Laura Vasquez, « L’idiote du village » : une autobiographie versifiée

Sur la couverture, elle a dessiné un ensemble de mots et de références qui résonnent comme sa carte du Tendre, mais version cérébrale. Parmi les noms qui y apparaissent, seuls trois écrivain-e-s: Lichtenberg (philosophe allemand du XVIIème siècle connu pour ses cahiers d’aphorismes), Saint-Augustin et Marie de France.

Tel un petit caillou laissé au lecteur qui pourra y voir une certaine filiation avec son oeuvre, Laura Vasquez consacre un vers à Marie de France dans son « diaporoman ». Première poétesse à avoir été éditée en France, contemporaine d’Henri II d’Angleterre, elle est connue pour avoir écrit «  les Lais », une série de douze poèmes narratifs (d’une centaine de lignes chacun), inspirés du folklore breton mêlant les thèmes de l’amour et du surnaturel.

On retrouve dans « L’idiote du village », mêlant textes et images, tous les thèmes de Laura Vasquez. L’interrogation quant à ce qu’on fait sur terre, la volonté de tout mettre en mots, comme si en eux recelait un sens possible à la vie; et de longues phrases définitives, telles qu’on en retrouve dans son roman multi-primé « Les Forces », épopée existentielle aux accents lyriques qui empruntent en termes de structure à L’Odyssée d’Homère, et dans la forme, aux Évangiles. Le mot est sacré, la phrase aussi, l’intention, surtout, l’est toujours. Il n’y a pas de poète sans intention. Y a-t-il des romanciers sans ? Ça m’étonnerait.

« les oeuvres au départ

vivaient dans les rituels

magiques religieux

elles n’étaient pas créées pour être montrées

elles étaient créées pour agir » (p. 36)

Il y a dans ce court texte versifié la ferveur ressentie à chacun de ses livres, des livres qui agissent, les rendant fascinants et imprévisibles. Les textes intercalent parfois prose poétique et citations de philosophes et d’écrivains, produisant des sens nouveaux, des affinités subtiles, sublimés par une écriture à la fois austère et drôle. Laura Vasquez est inclassable, mais si inspirante que lire chacun de ses livres est un plaisir indicible et j’oserais dire… une leçon de composition et de vie.

« L’idiote du village » ne déroge pas à cette règle, même si le propos est plus mineur, car seule la modestie permet de contenir une vie d’écrivain en 49 pages.

Danièle Pétrès

L’Idiote du village, Laura Vasquez, éditions IMEC, 2026. 9 euros.

La collection « Diaporama », a été créée en 2019 par Nathalie Léger, directrice de l’Institut mémoires de l’édition contemporaine (Imec). Elle a convié l’écrivaine et poétesse Laura Vazquez « à réfléchir à son tour à son ‘roman-photo de l’écriture’ et livrer son ‘petit traité de poétique imagé’, en s’appuyant sur les images de son choix ». Ce livre a fait l’objet de plusieurs retirages depuis sa parution.