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On me questionnait le mois dernier sur la question de l’autonomisation, dans l’écriture. J’ai déjà beaucoup écrit sur le thème, dans Devenir écrivain (Paris, Leduc.S, 2007, et Aleph, 2012), mais celui-ci est inusable, on y revient souvent, d’autant qu’il existe de sacrés hiatus entre l’écriture en atelier, l’écriture en solitaire et la publication. L’important, bien sûr, c’est d’écrire seul, chez soi, le matin au saut du lit ou pendant la nuit, le plus souvent possible, et de se donner rendez-vous tous les jours, au moins par périodes, pour travailler sur un projet d’écriture. Mais il y a des points d’appui. Comme le pensait le psychologue biélorusse Lev Vygotsky, les apprentissages sont singuliers, mais ils vont du collectif vers l’individuel, pas l’inverse et, ce que l’on souhaite être capable de faire seul, on peut d’abord apprendre à le faire avec l’aide des autres.

Concrètement ? Si vous ne connaissez pas bien les rudiments, ou si vous avez grand peur de donner vos textes à des lecteurs, suivez un atelier d’écriture, aujourd’hui il y en a partout (choisissez-le bien). Puis, dès que possible, écrivez régulièrement tout seul (l’atelier n’est qu’une médiation, pas une fin en soi). Si vous avez du mal à le faire, suivez un atelier conçu pour ça, dans lequel on n’écrit, la plupart du temps, qu’en dehors de l’atelier (c’est un atelier de lecture, en somme).

Si vous avez du mal à aller au bout de vos beaux projets, suivez un atelier d’écriture avancé, dans lequel vous apprivoiserez le travail du roman, ou du recueil de poèmes ou de nouvelles, ou du récit autobiographique… Puis écrivez votre bouquin tout seul, mais avec le soutien d’un groupe « d’accompagnement de projet personnel », puis avec les seuls retours de quelques lecteurs privilégiés (des « amis favorables », précise Didier Anzieu).

Si vous n’êtes pas parvenu à publier, souvenez-vous qu’il existe, hors de l’atelier, un espace en quelque sorte intermédiaire, qui vous permet d’apprivoiser le geste d’envoyer ses textes vers des lecteurs inconnus. C’est que pour « socialiser » ses textes, il faut bien, tant soit peu, que vous socialisiez le vieil ours ou la jeune oursonne que vous êtes. Considérez les lieux favorables : lectures publiques ouvertes, concours de nouvelles, revues littéraires (comme L’Inventoire). Il est plus facile d’avoir des retours de cette façon qu’en envoyant d’emblée son premier opus chez POL ou Minuit.

Si vous avez toujours du mal à faire choisir vos manuscrits, au moins de temps en temps, par quelque éditeur que ce soit, demandez une lecture-conseil à un auteur chevronné (un ouvrier du bâtiment, de préférence, les autres vous feront perdre votre temps, voire votre argent). Puis retravaillez, recommencez, renvoyez. Et là, soyez obstiné.

Tout cela relève de l’apprentissage et, plus encore, du parcours initiatique (tannez-vous le cuir, c’est préférable, et n’oubliez jamais que le meilleur, dans l’écriture, c’est… d’écrire, comme y insistait Borges). Mais vos textes ne s’enverront pas en l’air tout seuls. Ils ont besoin du milieu littéraire, structuré par ses codes, ses lois, ses réseaux, même si votre timidité, votre orgueil ou votre génie natif détestent tout ça. Apprivoisez le milieu, on y trouve même, parfois, des gens adorables (si si). Faites-le step by step, sans vous lancer dans le vide d’entrée de jeu (sauf si vous disposez d’un parapente fabuleux). Le roman de formation d’un écrivain est toujours compliqué – mais c’est vrai, les écrivains préfèrent le plus souvent parler d’autre chose.

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