Écrire pour soi, tous les matins

En 2018, être créatif relève moins d’un passe-temps personnel que d’une étiquette tendance qu’il est de bon ton d’instagramer. D’ailleurs, on ne se dit plus créatif, mais « un créatif » parmi les autres, parmi les graphistes, photographes, céramistes, écrivains et autres gens cools d’un monde dont il faut désormais faire partie, celui des creative people. Néanmoins, avant que la création ne soit un passe-temps de branchés, elle est une affaire personnelle dans laquelle l’écriture a toute sa place.

Nous avons déjà parlé de la retranscription des rêves au petit matin avec le Dream Book de l’artiste Marina Abramovic, mais l’écriture matinale peut aussi se rapporter à des sujets plus terre-à-terre, sans réflexion poussée.

On parle alors de Morning pages, un concept popularisé par l’américaine Julia Cameron qui consiste à poser sur papier son flot de pensées matinales, libre de toute critique.

Il n’est pas question ici de tenir un journal intime, seulement de déployer ses impressions, idées ou autres, sans retenue et sans les considérer au regard de la postérité.

Il s’agit donc d’une écriture brute, fraîche, très personnelle, qui a pour but d’éclaircir l’esprit pour mieux le disposer à la créativité.

Ne pas rechercher le style et ne pas se censurer sont les seules exigences. Cela peut donner lieu à l’écriture de corvées à faire, à un sentiment, à une bonne nouvelle apprise la veille, toutes banalités ou choses plus sérieuses qui vous passent par l’esprit. Il est recommandé d’en écrire trois pages, mais vous vous arrêtez bien quand vous voulez.

Le concept n’est pas nouveau, Julia Cameron en parle dès 1992 dans son livre référence, The Artist’s way.

Aujourd’hui, entre exercice créatif et pratique méditative, cette action a tout pour être en vogue. Mais il est surtout plaisant de voir que, bien qu’il s’agisse de créer, cela reste des feuillets personnels sans valeur esthétique, qui n’auront jamais rien d’instagramable.

 

Julia Garel