Interview de Hélène Marchal, éditrice des Editions Seramis

Hélène Marchal

À l’occasion du lancement en janvier de la maison d’éditions Seramis, dédiée aux récits de vie « non fiction », nous avons rencontré sa jeune éditrice, pour qu’elle nous parle de son travail.

Inventoire : Hélène Marchal, vous voilà à la tête d’une toute jeune maison d‘édition, quelle a été la genèse de cette aventure ?

Hélène Marchal: Les éditions Seramis sont en réalité la petite sœur des éditions Nimrod, qui sont pour leur part positionnées sur le domaine de la « non fiction » militaire, avec des récits biographiques tels quel American Sniper de Chris Kyle – adapté au cinéma par Clint Eastwood – ou Parcours Commando, de Marius, deux ouvrages qui ont dépassé les 40 000 exemplaires vendus. François de Saint-Exupéry, le fondateur de Nimrod, souhaitait ouvrir l’horizon sur des récits « non fiction » plus féminins, avec des récits de femmes dont la vie ou une partie de leur vie se révélerait étonnante, riche en anecdotes et en émotions. Il a songé qu’il était indispensable que ce soit une femme qui s’occupe de ce nouveau label… J’imagine que mon parcours professionnel assez diversifié, avec des expériences aussi bien dans la presse, que dans l’artistique ou le domaine commercial l’a intéressé ! De mon côté, je trouvais passionnant ce défi consistant à participer au lancement d’un nouveau label éditorial et m’y suis investi avec beaucoup de plaisir, et l’ambition de faire des éditions Seramis une collection pour des femmes de tous horizons, avec des histoires bien à elles, avec des récits mettant en valeur des parcours originaux et marquants tant sur le plan éditorial que littéraire.

Inventoire : Qu’est-ce qui vous a décidé à vous lancer, vous, dans la course ?

Hélène Marchal: J’aime avant tout la communication avec les autres. Je suis curieuse de découvrir toutes sortes d’univers, de discours, d’idées, de tranches de vies… J’ose poser des questions, j’aime créer la confiance avec l’autre, voire la complicité. J’ai l’envie de développer ce que des femmes n’osent pas dire, par pudeur, par gêne, par morale ou par éducation. J’avais envie d’ouvrir les portes, d’ouvrir la porte aux femmes, à leurs paroles, à leur vécu.

Inventoire : Quelle est la ligne éditoriale de Seramis ?

Hélène Marchal: La ligne éditoriale pourrait se résumer par  « l’histoire vraie » : un récit autobiographique, un témoignage… Les éditions Seramis accueillent les récits qui témoignent d’un parcours de vie riche et sincère. Toutes les palettes de l’émotion humaine doivent se retrouver à l’intérieur d’un tel récit : les peines comme les joies. Le lecteur doit se sentir investi, imprégné de l’intensité qui émane d’un récit vrai. Il ne s’agit pas de verser dans le pathos ou dans l’extraordinaire, mais de faire naître des émotions à travers des parcours authentiques. Nous pouvons aussi bien travailler avec une juge pour enfants qui raconterait son quotidien qu’avec une jeune créatrice de mode ou une mère de quintuplés. L’important est que le récit permette de s’immerger totalement dans l’histoire.

Inventoire : En quoi cette ligne éditoriale se démarque-t-elle de celle d’autres éditeurs publiant des autobiographies ?

Hélène Marchal: Nous avons plusieurs critères importants : tout d’abord, l’histoire. Elle doit être unique, originale, marquante, mais elle peut tout à fait provenir d’une personne ordinaire qui aurait été confrontée à un épisode extraordinaire dans sa vie. Ceci étant, une bonne histoire ne suffit pas toujours. Encore faut-il qu’elle soit bien racontée…

L’auteur doit avoir le courage de se livrer entièrement, de ne pas éluder. Il peut s’agir d’un véritable travail d’introspection, dans lequel l’auteur va chercher à dépasser une éventuelle réserve initiale pour oser dire la vérité. Il n’y a rien de plus difficile que d’écrire sur soi !

