Impact des ateliers d’écriture sur l’écriture autobiographique

Isabelle Rossignol: Ateliers d’écriture et écriture autobiographique
Écrire quoi ? Ma vie, bien sûr. Plus exactement, un épisode de ma vie. Oui mais comment ? Comment écrire cet épisode ? Je me heurtais à cette question. Je m’y suis heurtée pendant trois ans au moins. J’ai essayé la fiction. J’ai essayé le témoignage. J’ai essayé le récit autobiographique. Rien ne me convenait. La fiction était trop éloignée du réel, le témoignage était trop proche et le récit autobiographique, tel que je le pratiquais, me semblait trop peu littéraire. Il m’a donc fallu en passer par l’invention d’une forme singulière, forme qui est apparue parce que je suis allée puiser dans des recoins insoupçonnés, que seule l’écriture, par les chemins de traverse qu’elle m’a fait emprunter, a pu faire sortir de l’ombre. Lire la suite

L’écrivain public, de la plume à la toile

Après des études de psychologie et un beau parcours en communication interne dans une entreprise dédiée au voyage, Marie-Hélène Mas suit aujourd’hui le cursus universitaire de la licence « Conseils en écriture professionnelle et personnelle – Écrivain public » à la Sorbonne Nouvelle. Elle veut faire de l’écriture son métier. Par Marie-Hélène Mas Méconnu du grand public, ce métier s’adresse à des publics divers, regroupe de multiples facettes, de nombreuses missions et fait appel à des compétences accrues tant dans le domaine social, créatif que numérique. L’ancêtre de l’écrivain public n’est autre que le scribe de l’Égypte antique ! Il est, au sens littéral du terme, celui qui pratique l’écriture. Son activité consistait à écrire et recopier à la main des documents privés, des textes officiels, administratifs, religieux et juridiques à une époque où l’imprimerie n’existait pas et où les lettrés étaient rares. Aujourd’hui, si la première vocation de l’écrivain public est toujours d’écrire pour l’autre, son statut et ses missions se sont fondamentalement transformés. Son principal outil est le traitement de texte sur ordinateur ; sa motivation, le service aux autres ; ses expertises, plurielles et … Lire la suite

Fables indiennes: « Paroles de bêtes à l’usage des princes »

Par Marie-Hélène Mas Jusqu’au 3 Janvier 2016, l’Institut du Monde Arabe consacre son 7ème étage aux fables indiennes de Kalila et Dimna, et plus particulièrement à la version arabe d’Ibn al-Muqaffa, à l’occasion de l’exposition « Paroles des bêtes à l’usage des princes ». De vitrine en feuillet, nous découvrons ces illustrations colorées et ces textes manuscrits qui ont traversé les siècles. Une traduction de chaque fable exposée nous permet de suivre ces leçons de vie et des vidéos interactives font la joie des plus jeunes visiteurs. Kalila et Dimna sont 2 frères chacals vivant à la cour du lion. Si Kalila se satisfait de sa vie simple, Dimna, lui, ambitionne de devenir roi et tente d’y parvenir en utilisant ruses, mensonges et manipulations … Les Fables de Kalila et Dimna L’ermite et la mangouste, les corbeaux et les chouettes, l’éléphant et le lapin, le prince et le philosophe, le lion et le taureau… autant d’histoires qui s’emboîtent, de personnages qui se croisent pour illustrer de façon ludique des thèmes tels que l’amitié, la trahison, le rôle du savoir ou encore la … Lire la suite

Les enjeux de la traduction par Hilde Keteleer

Poète, romancière, journaliste presse et radio, Hilde Keteleer a été responsable durant plusieurs années de l’association Writers in prison en Belgique néerlandophone (PEN International). Elle est traductrice (français, allemand, néerlandais), notamment de Rilke, Rimbaud, Jelinek, Olivier Rolin et Caroline Lamarche et enseigne l’écriture créative pour l’école belge (flamande) Creatief Schrijven. Elle nous parle ici des enjeux de la traduction, avant d’animer un stage sur ces thématiques pour Aleph-Ecriture en avril prochain. Nuits blanches et colombes blanches En cette nuit d’insomnie, je médite sur l’insomnie. « Nuit blanche » dit-on en français. Lorsque j’y pense de cette façon, la nuit me paraît un peu plus douce, moins obscure. Non seulement elle résonne plus joliment mais elle paraît aussi plus belle. Ce n’est pas lié au tracé des lettres sur la page mais plutôt à ce qui se tient derrière les mots : l’image. L’insomnie en néerlandais (slapeloze) sonne agréablement aussi, avec le « o » et le « z », mais aucune image n’y est liée. Je suis jalouse, ici, du français. Il est facile, pour les francophones, d’écrire de la poésie : leur langue regorge de rimes et … Lire la suite

Parler à l’écriture

Estelle Lépine: « Parler à l’écriture »

Nos ateliers d’écriture sont aussi, beaucoup, des ateliers de parole. Traditionnellement, on parle autour des temps d’écriture, avant et après.

Après, on parle des textes que lisent les participants. Les mots de nos retours ont pour appui ceux qui ont été écrits. A partir de ce que nous entendons dans les textes, nos paroles ouvrent des questionnements dont les réponses seront à chercher dans l’écriture, tissant un dialogue que l’on espère fécond entre l’auteur, son texte et ses lecteurs.

Avant… Avant, au moment où l’on fait la proposition, on parle à l’écriture. Aux participants qu’on voit et à leur écriture qu’on ne voit pas, dont on ne sait jamais d’où elle va sourdre, sous quelle parure, avec quel souffle.

