Vos textes à partir de « 78 moins 39 » de Corinne Lovera Vitali

Il y a 15 jours, Arlette Mondon-Neycensas vous a proposé d’écrire à partir de l’ouvrage de Corinne Lovera Vitali, 78 moins 39 (éditions Louise Bottu, 2016). Voici les 7 textes, pleins de tempérament, que nous avons sélectionnés.   Marie-Pierre Chaduc In the mood for love Ne me retiens pas je m’en vais enveloppé d’étoffes légères la tête penchée sur le côté droit vers cet horizon en noir et blanc bordé de brumes mes pas s’éloignent ne me restent dans l’oreille que leur écho comme une pulsation qui envahit tout l’espace avant le vide où plus rien n’existe où même le marcheur le plus téméraire disparaît happé par les djinns je pars sur des chemins que tu ne connais pas je pars poussière emportée par le vent d’autan sur des chemins qui se dérobent le cœur lourd la tête sans raison penchée à droite les reins creusés je pleure à chaque pas la soif m’étreint je ne durerai pas Ne me retiens pas je m’en vais je ne reviendrai pas nous avons brûlé nos vaisseaux dans de vaines batailles ne me … Lire la suite

Tanguy Viel, Article 353 du code pénal

Cette semaine, Alain André vous propose d’écrire à partir du roman de Tanguy Viel, Article 353 du code pénal (Minuit, 2017). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 31 mars à l’adresse : atelierouvert@inventoire.com

Extrait

« (…) Et puis donc, la police, l’arrestation, tout s’est passé calmement. Ils ont usé des formules qu’on use dans ces moments-là.
Ce qu’on a appris en quelques pages, de la bouche du meurtrier lui-même, paraît plutôt simple. Comme le précise la quatrième de couverture : « Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis, surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit. »

L’intéressant, ici, c’est que le meurtrier est plus sympathique que la victime. Lazenec est un authentique escroc, on ne le regrette pas, d’autant que Viel a la délicatesse de nous épargner assez longtemps les détail de son exécution. Alors justement : et si vous rêviez un peu, vous aussi, à un délit en quelque sorte sympathique ? Bien sûr, il peut s’agir d’un meurtre, il m’arrive parfois, dans le monde qui est le nôtre, d’avoir envie de pendre un banquier, et on sait que la passion peut mener loin. Mais vous avez le droit de pencher vers une autre sorte de délit : vol à main armée, ça peut être tentant aussi, parfois. Ou bien ?

En tout cas, imaginez une situation dans laquelle votre narrateur a pu être conduit à passer à l’acte. Songez au récit bref qu’il est possible d’en tirer. Après tout, l’argument d’Article 353 du code pénal, réduit à l’os, se résume à peu de choses : un ouvrier divorcé et licencié assassine le promoteur immobilier qui l’a arnaqué en lui faisant investir toute sa prime de licenciement sur un projet qui relève de l’escroquerie pure et simple.

Ensuite, ma foi, faites passer votre délinquant aux aveux. Il s’adresse soit à un proche (une épouse, un père, un ami), soit à un officiel, gendarme, inspecteur de police, juge, à vous de voir.

Mais attention ! D’une part, on ne saura pas tout de suite à qui il ou elle s’adresse, parce que, dans votre dernière phrase, vous ferez comme Tanguy Viel à la fin de son prologue : vous intègrerez « j’ai dit au juge », ou « j’ai dit à mon mari », ou « j’ai dit à l’inspecteur », etc.

