Emmener des enfants et des adolescents sur le continent de l’écriture est une mission enthousiasmante ! Pour accompagner les animateurs qui envisagent d’entrer sur ce territoire, Emmanuelle Pavon Dufaure va animer la formation « Faire écrire les jeunes publics » du 18 au 21 mai à Paris. Nous l’avons rencontrée.
Quelles sont les particularités des ateliers destinés aux jeunes publics ?
Au niveau créatif ces ateliers jouent peut-être davantage sur la circulation entre écriture et lecture, les phénomènes d’identification corporelle, émotionnelle et de projection d’imaginaire. Un enfant s’investit vraiment pleinement dans une histoire quand il est happé. Il y a, avant la production même de texte, le rapport aux personnages, aux espaces, aux mots, à détailler et à introduire. Pour prendre des exemples concrets, c’est le personnage de Bastien qui plonge dans le livre et vit l’aventure de manière très impliquée dans le film «L’ Histoire sans fin » ou le ressort propre des livres dont vous êtes le héros. A cet âge-là, on va de l’autre côté du miroir fictionnel de manière beaucoup plus directe et spontanée, alors l’animateur doit prendre en charge ce sas, le penser dans son dispositif. Cela implique plusieurs déplacements qui sont passionnants à explorer : les temps de stimulation de la rêverie sont privilégiés, ceux pour se reconnecter aux émotions et aux ressentis corporels aussi. L’animateur pourra par exemple imaginer des objets-livres à manipuler, des petites scénographies de papier, inventer des expériences sensorielles pour plonger dans l’écriture. On est beaucoup moins dans un rapport abstrait au langage mais davantage dans un éprouvé. Comment mes mots vont dire le monde et mes sensations ?
Et puis, si on anime dans le cadre scolaire, ce qui est souvent le cas avec ce genre de public, il y a aussi les problématiques de cadre, de co-animation, de rapport à l’institution, de public semi-contraint, qui viennent s’ajouter à ces particularités créatives.
A partir de quel âge peut-on « faire écrire un enfant » ? Allez-vous aborder la question des ateliers avant la maîtrise de l’écriture ?
Oui, c’est une problématique que nous aborderons, même si elle ne constitue pas le cœur des quatre jours. J’anime pour ma part en CP et c’est un enjeu essentiel. Plusieurs stratégies peuvent être mises en place pour aller rechercher l’écriture à d’autres endroits que celui du « faire écrire », comme vous le nommez. Peut-être est-ce davantage « s’écrire » qui est au premier plan avec ces écritures balbutiantes. Ils ne sont pas encore dans la maitrise scripturaire et la construction de la phrase… mais peuvent développer un rapport d’invention au langage très puissant. On peut leur proposer par exemple des dispositifs avec des lettres type scrabble, jouer sur tous les possibles du geste de graphie, sa poétique (écrire avec un bâton dans du sable). Le principe de saisie orale par l’animateur qui cueille des mots au fur et à mesure au tableau peut aussi être un appui… oui, il y a ces adaptations possibles et tellement d’autres pistes à inventer encore.
Faut-il avoir une expérience professionnelle préalable auprès d’enfants ou d’adolescents pour envisager d’animer des ateliers auprès de ce type de public ? A qui s’adresse cette formation ?
Cette formation s’adresse à tous ceux qui ont déjà une expérience et ou une formation d’ateliers avec des publics dits classiques et s’intéressent à cette transmission (essentielle) de la saveur du lire et du l’écrire avec des jeunes. C’est toute la question des allers-retours entre formation et intégration. On peut parfois s’intéresser à un type de public, être intrigué, se dire un jour peut-être, sans pour autant se retrouver tout de suite avec une classe de 35 enfants… Pour chacun, le chemin et la temporalité sont différents. On voit parfois des stagiaires qui souhaitent offrir un atelier à leurs jeunes enfants, des amis. Cela peut commencer ainsi, très simplement. Je dirais aussi, et là je parle de ma propre pratique, que réfléchir à des ateliers pour ce type de public permet aussi d’affiner vraiment ses dispositifs. Quand je reprends une proposition pour un public jeune dans un atelier pour adultes, il n’est pas rare que cela déclenche des textes emplis de poésie et surtout un plaisir d’écrire très manifeste. On oublie souvent cette part ludique à laquelle nous aspirons tous, quel que soit l’âge, et qui est un déclencheur d’écriture assez magique !
Propos recueillis par Camille Berta
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