On ne sait pas et on lui parle, comme une voix dans la nuit. On s’adresse à quelqu’un dont on sait qu’il est là sans le voir tout à fait. Lire la suite

Le réalisme magique, une expérience, par Claudine Tondreau

Le Réalisme Magique, par Claudine Tondreau

Entre merveilleux et fantastique, le réalisme magique surgit dans un no man’s land indéfinissable, exploré tant par les peintres que par les cinéastes et les écrivains. Il y introduit « cette poésie centrale, cette atmosphère de rêve et de magie qui, pour certaines imaginations, se dégage tout naturellement du spectacle même de la réalité » (Edmond Jaloux). Bien plus que d’un procédé, il s’agit d’une manière d’être dans le présent et en même temps… de lui échapper. Franz Hellens parlera d’un réalisme à vif d’une telle qualité qu’on ne peut savoir le point où il devient une espèce de rêve et de folie. Éminemment poétique, le réalisme magique éclaire le réel, lui donne une solution à la fois miraculeuse et incontestable. Il transforme le quotidien, le théâtralise, le bouleverse, en recourant à des moyens communs au genre fantastique, mais avec un objectif différent (se distinguant cependant de ce qu’on nomme la fantasy, que l’intervention magique éloigne de la réalité). Il s’agit d’un courant, d’un ensemble, d’un mouvement aux multiples expressions selon les continents – et non d’un genre. Lire la suite

À quoi servent les ateliers d’écriture ?

Des ateliers d’écriture naissent à peu partout en France, aujourd’hui comme depuis le début des années quatre-vingts. Il est temps d’esquisser un bilan de ces drôles de machines. Elles sont aujourd’hui le support privilégié de l’une des « pratiques culturelles » préférées du grand public adulte. À quoi servent-elles au juste ? Alain André suggère quelques réponses, aiguisées par son expérience d’écrivain et de fondateur d’Aleph-Écriture… Par Alain ANDRÉ À quoi servent les ateliers d’écriture ? 1. À rien ? Au petit matin du 4 novembre 2011, je me trouvais dans la chambre 805 du « Golden Tulip Hotel de Ville », à Beyrouth, prêt à ouvrir une formation destinée aux animateurs de l’association « Kitabat »[1], l’association libanaise d’ateliers d’écriture. La veille, Georgia Makhlouf, présidente de l’association, m’avait rappelé que je participais à une table ronde, au Salon du livre de Beyrouth, sur le thème : « À quoi servent les ateliers d’écriture ? » Pendant ce rappel, j’avais revu le visage de ma fille de trois ans qui, lorsque je lui posais une question dont elle ne connaissait pas la réponse (rarement, à vrai dire), se contentait … Lire la suite

Comment j’ai inventé cette proposition d’écriture

Approchez d’abord ce livre (ou quoi que ce soit) « par le récit ». Retrouvez l’époque, le cadre, village de vacances ou bistrot parisien ; l’atmosphère ; l’instant précis, la posture physique de la lecture, assis ou allongé, dans un square un jour de beau temps, ou dans un train un jour de pluie ; les circonstances de la découverte du livre ou de sa lecture. Mais ne dites rien encore du livre proprement dit.

Puis approchez-vous un peu plus, en essayant de « raconter », mais le livre cette fois : l’histoire (et si vous la déformez, c’est la déformation qui est passionnante, on peut commencer à écrire un autre livre comme ça, comme Joyce reprenant L’Odyssée) ; le passage, l’image, l’impression qui vous sont restés le plus fortement ; le retentissement qu’a eu cette lecture en vous. Mais ne dites rien en termes de discours critique ou proprement littéraire. Lire la suite

Écrire : le désir et la peur

Comment « s’autoriser à écrire » ? Alain André a donné, sur ce thème majeur, une conférence au cours de l’université d’été « Écrire et faire écrire », qui s’est tenue à l’École Normale Supérieure de Fontenay-Saint-Cloud les 28-31 octobre 1991. Les Actes de l’université d’été ont été publiés sous ce titre en 1994, dans le cadre d’un ouvrage hors collection des Cahiers de Fontenay, coordonné par Christine Barré-de Miniac et Dominique Bourgain. Lire la suite

Écrire à plusieurs mains

Par Alain ANDRÉ Article écrit en introduction au dossier Lecture Jeune (03.2000)  Alain ANDRÉ est l’auteur d’ouvrages consacrés à la littérature et aux ateliers d’écriture. L’importance croissante des formes collectives d’écriture lui semble témoigner d’une tendance à la liquidation de la conception romantique de l’auteur. Elle s’affirme au profit d’un style de vie symbolique dans lequel autrui cesse d’être une abstraction. Renga Le renga, forme de poésie collective très réglée, connut une faveur extrême au Japon entre le 8ème et le 15ème siècle. Plusieurs personnes écrivaient à la suite. Chacune s’astreignait à lier son apport à celui de son prédécesseur, qui lui passait en somme la main et la voix. Ressuscitant le renga à la fin des années soixante, moins comme genre que comme système de production de textes, quatre poètes s’enfermèrent dans un hôtel de la Rive Gauche parisienne pour produire des poèmes à quatre mains et à quatre langues. Octavio Paz participait à l’expérience. Dans un commentaire qui précède le livre qui en résulta, intitulé Renga [1], il fait observer que leur culture commune de la poésie européenne, … Lire la suite