Vos textes à partir de de Isabelle Monnin: « Les gens dans l’enveloppe » 2ème partie

Il y a 15 jours, Alain André vous a proposé d’écrire à partir du roman d’Isabelle Monnin, Les gens dans l’enveloppe (Jean-Claude Lattès, 2015), un roman écrit à partir de photos trouvées par l’auteur. Nous avons sélectionné 10 textes, dont voici la seconde partie ! Merci à tous de votre participation ! Véronique Hallo Voyager en sacoche Mais quand est-ce que Papa revient ? Tata Lucienne est très jolie mais elle n’est pas gentille avec nous. Elle n’arrête pas de répéter : « Geneviève, Papa compte sur toi pour montrer l’exemple à Catherine. Sois un peu plus obéissante. » Mais elle veut toujours qu’on arrête de rire, qu’on ne parle pas à table. Mais c’est le seul moment où on la voit. Et sinon on reste avec Pépère mais je ne comprends pas ce qu’il raconte. Elle, Tata, elle part toujours avec son vélo. J’aimerais aller avec elle. Parfois je mange moins le soir et je me dis que le lendemain j’arriverai à rentrer dans une des sacoches de son vélo. Elle ne s’en rendrait pas compte. Ou alors plus tard. Ses … Lire la suite

Vos textes à partir de de Isabelle Monnin: « Les gens dans l’enveloppe » 1ère partie

Il y a 15 jours, Alain André vous a proposé d’écrire à partir du roman d’Isabelle Monnin, Les gens dans l’enveloppe (Jean-Claude Lattès, 2015), un roman écrit à partir de photos trouvées par l’auteur. Nous avons sélectionné 10 textes, dont voici les 5 premiers  ! Merci à tous de votre participation !   Marion Gourdin Papé Benoit m’énerve, mais aussi il me fait rire avec sa tête trop grosse de petit frère trop petit. Je me moque de lui parce qu’il ressemble à une fille. Quand je lui dis, il se met à chouiner. J’aime pas quand il pleurniche, parce que c’est sur moi que ça retombe, même quand j’ai rien fait. C’est pas juste. Bon il faut dire que j’aime bien l’embêter, je peux pas m’empêcher de le provoquer. Ce qu’il déteste surtout, c’est quand je fais le rouleau avec la langue : il se fâche tout rouge, moi je ravale ma langue mais mes yeux me trahissent ; je suis une chipie. C’est Papé qui le dit. Papé c’est le faux papa de maman. C’est lui qui nous garde quand … Lire la suite

Ecrire à partir du roman de Martin Suter « Le temps, le temps »

Proposition d’écriture à partir de « Le temps, le temps », de Martin Suter
Suggestion

C’est le début du dernier roman de Martin Suter, Le temps, le temps (2012 et Christian Bourgois, 2013). L’épouse de Peter Taler, Laura, a été abattue devant son domicile un an plus tôt. L’enquête de police a échoué. Le mari ne s’en est pas remis. Il continue à chercher, en vain. Il a l’intuition pourtant que le coupable n’est pas loin, que des indices existent, qu’il ne parvient pas à déchiffrer.

« Quelque chose n’était pas pareil, mais il ne savait pas quoi. » Nous avons vécu, ou nous pouvons imaginer, une situation analogue. Quelqu’un regarde et, dans l’environnement familier il lui semble soudain que quelque chose a changé, qu’il ne parvient pas à identifier.

Qui est ce personnage qui regarde ?

À quoi ressemble-t-il ?

Que fait-il (une activité qui en dit peut-être long sur lui, et nous épargne de longs discours sur sa psychologie, comme la façon dont Taler boit sa bouteille de bière) ?

Quel est son environnement ? Comment le donner à voir ?

Quel détail aurait changé, avec quelles implications ?

Qui a fait intrusion, ou est intervenu, et pour quelle raison ?

