Inez Baranay: l’écriture sans frontières

Lors de la conférence internationale sur l’écriture créative qui s’est déroulée les 23 et 24 septembre à Turin, Inez Baranay a rejoint l’EACWP (Association Européenne des Programmes d’Écriture Créative). Voici, traduit en français par Louise Muller pour l’Inventoire, un parcours de vie et d’écriture hors norme. Inez Baranay Voici comment, quand on me le demande, je me présente : « Je suis une écrivaine de langue anglaise, de nationalité australienne, d’origine hongroise, issue d’une culture transnationale et possédant un tempérament cosmopolite. » À ceci, j’ajouterai ma résidence actuelle en Turquie, et la nationalité hongroise que j’ai fraîchement acquise. Je suis née à Naples en Italie de parents hongrois, et j’ai grandi principalement à Sydney. Comme de nombreux écrivains, j’étais une lectrice avide étant enfant, et j’ai su dès un âge précoce que je serai écrivain. Je suis donc tout d’abord auteur, écrivain de fiction principalement, de romans surtout. J’écrivais déjà depuis longtemps quand, à la fin des années 80, j’ai été engagée pour enseigner l’écriture créative dans une université de Sydney, où j’ai vécu la plupart des 40 premières années de ma vie … Lire la suite

Portrait d’animatrice : Mathilde Vermer « Ecrire pour aller vers soi »

Auteur du roman Après Ramallah, publié aux Éditions Michel de Maule en 2012, Mathilde Vermer est diplômée de Sciences-Po Paris, du CNAM et de la Sorbonne. Passionnée par la littérature et la philosophie, elle écrit, propose des formations en entreprise et anime des ateliers d’écriture.

Son prochain stage à Aleph-Ecriture se tiendra du 10 mars au 16 mars 2016.

Propos recueillis par Marie-Hélène Mas

L’Inventoire : Comment êtes-vous devenue animatrice d’atelier d’écriture ?

Mathilde Vermer : Par passion !

En 2006, je rentre de Palestine avec un projet de roman. Je viens de passer 5 mois à travailler en ONG et je suis hantée par ce que j’ai vu dans ce pays. Je ne sais pas par où commencer, je sens que ma plume résiste, que les mots m’échappent. Lire la suite

Turin cinéma

Ou comment, à l’occasion du stage « Écrire à Turin », le cinéma s’est invité dans les propositions d’écriture, apportant son art de la narration, de la mise en scène et de la présence. Par Estelle Lépine J’ai animé cet été un stage d’écriture de quatre jours à Turin. J’ai accepté le remplacement qu’on me proposait, séduite par l’idée d’accompagner l’écriture de textes nés d’une immersion dans un environnement non familier. Tout de suite, j’ai eu envie d’emmener les participants vers la fiction, qu’ils utilisent comme matière la ville et ce qu’elle offre d’images et d’imaginaire. Qu’elle devienne le décor de la traversée d’un personnage que chaque participant choisirait, et dont il s’agirait d’écrire les déplacements physiques comme intérieurs. Peut-être finirait-elle, cette ville, par devenir elle-même un personnage, un de ceux dont la rencontre révèle, affecte ou redessine une trajectoire. Des livres pouvant accompagner les propositions de ce stage, j’en avais en tête, beaucoup. Du surgissement des personnages à l’écriture des lieux en passant par le récit de voyage, Sylvie Germain, Georges Perec, Michel Butor, Claudie Gallay, Hélène Frappat, Cesare Pavese, … Lire la suite

Le réalisme magique, une expérience, par Claudine Tondreau

Le Réalisme Magique, par Claudine Tondreau

Entre merveilleux et fantastique, le réalisme magique surgit dans un no man’s land indéfinissable, exploré tant par les peintres que par les cinéastes et les écrivains. Il y introduit « cette poésie centrale, cette atmosphère de rêve et de magie qui, pour certaines imaginations, se dégage tout naturellement du spectacle même de la réalité » (Edmond Jaloux). Bien plus que d’un procédé, il s’agit d’une manière d’être dans le présent et en même temps… de lui échapper. Franz Hellens parlera d’un réalisme à vif d’une telle qualité qu’on ne peut savoir le point où il devient une espèce de rêve et de folie. Éminemment poétique, le réalisme magique éclaire le réel, lui donne une solution à la fois miraculeuse et incontestable. Il transforme le quotidien, le théâtralise, le bouleverse, en recourant à des moyens communs au genre fantastique, mais avec un objectif différent (se distinguant cependant de ce qu’on nomme la fantasy, que l’intervention magique éloigne de la réalité). Il s’agit d’un courant, d’un ensemble, d’un mouvement aux multiples expressions selon les continents – et non d’un genre. Lire la suite

Faire écrire après

Estelle Lépine  J’entre, fébrile, dans l’école. Juste avant, je suis passée au coin de la rue dont on a tristement parlé quelques jours plus tôt, parce que les tueurs de Charlie hebdo y ont abandonné leur voiture. L’école élémentaire où j’anime des ateliers de poésie tous les mardis est à quelques pas. Je me demande comment les enfants ont vécu cette proximité, dont je ne doute pas qu’elle leur est connue. Je me demande comment ils ont vécu la minute de silence et les échanges qui ont dû l’accompagner. Je me demande surtout comment ils ont vécu cette barbarie. Dans la cour de récréation, l’habitude est que les enfants rejoignent leur animateur sous la feuille portant le nom de leur atelier, collée sur une fenêtre. Je les attends. Me parleront-ils des événements ? Ecriront-ils dessus ? Si oui, arriverai-je à les entendre, moi qui après le choc des tueries et la force des rassemblements me sens perdue, entre deuil et utopie, ondes de choc et vie qui reprend ? Ou bien auront-ils besoin de passer à autre chose ? Et dans ce cas, … Lire la suite

