Un atelier, l’après-midi : « L’humeur du moment  » au Moulin d’Andé

Dans le cadre de la formation de formateurs de l’EACWP au Moulin d’Andé, se tenaient chaque après-midi des ateliers courts autour du thème « Écrire à partir du réel ». Résumés d’atelier, propositions d’écriture et échanges de pratique se sont succédés pendant 4 jours. Voici la présentation de l’atelier animé par Danièle Pétrès, rédactrice en chef de l’Inventoire.

« Êtes-vous heureux ? »

« Les chansons sont comme des photographies. Elles capturent quelque chose qui était là, sous nos yeux, et qu’on ne voyait pas ».

C’est par cette interrogation que débute l’atelier, sur un air de Vincent Delerm.

Mêlant à la vie quotidienne la mélancolie de la mémoire, ses trois livres rassemblent les photos qui racontent une vie sur les routes, un été sur la plage ou restituent la mémoire de son grand-père. Des photos prises dans les temps morts de l’existence et des textes qui en retracent simplement l’histoire.

Extrait de « La vie devant soi  » de Vincent Delerm

Alors pourquoi commencer l’atelier en parlant de Vincent Delerm puis en faisant circuler ses livres de photos et courtes nouvelles, ainsi que celles de Sophie Calle « Des Histoires vraies »?

Pour ma part, quand j’ai un coup de blues, j’écoute Vincent Delerm et après tout va mieux. Mais ça n’est pas pour ça que j’ai mis le morceau « Êtes-vous heureux? ».

C’est parce que c’était « l’humeur du jour », la question du jour, ou celle de tous les jours, nous ramenant à la légèreté du moment. C’est parce que la musique fait cesser le bavardage constant de nos pensées et de nos envies de bien écrire. Trop bien écrire, peut-être. C’est parce qu’aujourd’hui, ce qui se rapproche le plus de la nouvelle, c’est l’écriture d’un album de chansons. Que ce soit l’album « La Superbe » de Benjamin Biolay, ou cet album de Vincent Delerm écrit après le choc des attentats du 13 novembre 2015 et où le chanteur-compositeur revient à l’essentiel de ce qui fait sa vie.

C’est enfin parce qu’un des aspects de cet atelier est d’écrire à partir d’une image qui parle du réel de chacun à travers une photo prise au Moulin d’Andé pour écrire un texte et l’adresser à quelqu’un. Et restituer ainsi « un moment » de vie.

Présentation de l’atelier: « Let’s picture the day »

De plus en plus de livres d’écrivains paraissent accompagnés de photos. Séduction de l’image, tentation de révéler l’indicible, les frontières se brouillent entre vie privée et texte littéraire. Qu’ils commentent leur propres photographies ou celles de leur enfance, l’omniprésence d’Instagram, de Pinterest ou de Facebook crée de nouvelles façons d’envisager le livre.

Cet effet de « réel » accentué par la photographie, l’extension de l’intime sur les blogs, fait ainsi émerger de nouvelles écritures autobiographiques, qui nous rapprochent toujours plus de la vie de l’auteur, à l’image d’un journal qui en déploierait la vie en direct.

Proposition d’écriture

Je propose d’écrire à partir d’une photo que les participants auront prise sur leur portable au Moulin d’Andé, et d’une phrase « incipit » : « Je n’avais jamais pensé que »… Dans le cadre de cette « vignette de vie », ils devront parler de leur voyage pour venir, et évoquer une lecture récente. Format souhaité : une page manuscrite.

Sous forme de lettre ou de carte postale.

Aspect pédagogique de l’exercice

Dans son livre dédié aux exercices qu’elle propose lors de ses d’ateliers d’écriture, l’écrivaine New-Yorkaise Anne Bernays préconise d’utiliser la carte postale comme moyen simple de permettre à l’aspirant écrivain de s’adresser aux autres, et d’ainsi renouer avec le récit ou le conte, d’où faire surgir une histoire.

J’aime bien cet exercice car j’écris moi-même beaucoup de cartes postales, même si elles ne sont pas toujours lisibles.

Lecture du courrier. Fin de l’atelier. Courrier posté…

D.P.

Chambre avec vue au Moulin d’Andé – Photographie Danièle Pétrès

Extrait de l’album “À présent”

Bibliographie

Vincent Delerm: “Songwriting” – “C’est un lieu qui existe encore” – “L’Eté sans fin” (Actes Sud, 2016)

L’Été sans fin |  Un travail sur la restitution de l’impression ressentie. En ce sens, il fonctionne exactement comme l’écriture d’une chanson. Le lecteur est plongé en été, dans ses lumières, ses odeurs, ses matières (Vincent Delerm sur France Inter).

Sophie Calle: « Des histoires vraies » (Actes Sud, 1994)

Danièle Pétrès: Auteur de recueils de nouvelles et de romans publiés chez Denoël (Le bonheur à dose Homéopathique, Tu vas me manquer, La lecture), d’une pièce de théâtre « Deux Partout » (France Culture). En tant qu’enseignante, animation pour Aleph-Écriture et l’Université de Poitiers de « La formation de l’auteur à partir de récits autobiographiques » (cours de 4 mois en ligne) ; de formations courtes « Écritures de documentaires radiophoniques » à l’Université de Poitiers ; et d’ateliers d’écriture de la nouvelle pour Aleph-Écriture. Rédactrice en chef de l’Inventoire.

Autres écrits pédagogiques: Talking about the unsaid (in Raymond Carver)