Et d’autre part, toujours à la fin, après avoir dit à qui votre délinquant s’adresse, vous finirez la phrase en beauté : comme Martial Kermeur, votre narrateur ou narratrice lâchera quelque chose qui justifie son passage à l’acte. C’est le « une vulgaire affaire d’escroquerie » de Kermeur, qui accuse la victime, et pas lui-même. C’était déjà ainsi dans les célèbres Crimes exemplaires de Max Aub : le meurtre est moins de la faute du criminel que de celle de la victime. Allez-y. Vous allez voir, ça fait du bien…

Proposition d’écriture

imaginez une situation dans laquelle votre narrateur a pu être conduit à passer à l’acte. Songez au récit bref qu’il est possible d’en tirer. Après tout, l’argument d’Article 353 du code pénal, réduit à l’os, se résume à peu de choses : un ouvrier divorcé et licencié assassine le promoteur immobilier qui l’a arnaqué en lui faisant investir toute sa prime de licenciement sur un projet qui relève de l’escroquerie pure et simple.

Ensuite, ma foi, faites passer votre délinquant aux aveux. Il s’adresse soit à un proche (une épouse, un père, un ami), soit à un officiel, gendarme, inspecteur de police, juge, à vous de voir.

Mais attention ! D’une part, on ne saura pas tout de suite à qui il ou elle s’adresse, parce que, dans votre dernière phrase, vous ferez comme Tanguy Viel à la fin de son prologue : vous intègrerez « j’ai dit au juge », ou « j’ai dit à mon mari », ou « j’ai dit à l’inspecteur », etc.

Lire la suite

Vos textes à partir du roman de Marie Nimier « La Plage »

Il y a 15 jours, Juliette Rigondet vous a proposé d’écrire à partir du roman de Marie Nimier « La Plage » (Gallimard, 2016). Voici les 6 textes que nous avons sélectionnés. Merci à tous de votre participation! Jean-Marc Garriga Koma-Kino Station Désastre. Je descends du métro. Au pied des marches qui mènent à la surface siffle une bise sournoise. Je me demande s’il est encore ouvert. Ce serait bien s’il était ouvert, car je n’ai aucun autre endroit où aller pleurnicher. Je ne veux pas souiller mon petit appartement tout blanc Ikéa. Mon appartement doit être positif, comme dans les magazines de déco. Quand je ne vais pas bien, quand Laure ne veut plus me voir tout nu (elle ne veut plus me voir du tout en vérité), je vais au Koma-Kino, le vieux ciné dans ce coin de Paris, qui sait encore rester un village. Je vais revoir les Damnés de Visconti. Le film passe ici depuis sa sortie, quand le formica, les néons du Koma-Kino étaient rutilants. A la caisse, depuis la retraite de Jeannette, la caissière à forte … Lire la suite

Corinne Lovera Vitali, 78 moins 39

Proposition d’écriture à partir de l’ouvrage de Corinne Lovera Vitali, 78 moins 39 (éditions Louise Bottu, 2016)

Je vous propose de dresser rapidement la liste d’événements qui rythment votre vie ou celle d’un personnage : un anniversaire, une fête, une commémoration, par exemple.

Ensuite, choisissez-en un. Puis lisez deux nouveaux extraits du recueil :

« Mes cheveux sentent les fleurs mon pyjama sent les fleurs mes blessures sentent les fleurs l’ombre sombre sent (la terre) les fleurs »

« J’ai tant manqué oui j’ai tant manqué qui m’a manqué comment dites vous vous, moi je dis j’ai manqué j’en dis le moins possible je cherche à entendre, question de langue, langue de terre langue d’eau langue de ciel, question sans interrogation question sans affirmation, pourquoi la langue de terre tenait elle à me reprendre, pourquoi me reprendre, pourquoi me »

Vous voyez comment le ciel, les nuages, l’eau, la pluie ou la terre servent à l‘auteur de langue pour faire entendre les sensations et les éprouvés du temps de l’enfance.

Je vous invite donc à choisir à votre tour « votre langue » parmi l’un des éléments, celui dont vous sentez qu’il correspond le mieux à la couleur de votre souvenir.

