Ecrire à partir de « Il me faut te dire » d’Arlette Farge

Cette semaine, Solange de Fréminville vous propose d’écrire à partir de l’ouvrage d’Arlette Farge, Il me faut te dire (Éditions du Sonneur, « Ce que la vie signifie pour moi », 2017). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 6 juillet à l’adresse : atelierouvert@inventoire.com.   Extrait « Un de mes plaisirs est de reconnaître à son écriture une personne aimée, ses pleins et déliés, ses courbes, ses ratés, les majuscules oubliées, le dessin des mots, le paysage d’un moment passé à tenir une plume pour dire quelque chose à quelqu’un. L’enveloppe est une promesse ; dans cet étui, il, ou elle, est là (…) Ne plus localiser l’autre, ne plus pouvoir rêver de tel ou tel quartier de Paris, des rives de la Garonne si elle habite Bordeaux, de la place Stanislas s’il demeure à Nancy. C’est un lien de moins, une sorte d’anonymat, de frustration (…) Réfléchissant à ce manque qu’est pour moi la non-réception de missives écrites à la main, je me suis aperçue que l’immersion dans la houle des archives manuscrites du XVIIIe siècle avait façonné ma … Lire la suite

Ecrire à partir de « Treize façons de voir » de Colum McCann

Cette semaine, Solange de Fréminville vous propose d’écrire à partir du recueil de nouvelles de Colum McCann, Treize façons de voir (Belfond, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 22 juin à l’adresse suivante : atelierouvert@inventoire.com.

Extrait

« Il situerait son récit dans l’armée. Peut-être le portrait d’un soldat au loin, un jeune Américain dans un pays étranger, qui pourrait se trouver ce soir-là dans une caserne en Afghanistan. Le thème tout simple d’un marine. Ou plutôt d’une marine : pensons à une jeune femme, presque déjà épuisée par la guerre ». Lire la suite

Ecrire avec Jaume Cabré jusqu’au 7 juin!

Proposition d’écriture à partir de Jaume Cabré
Je voudrais vous proposer d’écrire en une page une nouvelle reposant sur le point de vue de trois personnages. Vous écrirez trois monologues (à la première ou à la troisième personne, à votre convenance) reliés par un enjeu qui ne se dévoilera qu’à la fin du troisième (ce sera la chute). Tout se déroulera en deux minutes et dans un lieu unique ou à peu près (rue, appartement, parc, hôtel, quai, à votre guise), si possible à proximité du lieu où vous vous trouvez maintenant, alors que vous vous disposez à écrire. Vous disposez ainsi, en outre, d’une météo et de nouvelles du jour – de ce jour-ci, ne ressemblant à aucun autre.

Réfléchissez d’abord, ou prenez quelques notes. Qui est le premier personnage ? Comment le caractériser et le rendre reconnaissable en un trait ou deux ? Quel voix lui donner ? Quel est l’enjeu – ou l’énigme – qui le relie à deux autres personnages, et lesquels ? Dans quel ordre enchaîner les trois courts monologues (500 signes, soit un paragraphe), et pour quel effet final ?

Si vous avez du mal, écrivez seulement le premier monologue et demandez à deux personnes de votre connaissance d’imaginer le deuxième et le dernier. C’est un jeu, il peut devenir passionnant. Puis réécrivez tout, à votre manière. Et en tout cas : envoyez-nous le résultat. Lire la suite

Ecrire à trois: à partir du livre de L’AJAR « Vivre près des tilleuls »

Cette semaine, Arlette Mondon-Neycensas vous propose d’écrire à partir de l’ouvrage collaboratif du groupe L’AJAR, Vivre près des tilleuls (Flammarion, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 23 mai à l’adresse : atelierouvert@inventoire.com Extrait Cela faisait près de dix ans. Près de dix ans que les dates de mes menstruations s’étalaient sur un tableau, dans la chambre à coucher. Dix ans que nous attendions avec anxiété les avis éclairés de tel médecin, de tel grand spécialiste à qui nous avions donné le pouvoir de décider si oui ou non notre enfant aurait le droit d’exister. Dix ans que nous appliquions régulièrement une nouvelle prescription de grand-mère à laquelle nous-mêmes ne croyions pas. Le sujet n’était plus évoqué frontalement depuis de long mois. Jacques avait compris que le ramener dans la conversation entraînait immanquablement un orage. Plus les échecs se multipliaient, plus nous nous éloignions. J’ai abandonné, lâché prise, j’ai commencé à faire le deuil de cet enfant qui ne naîtrait pas. Le médecin m’a dit plus tard que le renoncement avait certainement facilité le miracle. Mes … Lire la suite

