Tanguy Viel, Article 353 du code pénal

Cette semaine, Alain André vous propose d’écrire à partir du roman de Tanguy Viel, Article 353 du code pénal (Minuit, 2017). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 31 mars à l’adresse : atelierouvert@inventoire.com

Extrait

« (…) Et puis donc, la police, l’arrestation, tout s’est passé calmement. Ils ont usé des formules qu’on use dans ces moments-là.
Ce qu’on a appris en quelques pages, de la bouche du meurtrier lui-même, paraît plutôt simple. Comme le précise la quatrième de couverture : « Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis, surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit. »

L’intéressant, ici, c’est que le meurtrier est plus sympathique que la victime. Lazenec est un authentique escroc, on ne le regrette pas, d’autant que Viel a la délicatesse de nous épargner assez longtemps les détail de son exécution. Alors justement : et si vous rêviez un peu, vous aussi, à un délit en quelque sorte sympathique ? Bien sûr, il peut s’agir d’un meurtre, il m’arrive parfois, dans le monde qui est le nôtre, d’avoir envie de pendre un banquier, et on sait que la passion peut mener loin. Mais vous avez le droit de pencher vers une autre sorte de délit : vol à main armée, ça peut être tentant aussi, parfois. Ou bien ?

En tout cas, imaginez une situation dans laquelle votre narrateur a pu être conduit à passer à l’acte. Songez au récit bref qu’il est possible d’en tirer. Après tout, l’argument d’Article 353 du code pénal, réduit à l’os, se résume à peu de choses : un ouvrier divorcé et licencié assassine le promoteur immobilier qui l’a arnaqué en lui faisant investir toute sa prime de licenciement sur un projet qui relève de l’escroquerie pure et simple.

Ensuite, ma foi, faites passer votre délinquant aux aveux. Il s’adresse soit à un proche (une épouse, un père, un ami), soit à un officiel, gendarme, inspecteur de police, juge, à vous de voir.

Mais attention ! D’une part, on ne saura pas tout de suite à qui il ou elle s’adresse, parce que, dans votre dernière phrase, vous ferez comme Tanguy Viel à la fin de son prologue : vous intègrerez « j’ai dit au juge », ou « j’ai dit à mon mari », ou « j’ai dit à l’inspecteur », etc.

Et d’autre part, toujours à la fin, après avoir dit à qui votre délinquant s’adresse, vous finirez la phrase en beauté : comme Martial Kermeur, votre narrateur ou narratrice lâchera quelque chose qui justifie son passage à l’acte. C’est le « une vulgaire affaire d’escroquerie » de Kermeur, qui accuse la victime, et pas lui-même. C’était déjà ainsi dans les célèbres Crimes exemplaires de Max Aub : le meurtre est moins de la faute du criminel que de celle de la victime. Allez-y. Vous allez voir, ça fait du bien…

Proposition d’écriture

imaginez une situation dans laquelle votre narrateur a pu être conduit à passer à l’acte. Songez au récit bref qu’il est possible d’en tirer. Après tout, l’argument d’Article 353 du code pénal, réduit à l’os, se résume à peu de choses : un ouvrier divorcé et licencié assassine le promoteur immobilier qui l’a arnaqué en lui faisant investir toute sa prime de licenciement sur un projet qui relève de l’escroquerie pure et simple.

Ensuite, ma foi, faites passer votre délinquant aux aveux. Il s’adresse soit à un proche (une épouse, un père, un ami), soit à un officiel, gendarme, inspecteur de police, juge, à vous de voir.

Mais attention ! D’une part, on ne saura pas tout de suite à qui il ou elle s’adresse, parce que, dans votre dernière phrase, vous ferez comme Tanguy Viel à la fin de son prologue : vous intègrerez « j’ai dit au juge », ou « j’ai dit à mon mari », ou « j’ai dit à l’inspecteur », etc.

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Corinne Lovera Vitali, 78 moins 39

Proposition d’écriture à partir de l’ouvrage de Corinne Lovera Vitali, 78 moins 39 (éditions Louise Bottu, 2016)

Je vous propose de dresser rapidement la liste d’événements qui rythment votre vie ou celle d’un personnage : un anniversaire, une fête, une commémoration, par exemple.

Ensuite, choisissez-en un. Puis lisez deux nouveaux extraits du recueil :

« Mes cheveux sentent les fleurs mon pyjama sent les fleurs mes blessures sentent les fleurs l’ombre sombre sent (la terre) les fleurs »

« J’ai tant manqué oui j’ai tant manqué qui m’a manqué comment dites vous vous, moi je dis j’ai manqué j’en dis le moins possible je cherche à entendre, question de langue, langue de terre langue d’eau langue de ciel, question sans interrogation question sans affirmation, pourquoi la langue de terre tenait elle à me reprendre, pourquoi me reprendre, pourquoi me »

Vous voyez comment le ciel, les nuages, l’eau, la pluie ou la terre servent à l‘auteur de langue pour faire entendre les sensations et les éprouvés du temps de l’enfance.