Ensuite, écrivez trois fragments. Chacun d’entre eux comprend une seule phrase et joue du rebond des mots, de leur répétition et de leurs sonorités. Déroulez un fil rythmique, moins pour raconter que pour faire entendre les traces déposées par cette évocation. Lire la suite

Vos textes à partir du roman de Harry Parker « Anatomie d’un soldat »

Cette semaine, Alain André vous a proposé d’écrire à partir du premier roman de Harry Parker, Anatomie d’un soldat (Christian Bourgois, 2016). Voici les 8 textes que nous avons sélectionnés, merci à tous pour votre belle participation!   Claudine Van Beneden Je ne vois pas très souvent la lumière, je sors lors de certaines occasions. Ces derniers temps il n’y en a pas eu beaucoup…. des occasions. Je suis bien rangé, je ne suis pas tout seul, les autres plus communs sortent et reviennent plus souvent. Ce matin là, tôt, c’était un dimanche, il y avait beaucoup d’agitation. Une belle et joyeuse agitation, je ne voyais rien mais à l’oreille ce n’était pas comme d’habitude. Souvent je perçois de l’anxiété et des disputes. Cette fois c’était autre chose. Il y avait de la joie, je crois. Il était 13h30 quand on m’a sorti et j’ai compris. D’un coup, j’étais sur la belle assiette transparente. A côté du gâteau d’anniversaire maison, celui au chocolat. C’était son anniversaire à elle. Elle avait 15 ans. Je suis passée de la cuisine à la … Lire la suite

Ecrire à partir de « La Plage » de Marie Nimier

Cette semaine, Juliette Rigondet vous propose d’écrire à partir de La Plage, de Marie Nimier (Gallimard, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maximum) jusqu’au 1er mars à l’adresse: atelierouvert@inventoire.com EXTRAIT « À la sortie des gorges s’ouvre une première plage. Une plage sans urbanité, une mer sans planche à voiles ni bateau de pêche, une mer pour elle-même, la mer, pourrait-on avancer, comme on dit l’espérance ou la vérité, limpide, dépouillée de tout rituel utilitaire, de toute résonance touristique. Ni cabine ni parasol, pas de flotteur non plus, pas de cri aigu ni de Excusez-moi pour le ballon. Rien à acheter, rien à vendre (…). Ici, pas d’odeur d’ambre solaire, de folklore à respecter, de foule à subir. La plage comme on la rêve, au début de l’été – voilà qui devrait l’aider à reprendre pied (…) Laissant la dune derrière elle, l’inconnue aborde la dernière crique et reconnaît les pierres laiteuses scellées de mousse rose qu’elle avait photographiées lors de son précédent voyage. Elle est sûre maintenant d’être tout près du but. Bientôt, elle s’allongera dans … Lire la suite

Vos textes, à partir de « 14 juillet » d’Eric Vuillard

Sylvie Néron-Bancel vous a proposé lors de la dernière quinzaine d’écrire à partir du récit d’Eric Vuillard, 14 juillet (Editions Acte Sud, 2016). Voici les 5 textes que nous avons sélectionnés parmi vos nombreux envois ! Encore merci de participer si nombreux à notre atelier ouvert sur internet !   Carine Rico   Au balcon Il faut imaginer un bruit. D’abord ténu, modeste, qui me mordille l’oreille puis qui grandit. Bientôt, il bourdonne, vibrionne, m’attire au balcon. J’ai posé sans regret mon roman sur l’accoudoir râpé du fauteuil. Des voix indistinctes, un long débit humain roule en bas, dans ma rue. Pourquoi défilent-ils aujourd’hui ? C’est courant ces temps-ci, une fois par semaine au moins, si c’est pas deux. Ça fait une attraction. Au bout, il y a la préfecture. Il en entend en ce moment le préfet ! Des hommes, des femmes, avancent, chantent, scandent des slogans dont je n’arrive pas à comprendre le sens. Il faut imaginer une crue soudaine, le lit de la rue déborde, le désert s’emplit de voix, l’humanité oublie de rouler ses mécaniques. Je plisse un peu … Lire la suite

Ecrire à partir de « Anatomie d’un soldat » de Harry Parker

Chaque objet a sa propre vie (fabrication, fonction, rôle à tel moment de l’action). Il donne à voir les faits et gestes auxquels il est associé, à la première personne, sans le moindre pathos, en désignant le capitaine Barnes à la seconde ou à la troisième personne.