Enfin, le récit doit idéalement permettre, à travers un parcours personnel, de comprendre des enjeux de société qui dépassent le simple parcours individuel. En ce sens, le récit d’Amanda Lindhout, Une maison dans le ciel, permet entre autres de mieux comprendre le statut de la femme dans les pays musulmans.

Un autre livre, que nous publierons au mois de mars, s’intéressera pour sa part à un couple dont la femme accouche d’une très grande prématurée : 23 semaines et cinq jours, pour un poids de seulement 500 grammes à la naissance. À travers cette histoire vraie, qui se lit comme un thriller, le lecteur est amené à s’intéresser au mystère de la vie et de la naissance, à l’univers médical, aux problèmes relationnels dans un couple lors d’un épisode de vie difficile, etc… Lire un tel parcours amène forcément à découvrir un nouvel univers et à se poser d’autres questions. Dernière chose, les récits que nous publions doivent déboucher sur une note d’espoir. Même si un parcours peut sembler long, difficile et désespéré, certaines personnes trouvent toujours la force de dépasser ces épreuves pour en sortir grandies – et le lecteur avec. Je n’imagine pas publier un récit ou un témoignage qui se terminerait mal, ou alors, c’est que l’histoire n’est pas encore finie….

En ce qui concerne les auteurs, il y a toujours plusieurs cas de figure. Il se peut tout à fait qu’une personne ordinaire ait le don de l’écriture, auquel cas elle écrira elle même son histoire. Mais il se peut aussi, pour autant qu’elle sache raconter son histoire, que cette personne soit accompagnée par un co-auteur.

A-t-il été difficile de trouver un distributeur (type Sodis), et comment se sont passés les contacts avec les libraires ? Avec les journalistes ?

Hélène Marchal: Le diffuseur – l’intermédiaire qui présente les nouveautés aux libraires – est le même que celui des Editions Nimrod, à savoir CED-CEDIF. Ce n’est pas un gros diffuseur tel que Volumen ou Interforum, mais il y a des avantages à travailler avec un diffuseur à taille humaine.

En ce qui concerne les libraires, l’accueil du premier livre de Seramis est très largement positif. Il y a un véritable engouement pour le récit d’Amanda Lindhout ! Nous avions d’ailleurs fourni des épreuves de ce livre aux libraires dès le mois de novembre et plusieurs d’entre eux ont relevé le niveau de leur commande après l’avoir lu. C’est un point important car les libraires ont bien sûr un rôle de conseil très important auprès des lecteurs.

Quant aux journalistes, ils sont toujours difficiles à approcher. Ils manquent de mourir étouffés sous le poids des services de presse qu’ils reçoivent jour après jour ! Plutôt que de faire partir 600 services de presse comme le font certains éditeurs, nous préférons travailler de manière plus ciblée : identifier les journalistes dont nous pensons que le sujet les intéressera et ne pas forcément perdre du temps et de l’énergie avec des journalistes de rubriques littéraires qui font preuve d’une curiosité bien moins grande avec les « petites » maisons d’édition. Mais c’est aussi à moi de donner envie à ces journalistes de découvrir nos livres, tout en les laissant libres de leur décision finale – même si parfois je dois insister un peu pour avoir un retour (rires).

Inventoire : Parlez-nous du premier livre que vous allez éditer. Comment l’avez-vous connu, choisi, puis comment en avez-vous acquis les droits ?

Il était important de lancer Seramis en s’appuyant sur un récit fort, tant sur le plan littéraire que sur le plan humain. Faute de pouvoir trouver du jour au lendemain des auteurs français, nous avons donc exploré les récits anglo-saxons « non fiction » non encore traduits en français et lu de nombreux ouvrages, jusqu’à découvrir celui d’Amanda Lindhout. Après lecture, il ne faisait aucun doute que ce livre racontait une histoire humaine exceptionnelle, au point que nous n’avons pas compris pourquoi il n’avait jamais été traduit en français. Il figure depuis trois ans sur la liste des meilleures ventes au Canada, il a été récompensé par plusieurs prix littéraires et été sélectionné dans la liste du « meilleur livre de l’année » par plusieurs magazines. Il a été traduit dans plus d’une dizaine de langues – espagnol, turc, russe, japonais, etc.  – et même fait l’objet d’un projet d’adaptation cinématographique, mais aucun éditeur français ne s’y était pourtant intéressé, ce qui nous semblait assez incompréhensible.

