Vos textes à partir de Erri de Luca – C. Couliou

IMG_9114Hélène Massip vous a proposé d’écrire à partir du récit d’Erri De Luca : Le tort du soldat (Gallimard, 2014). Voici le second texte sélectionné, celui de Claude Couliou.

Il est 19h30, ce vendredi 13 novembre et je n’ai pas voulu rater la dernière séance de cette compagnie de théâtre de rue. Un enterrement fictif avec fanfare, cercueil et chants nostalgiques, spectacle de circonstance, vient de se terminer.

Je le regarde, il est devant moi, de profil, assis sur les gradins en bois qui dominent une scène où il ne se passe rien. Il est jeune. Il avale une salade dans une boîte jetable en plastique transparent, j’ai le souvenir d’une fourchette blanche qui happe des pousses de graines germées.

Sur le théâtre du monde à Paris, il va se passer des choses tragiques et nous ne le savons pas.

Il arbore un magnifique chignon haut perché, fait de dreadlocks tissées comme un nid d’oiseau – cigogne, non, pas assez construit, pie, non, trop petit, moineau, non, inadapté – un fouillis de cheveux emmêlés mais bien enturbannés comme une pyramide de kébab en train de dorer. J’aurais envie d’y plonger les doigts pour en vérifier la texture.

J’ai envie de photographier ce qui accroche mon œil et comme souvent j’hésite. Pas d’enjeu sauf un refus, je me lance, nous échangeons, il accepte, je n’ai que mon téléphone portable, il sera flou.

Il est jardinier, n’a pas coupé ses cheveux depuis plus de quinze ans. J’aimerais les voir dénoués, je propose une séance photo, cheveux libres au Jardin des Plantes. Accord.

Je gamberge et suis intriguée, excitée par cette première. Je réfléchis, envie d’une mise en scène, j’apporterai des nids désertés que nous disposerons, j’aime bien qu’il soit un jardinier. Je voudrais des clichés atypiques, peut-être qu’il lise un texte, peut-être qu’il raconte une histoire tout en photographiant, le naturel doit primer même si le décorum est artificiel.

C.C.

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