Et si vous choisissiez vous-même une situation difficile à raconter « normalement » ? Il peut s’agir d’un événement historique — comme la prise de la Bastille évoquée par Éric Vuillard dans Quatorze juillet (Actes-Sud, 2016) ; d’un fait divers — comme celui qu’évoque Ivan Jablonka dans Laëtitia (Seuil, 2016) ; ou d’un événement vécu, et pas forcément aussi dramatique que celui qu’évoque Harry Parker — ou même d’une situation comique, ou totalement fictive ?

Une fois la situation arrêtée, faites une liste d’objets étroitement liés à l’événement ou à ses conséquences. Puis choisissez-en un et un seul. Et écrivez une brève scène du point de vue de l’objet. Respectez les trois règles que suggère Harry Parker lui-même : l’objet s’exprime à la première personne ; il s’adresse au personnage dont il dépend, si nécessaire, à la seconde ou à la troisième personne ; il ne connaît les pensées du personnage que lorsqu’il se trouve à son contact direct. Lire la suite

Vos textes à partir de  » À ce stade de la nuit » de Maylis de Kerangal

En décembre, Solange de Fréminville vous proposait d’écrire à partir du texte de Maylis de Kerangal, À ce stade de la nuit, Verticales, 2015). Voici les 13 textes que nous avons sélectionnés, merci à tous pour votre belle participation! Claire Le Goff   Toulon Toulon c’est long sur la carte depuis le haut jusqu’en bas, long depuis son départ, vingt-trois ans et des mois depuis qu’il a quitté le nord, s’en est allé, une ville du sud et c’est tout. Je ne connais Toulon que de nom mais je connais Toulon, car il est contenu tout entier dans le nom de Toulon, dont il ne bouge plus, dont il n’est jamais revenu – un caveau, Toulon, puisqu’il n’en est jamais revenu, jamais remonté au nord, fini le nord, que j’ai perdu, moi, depuis qu’il a fui vers le bas, deux décennies déjà, même plus déjà, deux longues jambes pour fuir, deux longs bras pour marquer la distance. J’y suis passée un jour, un port, une gare, ne me suis pas aventurée, et j’ai frôlé les murs à mesure qu’ils s’érigeaient … Lire la suite

Ecrire à partir de Eric Vuillard « 14 juillet »

Cette semaine, Sylvie Néron-Bancel vous propose d’écrire à partir du récit d’Eric Vuillard, 14 juillet (Editions Acte Sud, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 1er février à l’adresse suivante : atelierouvert@inventoire.com Extrait « Qu’est-ce que c’est une foule ? Personne ne veut le dire. Une mauvaise liste, dressée plus tard, permet déjà d’affirmer ceci. Ce jour-là, à la Bastille, il y a Adam, né en Côte-d’Or, il y a Aumassip, marchand de bestiaux, né à Saint-Front de Perigueux, il y a Béchamp, cordonnier, Bersin, ouvrier du tabac, Bertheliez, journalier, venu du Jura, Bezou dont on ne sait rien, Bizot charpentier, Mammès Blanchot, dont on ne sait rien non plus, à part ce joli nom qu’il a et qui semble un mélange d’Egypte et de purin. On dit qu’il y eut, ce jour, près de deux cent mille personnes autour du monstre — ce qui représente la moitié de la ville, une fois retranchés les nouveaux-nés, les vieillards et les malades ; cela veut dire que tout le monde y est. Ce doit être une foule prodigieuse, une sorte de … Lire la suite