Pourriez-vous ne pas donner cette raison, ni même dire qui est intervenu, mais montrer simplement le personnage et l’espace qu’il observe, en créant une atmosphère qui nous donne l’intuition du genre d’énigme en jeu ? En un feuillet – que vous pouvez nous envoyer, bien sûr. Lire la suite

Vos textes à partir de Tanguy Viel: 1ère partie

Vous avez été nombreux à nous envoyer vos textes cette semaine, en réponse à l’appel à écriture de Alain André à partir du roman de Tanguy Viel, Article 353 du code pénal (Minuit, 2017). Difficile de choisir parmi une grande variété de styles et d’histoires inventives et piquantes! Voici donc les 14 textes retenus, qui font l’objet de 2 publications, voici la première !   Viviane Clément Tout s’est passé très vite. J’ai raccroché le téléphone et j’ai attendu. Il faisait presque nuit, l’ombre envahissait le jardin, pourtant je voyais encore la balançoire immobile accrochée sous le saule. Ils sont arrivés sans bruit, j’ai entendu seulement leurs pas dans l’escalier. J’ai ouvert la porte, une femme est entrée, s’est assurée de mon identité, a lu mes droits, a glissé des menottes autour de mes poignets. C’est ainsi que j’ai quitté la maison. Ma valise était prête, posée sur la table de la cuisine, à côté de la tasse peinturlurée dessus dessous que j’aurais bien aimé emporter. J’ai demandé : et le chat? Il faut le laisser dehors. Un policier s’est … Lire la suite

Vos textes à partir de Tanguy Viel: 2ème partie

Vous avez été nombreux à nous envoyer vos textes cette semaine, en réponse à l’appel à écriture de Alain André à partir du roman de Tanguy Viel, Article 353 du code pénal (Minuit, 2017). Difficile de choisir parmi une grande variété de styles et d’histoires inventives et piquantes! Voici parmi les 14 textes retenus, 7 textes. Merci à tous !   Courts Écrits Bluette   J’ai tenté de lui expliquer que c’était très différent, que les femmes sont outragées en continu, par des regards lourds, par tous ces commentaires convenus sur l’outrecuidance provocante de leurs accoutrements. Les hommes, eux, sont toujours flattés – à part si les compliments proviennent d’un individu de même sexe. Bien sûr que ça lui plaisait mon regard qui s’attarde sur sa bouche, il n’avait pas repoussé ma légère étreinte la première fois. D’ailleurs, avoir accepté un rendez-vous, il se doutait bien que j’avais une idée en tête. Il avait toujours, toujours ! répondu à mes messages. Cette première rencontre il ne l’avait pas écourtée. Et ensuite ses messages avaient répondu aux miens, ses plaisanteries à mes … Lire la suite

Ecrire à partir de Isabelle Monnin: « Les gens dans l’enveloppe »

Proposition d’écriture
Cette semaine, Alain André vous propose d’écrire à partir du roman d’Isabelle Monnin, Les gens dans l’enveloppe (Jean-Claude Lattès, 2015). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 16 avril à l’adresse : atelierouvert@inventoire.com.

L’extrait propose la sous-conversation que l’auteur prête à une gamine — ou, plus exactement, que l’auteur prête à la photo d’une gamine, qui figure sur la première page de couverture de l’ouvrage, tout en haut à droite.

Je voudrais vous proposer d’imaginer la sous-conversation d’une autre enfant, celle dont la photographie accompagne la chronique, et que j’ai assorti de deux autres, qui permettent d’imaginer un peu plus sa situation dans la vie. J’ai commandé moi aussi, pour vous, un lot de photographies anonymes, celles-ci en faisaient partie. L’hypothèse du travail d’Isabelle Monnin est que « n’importe quelle vie mérite d’être écrite » : dont acte !

Commencez par prendre le temps de regarder la photo de l’enfant — et de la mettre en relation avec les autres. Dans quelle situation précise se trouv-t-il ? Dans quel état émotionnel ? Que peut-on imaginer de sa vie ? Quel prénom a-t-on envie de lui donner, quelle voix lui prêter, quelles relations avec ses proches ? Quelles questions nous pose-t-il ?

Puis pensez à la sous-conversation que vous allez inventer, en lui prêtant votre plume : un monologue à la première personne, dans la situation qui est la sienne. Dans la littérature française, si le thème de l’enfance remonte à Jean-Jacques Rousseau, il a été singulièrement « rafraîchi » à partir du moment ou les auteurs se sont mis à écrire du point de vue de l’enfant. Convention, puisque c’est toujours l’adulte qui écrit. Elle implique un travail spécifique sur la langue de l’enfance. L’enjeu, c’est de mieux donner à sentir, à voir, à entendre.
Extrait

« 1978

Depuis qu’elle est partie je mange à sa place. Ça s’est fait comme ça, je me mets en face de lui et j’essaye de ne pas voir comme il est triste. Ce que je préfère, c’est étudier la nappe. Je cherche les traces que ses couverts ont laissées — elle jouait souvent avec sa fourchette, elle enfonçait les dents dans la toile cirée, ça creusait des petites rigoles, on aurait dit des autoroutes, et j’inventais des voitures en mie de pain. Je me mets au ras de la table pour bien l’examiner. Si j’avais un microscope, je verrais mieux. Je vais commander ça à Noël, tiens, un microscope.