Ecrire à partir du roman de Martin Suter « Le temps, le temps »

Proposition d’écriture à partir de « Le temps, le temps », de Martin Suter
Suggestion

C’est le début du dernier roman de Martin Suter, Le temps, le temps (2012 et Christian Bourgois, 2013). L’épouse de Peter Taler, Laura, a été abattue devant son domicile un an plus tôt. L’enquête de police a échoué. Le mari ne s’en est pas remis. Il continue à chercher, en vain. Il a l’intuition pourtant que le coupable n’est pas loin, que des indices existent, qu’il ne parvient pas à déchiffrer.

« Quelque chose n’était pas pareil, mais il ne savait pas quoi. » Nous avons vécu, ou nous pouvons imaginer, une situation analogue. Quelqu’un regarde et, dans l’environnement familier il lui semble soudain que quelque chose a changé, qu’il ne parvient pas à identifier.

Qui est ce personnage qui regarde ?

À quoi ressemble-t-il ?

Que fait-il (une activité qui en dit peut-être long sur lui, et nous épargne de longs discours sur sa psychologie, comme la façon dont Taler boit sa bouteille de bière) ?

Quel est son environnement ? Comment le donner à voir ?

Quel détail aurait changé, avec quelles implications ?

Qui a fait intrusion, ou est intervenu, et pour quelle raison ?

Pourriez-vous ne pas donner cette raison, ni même dire qui est intervenu, mais montrer simplement le personnage et l’espace qu’il observe, en créant une atmosphère qui nous donne l’intuition du genre d’énigme en jeu ? En un feuillet – que vous pouvez nous envoyer, bien sûr. Lire la suite

Ecrire à partir de Isabelle Monnin: « Les gens dans l’enveloppe »

Proposition d’écriture
Cette semaine, Alain André vous propose d’écrire à partir du roman d’Isabelle Monnin, Les gens dans l’enveloppe (Jean-Claude Lattès, 2015). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 16 avril à l’adresse : atelierouvert@inventoire.com.

L’extrait propose la sous-conversation que l’auteur prête à une gamine — ou, plus exactement, que l’auteur prête à la photo d’une gamine, qui figure sur la première page de couverture de l’ouvrage, tout en haut à droite.

Je voudrais vous proposer d’imaginer la sous-conversation d’une autre enfant, celle dont la photographie accompagne la chronique, et que j’ai assorti de deux autres, qui permettent d’imaginer un peu plus sa situation dans la vie. J’ai commandé moi aussi, pour vous, un lot de photographies anonymes, celles-ci en faisaient partie. L’hypothèse du travail d’Isabelle Monnin est que « n’importe quelle vie mérite d’être écrite » : dont acte !

Commencez par prendre le temps de regarder la photo de l’enfant — et de la mettre en relation avec les autres. Dans quelle situation précise se trouv-t-il ? Dans quel état émotionnel ? Que peut-on imaginer de sa vie ? Quel prénom a-t-on envie de lui donner, quelle voix lui prêter, quelles relations avec ses proches ? Quelles questions nous pose-t-il ?

Puis pensez à la sous-conversation que vous allez inventer, en lui prêtant votre plume : un monologue à la première personne, dans la situation qui est la sienne. Dans la littérature française, si le thème de l’enfance remonte à Jean-Jacques Rousseau, il a été singulièrement « rafraîchi » à partir du moment ou les auteurs se sont mis à écrire du point de vue de l’enfant. Convention, puisque c’est toujours l’adulte qui écrit. Elle implique un travail spécifique sur la langue de l’enfance. L’enjeu, c’est de mieux donner à sentir, à voir, à entendre.
Extrait

« 1978

Depuis qu’elle est partie je mange à sa place. Ça s’est fait comme ça, je me mets en face de lui et j’essaye de ne pas voir comme il est triste. Ce que je préfère, c’est étudier la nappe. Je cherche les traces que ses couverts ont laissées — elle jouait souvent avec sa fourchette, elle enfonçait les dents dans la toile cirée, ça creusait des petites rigoles, on aurait dit des autoroutes, et j’inventais des voitures en mie de pain. Je me mets au ras de la table pour bien l’examiner. Si j’avais un microscope, je verrais mieux. Je vais commander ça à Noël, tiens, un microscope.