Je vous invite donc à choisir à votre tour « votre langue » parmi l’un des éléments, celui dont vous sentez qu’il correspond le mieux à la couleur de votre souvenir.

Ensuite, écrivez trois fragments. Chacun d’entre eux comprend une seule phrase et joue du rebond des mots, de leur répétition et de leurs sonorités. Déroulez un fil rythmique, moins pour raconter que pour faire entendre les traces déposées par cette évocation. Lire la suite

Ecrire à partir de « La Plage » de Marie Nimier

Cette semaine, Juliette Rigondet vous propose d’écrire à partir de La Plage, de Marie Nimier (Gallimard, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maximum) jusqu’au 1er mars à l’adresse: atelierouvert@inventoire.com EXTRAIT « À la sortie des gorges s’ouvre une première plage. Une plage sans urbanité, une mer sans planche à voiles ni bateau de pêche, une mer pour elle-même, la mer, pourrait-on avancer, comme on dit l’espérance ou la vérité, limpide, dépouillée de tout rituel utilitaire, de toute résonance touristique. Ni cabine ni parasol, pas de flotteur non plus, pas de cri aigu ni de Excusez-moi pour le ballon. Rien à acheter, rien à vendre (…). Ici, pas d’odeur d’ambre solaire, de folklore à respecter, de foule à subir. La plage comme on la rêve, au début de l’été – voilà qui devrait l’aider à reprendre pied (…) Laissant la dune derrière elle, l’inconnue aborde la dernière crique et reconnaît les pierres laiteuses scellées de mousse rose qu’elle avait photographiées lors de son précédent voyage. Elle est sûre maintenant d’être tout près du but. Bientôt, elle s’allongera dans … Lire la suite

Vos textes, à partir de « 14 juillet » d’Eric Vuillard

Sylvie Néron-Bancel vous a proposé lors de la dernière quinzaine d’écrire à partir du récit d’Eric Vuillard, 14 juillet (Editions Acte Sud, 2016). Voici les 5 textes que nous avons sélectionnés parmi vos nombreux envois ! Encore merci de participer si nombreux à notre atelier ouvert sur internet !   Carine Rico   Au balcon Il faut imaginer un bruit. D’abord ténu, modeste, qui me mordille l’oreille puis qui grandit. Bientôt, il bourdonne, vibrionne, m’attire au balcon. J’ai posé sans regret mon roman sur l’accoudoir râpé du fauteuil. Des voix indistinctes, un long débit humain roule en bas, dans ma rue. Pourquoi défilent-ils aujourd’hui ? C’est courant ces temps-ci, une fois par semaine au moins, si c’est pas deux. Ça fait une attraction. Au bout, il y a la préfecture. Il en entend en ce moment le préfet ! Des hommes, des femmes, avancent, chantent, scandent des slogans dont je n’arrive pas à comprendre le sens. Il faut imaginer une crue soudaine, le lit de la rue déborde, le désert s’emplit de voix, l’humanité oublie de rouler ses mécaniques. Je plisse un peu … Lire la suite

Ecrire à partir de « Anatomie d’un soldat » de Harry Parker

Chaque objet a sa propre vie (fabrication, fonction, rôle à tel moment de l’action). Il donne à voir les faits et gestes auxquels il est associé, à la première personne, sans le moindre pathos, en désignant le capitaine Barnes à la seconde ou à la troisième personne.

Et si vous choisissiez vous-même une situation difficile à raconter « normalement » ? Il peut s’agir d’un événement historique — comme la prise de la Bastille évoquée par Éric Vuillard dans Quatorze juillet (Actes-Sud, 2016) ; d’un fait divers — comme celui qu’évoque Ivan Jablonka dans Laëtitia (Seuil, 2016) ; ou d’un événement vécu, et pas forcément aussi dramatique que celui qu’évoque Harry Parker — ou même d’une situation comique, ou totalement fictive ?

Une fois la situation arrêtée, faites une liste d’objets étroitement liés à l’événement ou à ses conséquences. Puis choisissez-en un et un seul. Et écrivez une brève scène du point de vue de l’objet. Respectez les trois règles que suggère Harry Parker lui-même : l’objet s’exprime à la première personne ; il s’adresse au personnage dont il dépend, si nécessaire, à la seconde ou à la troisième personne ; il ne connaît les pensées du personnage que lorsqu’il se trouve à son contact direct. Lire la suite

Ecrire à partir de Eric Vuillard « 14 juillet »