Il guette sur mon visage des souvenirs d’elle, je le sais, cette manière de me regarder qu’il a maintenant. Avant, je veux dire quand elle était là, ils ne me regardaient pas tellement, je veux dire ils ne faisaient pas tellement l’action de me regarder. S’ils me voyaient ils me voyaient, mais la plupart du temps j’étais plutôt invisible, un peu comme une pierre ou un arbre qui est là mais qu’on ne remarque pas, ce n’était pas comme aujourd’hui, ce silence et ses yeux posés qui me gênent alors je mets mes cheveux devant mes yeux et il râle qu’on ne me voit plus. Parfois ça l’énerve trop, il les écarte d’un coup avec ses gros doigts et je sors un regard d’orpheline, exprès.

J’étais invisible mais j’avais le pouvoir magique de tout voir, même la transparence des gens je la voyais et ils ne le savaient pas. » Lire la suite

Vos textes à partir de « 78 moins 39 » de Corinne Lovera Vitali

Il y a 15 jours, Arlette Mondon-Neycensas vous a proposé d’écrire à partir de l’ouvrage de Corinne Lovera Vitali, 78 moins 39 (éditions Louise Bottu, 2016). Voici les 7 textes, pleins de tempérament, que nous avons sélectionnés.   Marie-Pierre Chaduc In the mood for love Ne me retiens pas je m’en vais enveloppé d’étoffes légères la tête penchée sur le côté droit vers cet horizon en noir et blanc bordé de brumes mes pas s’éloignent ne me restent dans l’oreille que leur écho comme une pulsation qui envahit tout l’espace avant le vide où plus rien n’existe où même le marcheur le plus téméraire disparaît happé par les djinns je pars sur des chemins que tu ne connais pas je pars poussière emportée par le vent d’autan sur des chemins qui se dérobent le cœur lourd la tête sans raison penchée à droite les reins creusés je pleure à chaque pas la soif m’étreint je ne durerai pas Ne me retiens pas je m’en vais je ne reviendrai pas nous avons brûlé nos vaisseaux dans de vaines batailles ne me … Lire la suite

Tanguy Viel, Article 353 du code pénal

Cette semaine, Alain André vous propose d’écrire à partir du roman de Tanguy Viel, Article 353 du code pénal (Minuit, 2017). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 31 mars à l’adresse : atelierouvert@inventoire.com

Extrait

« (…) Et puis donc, la police, l’arrestation, tout s’est passé calmement. Ils ont usé des formules qu’on use dans ces moments-là.
Ce qu’on a appris en quelques pages, de la bouche du meurtrier lui-même, paraît plutôt simple. Comme le précise la quatrième de couverture : « Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis, surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit. »

L’intéressant, ici, c’est que le meurtrier est plus sympathique que la victime. Lazenec est un authentique escroc, on ne le regrette pas, d’autant que Viel a la délicatesse de nous épargner assez longtemps les détail de son exécution. Alors justement : et si vous rêviez un peu, vous aussi, à un délit en quelque sorte sympathique ? Bien sûr, il peut s’agir d’un meurtre, il m’arrive parfois, dans le monde qui est le nôtre, d’avoir envie de pendre un banquier, et on sait que la passion peut mener loin. Mais vous avez le droit de pencher vers une autre sorte de délit : vol à main armée, ça peut être tentant aussi, parfois. Ou bien ?

En tout cas, imaginez une situation dans laquelle votre narrateur a pu être conduit à passer à l’acte. Songez au récit bref qu’il est possible d’en tirer. Après tout, l’argument d’Article 353 du code pénal, réduit à l’os, se résume à peu de choses : un ouvrier divorcé et licencié assassine le promoteur immobilier qui l’a arnaqué en lui faisant investir toute sa prime de licenciement sur un projet qui relève de l’escroquerie pure et simple.

Ensuite, ma foi, faites passer votre délinquant aux aveux. Il s’adresse soit à un proche (une épouse, un père, un ami), soit à un officiel, gendarme, inspecteur de police, juge, à vous de voir.

Mais attention ! D’une part, on ne saura pas tout de suite à qui il ou elle s’adresse, parce que, dans votre dernière phrase, vous ferez comme Tanguy Viel à la fin de son prologue : vous intègrerez « j’ai dit au juge », ou « j’ai dit à mon mari », ou « j’ai dit à l’inspecteur », etc.