Il guette sur mon visage des souvenirs d’elle, je le sais, cette manière de me regarder qu’il a maintenant. Avant, je veux dire quand elle était là, ils ne me regardaient pas tellement, je veux dire ils ne faisaient pas tellement l’action de me regarder. S’ils me voyaient ils me voyaient, mais la plupart du temps j’étais plutôt invisible, un peu comme une pierre ou un arbre qui est là mais qu’on ne remarque pas, ce n’était pas comme aujourd’hui, ce silence et ses yeux posés qui me gênent alors je mets mes cheveux devant mes yeux et il râle qu’on ne me voit plus. Parfois ça l’énerve trop, il les écarte d’un coup avec ses gros doigts et je sors un regard d’orpheline, exprès.

J’étais invisible mais j’avais le pouvoir magique de tout voir, même la transparence des gens je la voyais et ils ne le savaient pas. » Lire la suite

Tanguy Viel, Article 353 du code pénal

Cette semaine, Alain André vous propose d’écrire à partir du roman de Tanguy Viel, Article 353 du code pénal (Minuit, 2017). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 31 mars à l’adresse : atelierouvert@inventoire.com

Extrait

« (…) Et puis donc, la police, l’arrestation, tout s’est passé calmement. Ils ont usé des formules qu’on use dans ces moments-là.
Ce qu’on a appris en quelques pages, de la bouche du meurtrier lui-même, paraît plutôt simple. Comme le précise la quatrième de couverture : « Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis, surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit. »

L’intéressant, ici, c’est que le meurtrier est plus sympathique que la victime. Lazenec est un authentique escroc, on ne le regrette pas, d’autant que Viel a la délicatesse de nous épargner assez longtemps les détail de son exécution. Alors justement : et si vous rêviez un peu, vous aussi, à un délit en quelque sorte sympathique ? Bien sûr, il peut s’agir d’un meurtre, il m’arrive parfois, dans le monde qui est le nôtre, d’avoir envie de pendre un banquier, et on sait que la passion peut mener loin. Mais vous avez le droit de pencher vers une autre sorte de délit : vol à main armée, ça peut être tentant aussi, parfois. Ou bien ?

En tout cas, imaginez une situation dans laquelle votre narrateur a pu être conduit à passer à l’acte. Songez au récit bref qu’il est possible d’en tirer. Après tout, l’argument d’Article 353 du code pénal, réduit à l’os, se résume à peu de choses : un ouvrier divorcé et licencié assassine le promoteur immobilier qui l’a arnaqué en lui faisant investir toute sa prime de licenciement sur un projet qui relève de l’escroquerie pure et simple.

Ensuite, ma foi, faites passer votre délinquant aux aveux. Il s’adresse soit à un proche (une épouse, un père, un ami), soit à un officiel, gendarme, inspecteur de police, juge, à vous de voir.

Mais attention ! D’une part, on ne saura pas tout de suite à qui il ou elle s’adresse, parce que, dans votre dernière phrase, vous ferez comme Tanguy Viel à la fin de son prologue : vous intègrerez « j’ai dit au juge », ou « j’ai dit à mon mari », ou « j’ai dit à l’inspecteur », etc.

Et d’autre part, toujours à la fin, après avoir dit à qui votre délinquant s’adresse, vous finirez la phrase en beauté : comme Martial Kermeur, votre narrateur ou narratrice lâchera quelque chose qui justifie son passage à l’acte. C’est le « une vulgaire affaire d’escroquerie » de Kermeur, qui accuse la victime, et pas lui-même. C’était déjà ainsi dans les célèbres Crimes exemplaires de Max Aub : le meurtre est moins de la faute du criminel que de celle de la victime. Allez-y. Vous allez voir, ça fait du bien…

Proposition d’écriture

imaginez une situation dans laquelle votre narrateur a pu être conduit à passer à l’acte. Songez au récit bref qu’il est possible d’en tirer. Après tout, l’argument d’Article 353 du code pénal, réduit à l’os, se résume à peu de choses : un ouvrier divorcé et licencié assassine le promoteur immobilier qui l’a arnaqué en lui faisant investir toute sa prime de licenciement sur un projet qui relève de l’escroquerie pure et simple.

Ensuite, ma foi, faites passer votre délinquant aux aveux. Il s’adresse soit à un proche (une épouse, un père, un ami), soit à un officiel, gendarme, inspecteur de police, juge, à vous de voir.