Cette semaine, Sylvie Néron-Bancel vous propose d’écrire à partir du récit d’Eric Vuillard, 14 juillet (Editions Acte Sud, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 1er février à l’adresse suivante : atelierouvert@inventoire.com Extrait « Qu’est-ce que c’est une foule ? Personne ne veut le dire. Une mauvaise liste, dressée plus tard, permet déjà d’affirmer ceci. Ce jour-là, à la Bastille, il y a Adam, né en Côte-d’Or, il y a Aumassip, marchand de bestiaux, né à Saint-Front de Perigueux, il y a Béchamp, cordonnier, Bersin, ouvrier du tabac, Bertheliez, journalier, venu du Jura, Bezou dont on ne sait rien, Bizot charpentier, Mammès Blanchot, dont on ne sait rien non plus, à part ce joli nom qu’il a et qui semble un mélange d’Egypte et de purin. On dit qu’il y eut, ce jour, près de deux cent mille personnes autour du monstre — ce qui représente la moitié de la ville, une fois retranchés les nouveaux-nés, les vieillards et les malades ; cela veut dire que tout le monde y est. Ce doit être une foule prodigieuse, une sorte de … Lire la suite

Ecrire à partir de « À ce stade de la nuit » de Maylis de Kerangal

Dans un premier temps, vous allez laisser surgir des noms propres : de lieux, de personnages célèbres, d’événements connus, de titres d’ouvrages ou de films. Vous en faites une liste.

Puis vous en choisissez un. Celui qui chemine le plus dans votre imagination, celui qui commence déjà à creuser un chemin par échos, par associations, par un réseau de mots, d’images ou de souvenirs. Vous vous emparez de ce nom par l’écriture, et le laissez se déployer sur les voies qu’il voudra prendre…

Écrivez à partir de ces associations, de ces bifurcations, de ces vagues… Je vous suggère de commencer votre texte par le mot qui a surgi, pour mieux le laisser envahir votre écriture. Lire la suite

Ecrire à partir de « Les mots entre mes mains » de Guinevere Glasfurd

Cette semaine, Alain André vous propose d’écrire à partir du premier roman de l’Anglaise Guinevere Glasfurd, Les mots entre mes mains (2014 et Préludes, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 30 décembre à l’adresse : atelierouvert@inventoire.com   Extrait « Je vois peu le Monsieur. Pourtant, il est partout où mon regard se pose — comme s’il se tenait quelques pas devant moi, qu’il venait juste de quitter mon champ de vision. En moins d’une semaine, nous sommes à court de chandelles et de sel. Il manque des verres dans le placard, que je retrouve sur le rebord de la fenêtre de sa chambre, remplis d’une eau grise. Il a pris un vieux plat d’étain dans la cuisine et l’a couvert de bouts de chandelles. Sur une assiette, il a fait couler des flaques de cire, avec la marque de son pouce sur chacune. Je me garde bien de toucher à tout cela. Il n’ouvre pas sa porte avant midi, puis s’absente et envoie Limousin en courses dans la direction opposée. M. Sergeant, qui se réjouissait à … Lire la suite

Ecrire à partir de Manuel d’exil de Velibor Čolić

Cette semaine, Alain André vous propose d’écrire à partir du dernier roman de Velibor Čolić, Manuel d’exil. Comment réussir son exil en trente-cinq leçons (Gallimard, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 10 décembre à atelierouvert@inventoire.com Extrait « Comment faire ses courses » — Tu sors dans la rue piétonne, la rue principale, la rue la plus fréquentée et tu attends que la première grosse mama africaine arrive. Ensuite, tu te faufiles derrière elle, discrètement, telle une ombre. Là où elle fait ses courses, c’est garanti moins cher en ville. » « Comment et pourquoi il faut toujours passer par la Pologne » — Dans tes déplacements en Europe tu tombes toujours sur une frontière. C’est ainsi, rien à faire. Rien que dans notre pays la Yougoslavie, on a aujourd’hui au moins cinq voire six États. Ma géographie personnelle m’a appris que le plus beau voyage commence là où les douaniers sont corrompus. À éviter donc : l’Allemagne, la France et l’Autriche, à conseiller : la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie et tous nos pays ex-yougoslaves. À éviter donc : l’Allemagne, la France … Lire la suite

Ecrire à partir de « Toutes les femmes sont des aliens » d’Olivia Rosenthal

Et vous ? Avez-vous des images de films qui vous reviennent en mémoire ? Vous pouvez, dans un premier temps dresser une liste des films dont vous vous souvenez et ce qu’ils évoquent pour vous, de façon très brève, en une phrase.

Après ce « réveil » de votre mémoire, je vous propose de vous plonger dans le souvenir d’un seul des films de votre liste et d’aller chercher le récit qu’il contient. C’est-à-dire de raconter les circonstances et les conditions dans lesquelles vous avez vu ce film, ce que le film raconte et comment certains éléments du film viennent vous rejoindre. Laissez surgir les images telles qu’elles se présentent à votre mémoire, sans souci chronologique ou d’ordre quelconque. Racontez, en une page (1500 signes), les images que votre mémoire reconstitue aujourd’hui du film choisi et comment elles ont participé à la construction de votre regard sur le monde. Lire la suite