Ateliers d’écriture, une histoire de Liberté par Ella Balaert

Cette semaine, nous avons demandé à Ella Balaert qui anime régulièrement des ateliers d’écriture de nous faire partager son expérience. Un très beau texte en forme de cartographie humaine.
Avant la rencontre : Avant la rencontre, il y a la route: Pendant des années, j’ai habité Senlis, dans l’Oise, une ville sans gare à moins de dix kilomètres. La plupart des ateliers m’étant proposés hors région, pour le moindre d’entre eux, j’avais entre trois et huit heures de voyage. J’étais ce qu’on appelle d’un mot que je déteste, une « intervenante ».
Extrait 1 : (2005, Cléry) « D’abord, il y a la nuit. L’intervenante se lève tôt. Sans bruit pour ne pas réveiller pas les enfants. Tient son bol de café à deux mains, même s’il brûle, en se concentrant sur l’arôme. Fait le plein des toutes premières sensations du jour. Guette les premiers trilles d’oiseaux. Croise le camion-poubelle à 5 heures 25 à l’angle de la rue. En traversant la forêt, tente de repérer un cerf et des biches. Après la voiture un premier train, sur une ligne de banlieue. Dans celui de 5 heures et quelques du matin, flotte un silence palpable. Les gens ont presque tous les yeux fermés. Menton sur la poitrine, ou tête renversée contre le dosseret du fauteuil et mâchoire tombante, ils prolongent leur sommeil. Encore fatigués de la nuit. Ou plutôt, déjà fatigués du jour. I
Lire la suite

Dans les murs comment faire surgir l’hors les murs

Il y a Annie, Anne, Anne Marie, Christiane, Elisabeth, Jeannine, Joséphine, Maïtou, … Pendant huit ans, de 2003 à 2011 nous nous côtoyons à rendez-vous réguliers bimensuels, sauf imprévus et vacances scolaires. Nous nous retrouvons en général le mercredi, en après-midi après la sieste et avant les collations. Nous disposons d’une salle, bien chauffée, et même d’un jardin où nous nous installons, parfois, en été. En plein cœur des beaux quartiers, à deux pas du Bon Marché, à deux autres de la rue de Rennes, nous ne nous plaignons pas du lieu qui fait un peu îlot surprise dans la grande ville. Il faut dire que notre carré de jardin, au milieu de la ville, a des allures de miracle. Lire la suite

Têtes baissées

Têtes baissées, sommets de crâne, doigts entremêlés aux mèches de cheveux dessus-dessous, crissement d’un feutre à pointe large sur la page, cataracte d’eau dans les tuyauteries de l’immeuble, sillons verticaux entre deux sourcils, petit choc mat d’une gomme retombant sur la table, page arrachée brusquement de son bloc, stylo rayant les lignes qu’il vient de tracer, index pincé entre deux lèvres, mordillements de peaux sur le pourtour de l’ongle, crayon à papier à l’extrémité métallique sertie d’une gomme planté à la japonaise dans l’enroulement d’une chevelure, tâches rouges de deux pull-overs rouges, deux bras croisés sur une poitrine, étole écossaise jetée sur une épaule, raclement de chaise sur le sol, tasses à thé, à café, feuilles éparses, assiettes à dessert en carton mauve, un dé bleu, stylos, verres, dictionnaires, étuis à lunettes Lire la suite

Animer un atelier d’écriture

Une vie d’enseignante et une participation régulière à plusieurs ateliers d’écriture m’ont donné l’expérience d’une intimité, née de l’écriture partagée, qui ne ressemble à aucune autre. Ecrire en atelier c’est à la fois être porté par des présences silencieusement amicales et être au plus près de soi dans cette tension solitaire vers une formulation distincte : dire ce qui était impression fugace, émotion confuse, idée passante, images effacées, souvenirs emmêlés…Le travail d’écriture n’est pas dissociable du travail sur soi dans cet effort fait pour compléter de l’inachevé, donner des contours à de l’impalpable, décompacifier des densités, combler des vides, donner forme à l’inimaginable et bien d’autres choses encore…Mettre en récit, se mettre en récit, c’est produire de l’existence vérifiable. Dans cette quête de vie, quête de soi qui dynamise notre existence, il y aurait ainsi des “ cristallisations d’être ” en forme de textes, petits cailloux blancs de notre chemin en forêt… Lire la suite

Un atelier d’écriture dans un dispositif de raccrochage scolaire

Ils surgissent. C’est un adolescent. Un mètre quatre vingt centimètres. Courbe les épaules à son entrée dans la classe. Salue le groupe. Léger chahut. Il aura dix sept ans bientôt. Dessiner est sa passion. A-t-il déjà pris le temps de poser sa carcasse, de laisser le crayon tracer des lettres, des mots? Il aime dessiner des personnages de bande dessinée. L’école, il n’est pas contre, il est à l’heure. L’intérêt? N’en sait rien.

Mikaël, joli minois, petit gabarit, son challenge : les mots. Dès que je l’interpelle dans son échange musclé avec Thomassin (un mètre quatre vingt centimètres) il récite le rap de son cru. Me met à l’oreille le rythme. Cite à toute vitesse des sites pour entendre ses musiques. Sur ses doigts, il recompte les syllabes nécessaires pour composer le poème.

Thomassin, inspiré par la disposition des vers-dessins d’Apollinaire (Calligrammes), guide le feutre du bout de la main. Le Chapeau sera pris comme cible d’écriture. Démanteler, réajuster. Un poème dessiné, le temps de disposer des mots, de donner à voir. Lire la suite