Mais attention ! D’une part, on ne saura pas tout de suite à qui il ou elle s’adresse, parce que, dans votre dernière phrase, vous ferez comme Tanguy Viel à la fin de son prologue : vous intègrerez « j’ai dit au juge », ou « j’ai dit à mon mari », ou « j’ai dit à l’inspecteur », etc.

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Corinne Lovera Vitali, 78 moins 39

Proposition d’écriture à partir de l’ouvrage de Corinne Lovera Vitali, 78 moins 39 (éditions Louise Bottu, 2016)

Je vous propose de dresser rapidement la liste d’événements qui rythment votre vie ou celle d’un personnage : un anniversaire, une fête, une commémoration, par exemple.

Ensuite, choisissez-en un. Puis lisez deux nouveaux extraits du recueil :

« Mes cheveux sentent les fleurs mon pyjama sent les fleurs mes blessures sentent les fleurs l’ombre sombre sent (la terre) les fleurs »

« J’ai tant manqué oui j’ai tant manqué qui m’a manqué comment dites vous vous, moi je dis j’ai manqué j’en dis le moins possible je cherche à entendre, question de langue, langue de terre langue d’eau langue de ciel, question sans interrogation question sans affirmation, pourquoi la langue de terre tenait elle à me reprendre, pourquoi me reprendre, pourquoi me »

Vous voyez comment le ciel, les nuages, l’eau, la pluie ou la terre servent à l‘auteur de langue pour faire entendre les sensations et les éprouvés du temps de l’enfance.

Je vous invite donc à choisir à votre tour « votre langue » parmi l’un des éléments, celui dont vous sentez qu’il correspond le mieux à la couleur de votre souvenir.

Ensuite, écrivez trois fragments. Chacun d’entre eux comprend une seule phrase et joue du rebond des mots, de leur répétition et de leurs sonorités. Déroulez un fil rythmique, moins pour raconter que pour faire entendre les traces déposées par cette évocation. Lire la suite

Ecrire à partir de « La Plage » de Marie Nimier

Cette semaine, Juliette Rigondet vous propose d’écrire à partir de La Plage, de Marie Nimier (Gallimard, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maximum) jusqu’au 1er mars à l’adresse: atelierouvert@inventoire.com EXTRAIT « À la sortie des gorges s’ouvre une première plage. Une plage sans urbanité, une mer sans planche à voiles ni bateau de pêche, une mer pour elle-même, la mer, pourrait-on avancer, comme on dit l’espérance ou la vérité, limpide, dépouillée de tout rituel utilitaire, de toute résonance touristique. Ni cabine ni parasol, pas de flotteur non plus, pas de cri aigu ni de Excusez-moi pour le ballon. Rien à acheter, rien à vendre (…). Ici, pas d’odeur d’ambre solaire, de folklore à respecter, de foule à subir. La plage comme on la rêve, au début de l’été – voilà qui devrait l’aider à reprendre pied (…) Laissant la dune derrière elle, l’inconnue aborde la dernière crique et reconnaît les pierres laiteuses scellées de mousse rose qu’elle avait photographiées lors de son précédent voyage. Elle est sûre maintenant d’être tout près du but. Bientôt, elle s’allongera dans … Lire la suite

Vos textes, à partir de « 14 juillet » d’Eric Vuillard

Sylvie Néron-Bancel vous a proposé lors de la dernière quinzaine d’écrire à partir du récit d’Eric Vuillard, 14 juillet (Editions Acte Sud, 2016). Voici les 5 textes que nous avons sélectionnés parmi vos nombreux envois ! Encore merci de participer si nombreux à notre atelier ouvert sur internet !   Carine Rico   Au balcon Il faut imaginer un bruit. D’abord ténu, modeste, qui me mordille l’oreille puis qui grandit. Bientôt, il bourdonne, vibrionne, m’attire au balcon. J’ai posé sans regret mon roman sur l’accoudoir râpé du fauteuil. Des voix indistinctes, un long débit humain roule en bas, dans ma rue. Pourquoi défilent-ils aujourd’hui ? C’est courant ces temps-ci, une fois par semaine au moins, si c’est pas deux. Ça fait une attraction. Au bout, il y a la préfecture. Il en entend en ce moment le préfet ! Des hommes, des femmes, avancent, chantent, scandent des slogans dont je n’arrive pas à comprendre le sens. Il faut imaginer une crue soudaine, le lit de la rue déborde, le désert s’emplit de voix, l’humanité oublie de rouler ses mécaniques. Je plisse un peu … Lire la suite