En mars dernier, Aleph-Écriture organisait les premières Assises de la biographie qui ont réuni plus de 200 participants. Les retours ont été unanimes quant au bien-fondé d’une telle initiative : offrir aux biographes – dont le métier est essentiellement solitaire – un espace de rencontres entre pairs, un espace de réflexion nourri par des interventions de spécialistes du récit biographique, de l’éthique et de l’accompagnement, et un espace d’échanges autour de différentes expériences biographiques.
Outre une publication à venir issue de ces Assises[1] et la programmation déjà actée des deuxièmes Assises en mars 2027, nous proposons cette année une journée d’études sur une thématique récurrente à laquelle sont confrontées les biographes.
Elle aura lieu le samedi 14 mars prochain, sur un des thèmes les plus plébiscités par les biographes : la langue et la voix dans la biographie.
Tous les biographes le savent : c’est lorsque les destinataires de la biographie, enfants, petits-enfants, et proches le disent, de cette façon ou d’une autre : « C’est formidable, j’ai l’impression de l’entendre ou d’entendre sa voix », qu’ils savent que la biographie est réussie, qu’ils ont rempli leur contrat. Mais comment y sont-ils arrivés ? Pour un biographe débutant ce sont souvent des heures de travail, des phrases écrites et réécrites, des enregistrements écoutés et réécoutés, des relectures de pages de carnet sur lesquelles sont notées expressions et manières de dire. Car passer d’un récit oral à un récit écrit, tout en faisant entendre la langue et la voix de l’autre ne se fait pas en claquant des doigts.
Dans un article[2] à propos du livre d’Adélaïde Blasquez, Gaston Lucas, serrurier[3], Philippe Lejeune note, alors qu’il a entendu un des enregistrements des entretiens entre les deux protagonistes après avoir lu le livre : « Immédiatement je reconnais Gaston ! Sa voix, son rythme, son débit, son accent, c’est à peu près exactement ce que j’imaginais. À mettre au crédit de l’écrivain. » Il développe ensuite son propos et analyse ce qui, dans l’écriture, a permis au lecteur d’avoir cette perception : entendre la voix de Gaston Lucas. Il y est question de condensation de l’oral, du rapport à la fidélité au récit oral, de procédés d’écriture, et de la part active du lecteur, tout un art ! que Philippe Lejeune qualifie de « système en trompe l’œil ».
Au cours de cette journée, les différents intervenantes, autrices et biographes, apporteront leur témoignage, dévoileront leur « tour de main », partageront leurs expériences et leurs pratiques et échangeront avec les participants et participantes.
Pour connaître le programme de la journée, consultez ce lien :
https://www.aleph-ecriture.fr/atelier/journee-detudes-la-langue-et-la-voix-de-la-biographie/
[1] « Les enjeux sociétaux de la biographie », Chronique Sociale, sous la direction de Michèle Cléach et Delphine Tranier-Brard, à paraître en 2026.
[2] Philippe Lejeune, « Ethnologie et littérature : Gaston Lucas Serrurier », in Études rurales, n°97-98, 1985.
[3][3] Adélaïde Blasquez, Gaston Lucas, serrurier : chronique de l’anti-héros, Pocket, 1983.