Prix Goncourt : La musique du destin de Jean-Paul Dubois

Comment devient-on ce que l’on est ? La réponse à cette question pourrait se trouver dans le livre « Tout les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » de Jean-Paul Dubois (Editions de l’Olivier, 2019), qui s’est vu décerner le Prix Goncourt cet hiver.

À travers le récit des vies de Patrick et de Paul, le narrateur, colocataires involontaires de la même cellule de prison, se déploient deux trajectoires qui n’auraient pas dû se croiser.

Patrick, Hell’s Angel et fils mal aimé d’un père violent a commis un crime, mais possède l’imaginaire et la langue d’un enfant. Entre ses échappées oratoires hautes en couleur et le récit de la vie de famille de Paul, partagé entre une mère féministe et un pasteur danois, se dessine le portrait d’une époque, les années 70, et celui d’un homme qui en est le produit.

Tandis que le pasteur perd progressivement la foi pour s’intéresser au jeu jusqu’à tout perdre, la mère se dissout dans les combats libertaires de son cinéma d’art et d’essai qui la mèneront aux mêmes extrémités que son mari. Une perte d’identité qui plongera le narrateur dans le trouble quant à la latitude de ses propres choix.

Comment le narrateur est-il devenu ce qu’il est aujourd’hui ? Quelles réponses trouver à travers les récits entremêlés des trajectoires qu’il décrit (de celles des résidents du bâtiment dont il a été le gardien à celle d’assureurs chargés d’évaluer le prix d’une vie pour l’indemniser le moins possible) ? Et si finalement, n’y avait-t-il aucune détermination à rechercher dans des parcours si différents puisque « tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » indique Jean-Paul Dubois au coeur de son livre…

Comme dans chacun de ses romans, l’écrivain nous parle de la liberté contrainte dans la temporalité d’une vie bordée par la naissance et la mort en déployant une écriture musicale, et d’une intense clarté tout en soutenant une pression psychologique du début à la fin. Une fois refermé le livre, une question émerge de ce flot d’émotions contenues : « Et nous, comment habitons-nous le monde ?« 

Extrait :

« A 23h30, c’est le rouge qui fut choisi et le noir qui sortit. Mon père entrait dans sa dernière ligne droite. Il était persuadé d’avoir les ressources nécessaires pour remonter le peloton et coiffer tout le monde sur la ligne, à l’instar de « Walter Season » durant la dernière course de l’été. Gorgé de substances licites ou illicites, le cheval avait refait son retard, encolure après encolure, poitrail après poitrail, laissant des pincées d’écume blanche s’envoler de sa bouche dans le feu de l’effort. »

« Tout les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » de Jean-Paul Dubois (Editions de l’Olivier, 2019).

Danièle Pétrès

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