Nous avons aussitôt contacté l’agent littéraire – tout passe par des agents littéraires pour les droits anglo-saxons – auquel nous avons fait une offre qui a été acceptée. Nous sommes vraiment heureux de publier ce livre car il correspond parfaitement à ce que Seramis souhaite faire découvrir. Nous n’aurions pas pu trouver meilleur livre pour débuter !

Inventoire : Combien de manuscrits souhaitez-vous publier par an (un ordre de grandeur) ?

Hélène Marchal: Idéalement, six à huit manuscrits par an, ce qui représente déjà un gros travail ! Il n’est cependant pas question de publier pour publier, et nous pourrions très bien ne faire paraître que trois ou quatre manuscrits si nous n’avons que trois ou quatre coups de cœur, de la même manière que nous pourrions en faire paraître plus si l’occasion se présentait. Nous n’avons pas vocation à publier dix livres par mois !

Inventoire : Qu’est-ce qui compte en premier lieu quand vous ouvrez un manuscrit ? LE critère qui fait que vous recontactez l’auteur, ou pas.

Hélène Marchal: Les deux critères principaux sont bien sûr l’histoire et l’écriture. Après avoir lu le manuscrit, il faut que l’histoire racontée soit suffisamment forte sur le plan humain pour qu’elle puisse continuer à nous habiter au cours des jours qui suivent… L’écriture compte beaucoup, mais elle peut toujours être retravaillée.

Si ces deux éléments sont présents, alors nous prenons plaisir à rencontrer les auteurs et à discuter avec eux.

Inventoire : Éditer, c’est choisir?

Hélène Marchal: Il m’arrive de lire des manuscrits passionnants auxquels je m’attache, mais ce ne seront pas pour autant des livres que j’éditerai car ils ne correspondent pas forcément à notre ligne éditoriale. L’auteur pense parfois que la ligne d’arrivée de son travail est la signature d’un contrat avec un éditeur, mais ce n’est en fait que le commencement… La véritable bataille débute quand il faut présenter le livre aux libraires, quand il faut mettre toute son énergie dans sa valorisation, quand il faut aller chercher les lecteurs l’un après l’autre. Nous sommes donc obligés de choisir des manuscrits dont nous avons la certitude que nous pourrons les défendre le plus efficacement possible auprès de tous ces publics. Éditer, c’est choisir, mais c’est surtout avoir des coups de cœur, faire des rencontres, construire une complicité avec l’auteur, travailler sur un catalogue cohérent et avoir plaisir à prendre des risques car on croit en ce qu’on publie.

Inventoire : Quel type de manuscrits aimeriez-vous recevoir aujourd’hui ? Parmi tous les récits de vies romanesques, avez-vous des sujets de prédilection ?

Il ne s’agit pas forcément d’avoir une vie exagérément romanesque…  N’importe quelle histoire peut être prenante et passionnante pour peu qu’elle soit bien racontée, avec sincérité. Je suis certaine que des femmes, jeunes ou plus mûres, ont des histoires fortes à raconter. Elles doivent oser soumettre leurs écrits, oser dire, oser raconter leur vie, se dire que leur parcours est particulier et que le fait de la partager peut aider des lecteurs et  des lectrices à découvrir un nouvel univers, à se poser de nouvelles questions, à voir les choses autrement. Parmi les prochains projets, nous travaillons par exemple sur le récit d’une jeune femme autiste Asperger. Plusieurs témoignages masculins de ce type ont déjà été publiés, mais il n’y avait guère de témoignages rédigés par des femmes. Ce récit permettra de mettre mieux comprendre ce que peut être le syndrome d’Asperger tel qu’il est vécu par une jeune femme, et cela sur un ton qui sera aussi bien léger que dramatique – à l’image d’une vie. (editions.seramis@gmail.com, pour l’envoi de manuscrits).

Pour en savoir plus sur les Éditions Seramis, voici leur page Facebook.

Propos recueillis par Danièle Pétrès

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