règles et rites imposés de l’extérieur aux individus, dans une société donnée et à un moment donné de son histoire.

Michel Foucault (élève du précédent) enquête sur la façon dont les « positivités » ou « dispositifs » agissent à l’intérieur des relations, dans les mécanismes du pouvoir (Dits et écrits, III, pp. 229 et suiv.). Le dispositif est une « formation » qui, à un moment donné, répond à une urgence. Sa fonction est stratégique : on manipule des rapports de force, on y intervient de façon concertée pour les développer dans une certaine direction ou les bloquer. Lire la suite

Rencontre

C’est un samedi matin, l’atelier doit durer le temps du week-end. Elle a accepté de venir, posé ses conditions. Il a téléphoné au ban et à l’arrière-ban de l’extrême-gauche locale, à quelques collègues, à des amis, à sa sœur même : on pouvait trouver les 12 personnes exigées, payer le train, l’hôtel, les repas, une salle (un gymnase). Il l’attend, après avoir garé la 4L en double file, fumant une gauloise filtre, debout devant la sortie principale de la gare. Il fait beau, grand soleil. Lire la suite

Cuisine

Par Astrid de Laage À seize ans, j’ai eu un job d’étudiante dans un coffee shop chic de Belfast. Le pâtissier avait de grandes espérances. Parfois, il venait au restaurant pour préparer « Le Gâteau de l’Année ». Ces jours-là étaient terribles. Il fulminait en claquant la porte de la cuisine derrière des heures d’expérimentation. Des odeurs de beurre et de sucre brûlé se coulaient sous la porte pendant qu’il criait, Je ne réussis jamais ce gâteau que j’ai en tête ! Jusqu’à ce que, quelques rêves et des heures de travail plus tard, le fameux « Gâteau de l’Année » sorte enfin de la cuisine.  Le pâtissier avait eu sa vision ! Écrire, ce n’est pas du gâteau. Cela vous parait évident. Pourtant, tout le monde ne sait pas ça. Et quel plaisir d’enfoncer les portes ouvertes, quand ce sont celles de la cuisine pour jeter un œil dans les coulisses. Nous y voilà,  dans cette chambre à nous, devant la face cachée de l’écriture. Les têtes se balancent au-dessus du papier et dans le silence, on peut entendre les phrases se répondre comme les … Lire la suite

Zone (proximale de développement)

Par Alain André Lev Vygotsky (1896-1934) a procédé à une véritable reconstruction de la psychologie. Au cœur de son système se trouve une théorie du développement mental. Son principal ouvrage, Pensée et langage, décrit le processus par lequel le langage, instrument des relations sociales, se transforme en instrument d’organisation psychique intérieure de l’enfant. Le processus va du social vers l’individuel, non l’inverse. Ces recherches conduisent l’auteur à la découverte de la dimension « métacognitive » du développement : l’enfant apprend à prendre conscience et à contrôler ses propres processus cognitifs. À rebours de Jean Piaget, Vygotsky prend en compte la façon dont l’enfant progresse concrètement, en articulant un développement finalisé et des apprentissages contextualisés : « L’école est dès lors le lieu même de la psychologie, parce que c’est le lieu des apprentissages et de la genèse des fonctions psychiques » (Schneuwly et Bronckart, op. cit.). Zone proximale de développement Cette théorie engage une terminologie spécifique, comme la notion de « zone proximale de développement ». De quoi s’agit-il ? Vygotsky considère que l’éducation ne se réduit pas à l’acquisition d’informations (que l’enseignant « transmettrait », comme si le savoir s’avalait … Lire la suite