Vos textes à partir de « Un jour nous serons humains » de David Léon

Il y a 15 jours, Martine Leroy-Rambaud vous proposait d’écrire à partir du texte de David Léon « Un jour nous serons humains » (Éditions Espaces 34, 2014). Voici 2 textes sélectionnés en réponse. Nous vous remercions de votre participation !

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Photo DP

Régine Zeidan

Je vais m’en aller… pas de caractère… Tu vas voir de quoi je suis capable. Dernière fois que j’essuie ce miroir… Une douche et on ne voit plus sa face !

Tu me tues, toujours cette phrase dans ta bouche… Je n’ai tué personne, c’est juste que je l’ai pas eu mon bac… Pas la fin du monde ! Tu as honte ? Ah c’est ça… Tu me tues, c’est ça… Tu as honte. La famille, les voisins… Ils vont penser quoi ? Ils vont juger qui ?

Je ne veux plus te voir, me voir… Je ne vais pas pleurer, je vais partir pour de bon, j’ai dix- huit ans ! Ne me cherche pas, je suis majeure ! Tu n’as plus aucun droit sur moi ! ? Que je sache…

Essuyer la buée… Voir ma tête de bonne à rien… Tu n’es bonne à rien. C’est comme si tu me disais que je ne suis pas humaine ! Impression de te dégoûter…

Me regarder dans ce miroir ? Pour voir ton sourire, des dents parfaitement alignées… Certaines de tes expressions… On m’a même dit un jour que j’avais hérité de ton charme… C’est un garçon qui me l’a dit. Pourquoi tu m’as faite comme toi ?

Faut que j’efface ce flou… Je ne vois rien. Tenace cette buée… Ou foutu le chiffon… Me sécher les cheveux… Je l’ai pas eu mon bac et alors ? Le problème est où ? Je ne fais jamais ce qu’il faut. Jamais celle que tu voudrais que je sois… T’es jamais contente !

J’ai ta couleur d’yeux… Ah !!! Merde alors. C’est presque toi que tu traites de bonne à rien ! Tellement je te ressemble. T’as jamais pensé à ça hein ?

Mais regarde, je suis bien plus grande que toi. Si je porte ma tête comme il faut, menton relevé, épaules en arrière…. Regard haut… Droit devant … Franchement je suis presque belle non ? J’ai pas mon bac mais je pars, je vais respirer…

Ton rouge à lèvres… Celui-ci, tenace et pourpre… Dior… Je le prends, il me va bien. Ton mascara, ton parfum… « Very Irresistible » !!! Je te pique tout… Tout.

R.Z.

 

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Photo DP

Cathy Fourne

Une femme, jeune, est penchée sur une vieille cantine de bois. Elle en tire une poupée de chiffon, s’esclaffe : « Lala !… Ma gazelle !… ». Elle la berce contre elle.

Est-ce que tu te souviens, Lala, de ce grand soir de décembre quand tu es entrée dans ma vie ? J’avais six ans, maman était partie. Papa revenait d’un voyage à Istanbul, les bras encombrés de mille cadeaux pour sa petite princesse. Il t’avait assise sur un pouf du salon. Dans ta belle robe blanche avec ses deux pointes griffues rebrodées de rouge, là, devant, sur le corsage, tu nous fixais de tes grands yeux noirs étonnés, Lala, rappelle-toi ! Papa me chantonnait des comptines orientales pendant que je me gavais de loukoums et de bonbons aux dattes. Il m’embrassait, prenait mon pied et faisait mine de le manger en le croquant à belles dents. Je riais aux éclats, il me chatouillait. J’aimais mon papa et papa aimait tellement sa petite fille. Tu savais, Lala, tu savais !

Et puis, un jour, je n’ai plus aimé les chansons de papa. Elles me faisaient peur. Je guettais les pas sur le tapis persan usé, la lumière qui s’allumait derrière la porte qui s’ouvrait doucement. Je suspendais mon souffle.

Lala, tu te taisais sur le lit. Mais tu savais ! Ils savaient tous, d’ailleurs… tous !

La femme se redresse soudain, se secoue. « Mais c’était hier ! C’est fini ! ». Elle jette la poupée dans le coffre, rit nerveusement. Elle s’en va.

C.F.

 

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