Écrire à partir de « Sous l’aile du jour »

En cette période de fin d’année, initiez-vous à la poésie !

Hélène Massip vous propose ainsi d’écrire à partir d’un très bel ouvrage poétique: Sous l’aile du jour de Gilles Baudry (Rougerie, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1 500 signes maxi) jusqu’au 20 décembre à : atelierouvert@inventoire.com

 

Extrait

Lettre à Anne Perrier

Quand je cherchais à vérifier mes rêves
Vous m’écriviez : « Demandez-leur plutôt
que dans leurs purs moments il vous
maintiennent dans l’éveil. »

A l’encre bleue l’abeillage des mots
Vous accordait
La royauté fragile d’exister
Sans majuscule

Amie, combien je vous sais gré
D’avoir inscrit le nom des arbres
Au patrimoine des saisons humaines
D’avoir avec une simplicité

Étincelante su transfigurer
Dans les poèmes de la voie nomade
Les limites étroites
Que nous assigne l’espace de cette vie

Proposition d’écriture

Gilles Baudry est un poète breton né en 1948. Il est aussi moine à l’Abbaye de Landévennec. Il a publié plus de vingt recueils, presque tous aux éditions Rougerie. Poète et moine, il se dit volontiers « deux fois marginal ». Influencé dès l’adolescence par des poètes comme René Guy Cadou, Jules Supervielle, Rainer Maria Rilke, Philippe Jaccottet, il a bâti au fil du temps une œuvre contemplative, ancrée dans l’observation du quotidien, de la nature, et dans le « présent intérieur » (titre d’un de ses recueils).  Son écriture simple, discrète, intime, se nourrit aussi d’amitiés, de correspondances, de rencontres sensibles avec des peintres, des musiciens, et, surtout, de la lecture d’autres poètes qu’il affectionne.

Le poème présenté ici est adressé à Anne Perrier, poète vaudoise décédée en janvier 2017 à l’âge de 94 ans. Ses recueils La voie nomade et Les noms des arbres (L’Escampette, 2008) sont évoqués ici par Gilles Baudry. Voici un poème extrait de chacun de ces deux recueils :

Ce n’est pas l’ombre que je cherche / Ni l’humble signe / De la halte sous les palmiers / Tranquilles ni l’eau ni l’ange / Gardien d’oasis / Je cherche le chemin qui dure / Toujours toujours toujours

LE LILAS / Lui seul a le pouvoir / De réveiller le vieil enchantement / Et d’attirer vers le cœur de l’énigme / L’enfant troublé / Par l’appel ténébreux et pur / Du printemps

Je vous propose de partir de la première strophe du poème :

Quand je cherchais à vérifier mes rêves
Vous m’écriviez : « Demandez-leur plutôt
que dans leurs purs moments il vous
maintiennent dans l’éveil. »

Aller chargés de rêves, connus ou inconnus de soi, vers la littérature, vers l’amitié. Ouvrir les yeux, trouver des alliés, n’est-ce pas une partie de ce que nous cherchons par la lecture ?

Je vous invite, à l’image de cet échange entre les deux poètes, à adresser un texte à un des auteurs de votre bibliothèque qui vous touche particulièrement. Quels rêves affleurent à cette rencontre ? Quels échos y résonnent ? Faites allusion à l’œuvre, glissez un titre, une citation dans votre texte.

Vous pouvez écrire sous la forme d’un poème ou choisir la manière qui vous convient le mieux.

Envoyez-nous votre texte (1500 signes au maximum).

Lecture

Ce qui me touche dans la poésie de Gilles Baudry, c’est son attention aux petits riens du quotidien qui s’emplissent sous le regard. Extrait du même recueil (p. 47) :

PLÉNITUDE DES HEURES CREUSES // Rien ni personne / C’est peut-être que tout / Peut faire événement : // La clé qui tourne à vide / Le craquement des meubles / L’entêtement des murs / Le miroir amnésique …

Cette écriture faite de vide me comble, ouvre ma mémoire sensible. L’autre est très présent dans ces poèmes. On perçoit l’humanité d’un poète qui s’adresse à des artistes (Klee, Giacometti, Bonnard), à des amis, qui observe le monde avec tendresse :

Roses en boutons / les petits poings fermés / du bel enfant qui dort // si peu calme qui sait / peut-être rêve-t-il / qu’il boxe avec son ange (in Le bruissement des arbres dans la page, Rougerie, 2013)

H.M.

Hélène Massip est auteur de nouvelles, de poèmes et de haïkus. Sa dernière publication : « L’affiloir des silences », Jacques André Editeur,  « Poésie XXI », mars 2016. Elle conduit des ateliers ouverts et une Formation générale à l’écriture littéraire pour Aleph.

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