Et d’autre part, toujours à la fin, après avoir dit à qui votre délinquant s’adresse, vous finirez la phrase en beauté : comme Martial Kermeur, votre narrateur ou narratrice lâchera quelque chose qui justifie son passage à l’acte. C’est le « une vulgaire affaire d’escroquerie » de Kermeur, qui accuse la victime, et pas lui-même. C’était déjà ainsi dans les célèbres Crimes exemplaires de Max Aub : le meurtre est moins de la faute du criminel que de celle de la victime. Allez-y. Vous allez voir, ça fait du bien…

Proposition d’écriture

imaginez une situation dans laquelle votre narrateur a pu être conduit à passer à l’acte. Songez au récit bref qu’il est possible d’en tirer. Après tout, l’argument d’Article 353 du code pénal, réduit à l’os, se résume à peu de choses : un ouvrier divorcé et licencié assassine le promoteur immobilier qui l’a arnaqué en lui faisant investir toute sa prime de licenciement sur un projet qui relève de l’escroquerie pure et simple.

Ensuite, ma foi, faites passer votre délinquant aux aveux. Il s’adresse soit à un proche (une épouse, un père, un ami), soit à un officiel, gendarme, inspecteur de police, juge, à vous de voir.

Mais attention ! D’une part, on ne saura pas tout de suite à qui il ou elle s’adresse, parce que, dans votre dernière phrase, vous ferez comme Tanguy Viel à la fin de son prologue : vous intègrerez « j’ai dit au juge », ou « j’ai dit à mon mari », ou « j’ai dit à l’inspecteur », etc.

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Vos textes à partir du roman de Marie Nimier « La Plage »

Il y a 15 jours, Juliette Rigondet vous a proposé d’écrire à partir du roman de Marie Nimier « La Plage » (Gallimard, 2016). Voici les 6 textes que nous avons sélectionnés. Merci à tous de votre participation! Jean-Marc Garriga Koma-Kino Station Désastre. Je descends du métro. Au pied des marches qui mènent à la surface siffle une bise sournoise. Je me demande s’il est encore ouvert. Ce serait bien s’il était ouvert, car je n’ai aucun autre endroit où aller pleurnicher. Je ne veux pas souiller mon petit appartement tout blanc Ikéa. Mon appartement doit être positif, comme dans les magazines de déco. Quand je ne vais pas bien, quand Laure ne veut plus me voir tout nu (elle ne veut plus me voir du tout en vérité), je vais au Koma-Kino, le vieux ciné dans ce coin de Paris, qui sait encore rester un village. Je vais revoir les Damnés de Visconti. Le film passe ici depuis sa sortie, quand le formica, les néons du Koma-Kino étaient rutilants. A la caisse, depuis la retraite de Jeannette, la caissière à forte … Lire la suite

Corinne Lovera Vitali, 78 moins 39

Proposition d’écriture à partir de l’ouvrage de Corinne Lovera Vitali, 78 moins 39 (éditions Louise Bottu, 2016)

Je vous propose de dresser rapidement la liste d’événements qui rythment votre vie ou celle d’un personnage : un anniversaire, une fête, une commémoration, par exemple.

Ensuite, choisissez-en un. Puis lisez deux nouveaux extraits du recueil :

« Mes cheveux sentent les fleurs mon pyjama sent les fleurs mes blessures sentent les fleurs l’ombre sombre sent (la terre) les fleurs »

« J’ai tant manqué oui j’ai tant manqué qui m’a manqué comment dites vous vous, moi je dis j’ai manqué j’en dis le moins possible je cherche à entendre, question de langue, langue de terre langue d’eau langue de ciel, question sans interrogation question sans affirmation, pourquoi la langue de terre tenait elle à me reprendre, pourquoi me reprendre, pourquoi me »

Vous voyez comment le ciel, les nuages, l’eau, la pluie ou la terre servent à l‘auteur de langue pour faire entendre les sensations et les éprouvés du temps de l’enfance.

Je vous invite donc à choisir à votre tour « votre langue » parmi l’un des éléments, celui dont vous sentez qu’il correspond le mieux à la couleur de votre souvenir.

Ensuite, écrivez trois fragments. Chacun d’entre eux comprend une seule phrase et joue du rebond des mots, de leur répétition et de leurs sonorités. Déroulez un fil rythmique, moins pour raconter que pour faire entendre les traces déposées par cette évocation. Lire la suite