« Avrils fin septembre » Laure Miel d’Yack

 

si

si jusqu’à ce qui craque

si jusqu’au foin

la faux entre les dents

mais l’odeur du regain

la révolte des minutes

si

 

si ce qui persiste, tu dis

dans une table des nœuds
dans un pain la farine le chaume
dans une charnière des théorèmes Thalès Pythagore

une pomme est tombée

mais ça ne fait pas un livre

de minuscules dragons rient jaunes dans l’attrape-mouches

 

si nos avrils, tu dis

plouf la boue

plouf la flaque comme si

comme si rien l’aride

comme si rien de savoir

des gestes hantés aux ongles noirs

dans le museau des fantômes, une faim insoluble

 

tu tires une chaise le sol fait ses bruits d’orage

tagues le silence de tes respirations

ta voix, une cascade fin septembre

ne cherche plus ne sait plus

couler

 

à l’angle ça sèche c’est brun

c’est fort c’est                (bizarre, en fait)

mets-y ce que tu veux

des vieux dans des corbeilles

des noix des herbes des champignons

la bogue des mois qui pique

 

je prendrai ce qui reste

le ciel entre les planches

 

tu dis, et cette étrange lumière

ni souhaitée ni à fuir

la fenêtre que câble        la box de la stalle

haut-début des refuges

 

ça gratte le sablier

ça fibre un autre lin

l’épaule pleine de puces

une archive parmi d’autres

j’ai toujours cru que la mémoire était un verbe

au présent composé

 

sur la table je longe une veine ses tatouages de froment

ici ça sèche ça nano desquame mais

ici ça tient d’une foi de sève

la cascade         en vacances à l’océan

ses cartes postales dans la boite aux êtres

couler, ça sait que ça sait

couler

 

tu dis, comme le vent

 

            et c’est, comme le vent

 

aimer               mais sans visage

ce qu’on ne peut pas tricher, on trinque à la mousse

cul sec la forêt son ivresse de légendes ses perspectives hors cadre

qu’a donc fait dehors pour mériter

une porte fermée

 

tu dis, entre dans une histoire et jette ses promesses

si les gonds grincent et rient c’est qu’ils te reconnaissent

 

tous, on est

tous la grange de quelqu’un

 

un pays de poutres et de seuils

 

je t’ai apporté une cabane

parce que les fleurs c’est périssable[1]

tu peux ouvrir avrils

 

et les laisser couler

 

 

 

 

 

[1]          – Extrait de la chanson Les bonbons de l’album Mathilde, Jacques Brel, Barclay, 1963