Marianne Jaeglé : L’École du roman, deux ans pour écrire !

Alors que les inscriptions pour L’École du roman ouvrent cette semaine, j’ai demandé à Marianne Jaeglé, écrivaine et formatrice en écriture, de nous parler de ce programme sur deux ans dont elle est la responsable des études.

Danièle Pétrès : La proposition d’un nouveau cycle littéraire à Aleph a été l’occasion d’un recentrage d’un certain nombre d’ateliers déjà proposés à Aleph. L’école a pour ambition de former en deux ans une centaine d’auteurs. Comment est né ce projet ?

Marianne Jaeglé : L’École du roman est née de la nécessité de répondre aux attentes de nouveaux participants, désireux de commencer et terminer un roman en étant accompagné tout du long. Si nous proposions déjà des cycles d’écriture romanesque, ces derniers étaient fragmentés et sont à présent regroupés sur une durée d’une année ou de deux ans, en fonction de l’avancement du projet de chacun. Nous sommes quatre à animer ces ateliers, ainsi, davantage d’auteurs en devenir pourrons profiter du savoir-faire d’Aleph-Écriture et de la qualité reconnue notre accompagnement.

 « La Journée des éditeurs », événement qui fait se rencontrer éditeurs et auteurs – et dont tu es à l’initiative -, ne révèle-t-elle pas un appétit non démenti pour le roman ?

La Journée des éditeurs montre surtout l’intérêt non démenti des éditeurs pour ceux qui sortent de notre école, et pour leurs romans ! Depuis 4 ans désormais, en juin, plusieurs éditeurs viennent donner leur avis sur les projets issus de nos ateliers, et ils repartent la plupart du temps avec quelques manuscrits sous le bras !

Quelles sont les formes romanesques qui prévalent aujourd’hui ? Peux-tu les caractériser soit en relation avec celles que tu découvres dans l’atelier « Roman » que tu animes depuis plusieurs années, soit dans l’actualité éditoriale telle que tu la connais ?

En France, le roman reste une forme-reine. Il peut être autobiographique, purement fictionnel, historique, de romance, de fantasy, de science-fiction, inspiré par le réel.. Tous les genres et tous les styles, toutes les tonalités peuvent être adoptées dans un roman. Sa plasticité fait son succès.

Les ateliers que j’anime reflètent les tendances du milieu éditorial : après quelques années où la dystopie arrivait en tête, je constate maintenant un retour de l’écriture de soi, sans aucun doute portée par le succès de livres comme La Maison vide, de Mauvignier. Mais je constate aussi la montée en puissance des livres de l’écriture du réel : un fait divers, un phénomène sociétal donnant lieu à un récit porté par des personnages plus ou moins inspirés de gens réels.

Les thématiques du roman contemporain ont-elles beaucoup évolué ces dernières années ?

Je pense que les romans qu’on écrit aujourd’hui sont moins exclusivement narratifs qu’autrefois. Le mélange entre le style narratif et l’écriture poétique est accepté aujourd’hui, de même que l’insertion de textes non narratifs (des documents par exemple). Le roman hybride s’impose un peu partout.

Que penses-tu de l’utilisation de l’IA aujourd’hui et en fais-tu usage dans la conduite des ateliers ou le recommandes-tu à tes participants (pour analyser la structure de l’histoire par exemple) ?

L’IA peut certes être un outil. Libre à chacun de l’utiliser, ou non.

Mais il faut savoir l’utiliser à bon escient. Ses analyses peuvent être utiles, mais ses suggestions sont le plus souvent lourdes de stéréotypes. Cela ne remplace pas une communauté de lecteurs bienveillants mais exigeants.

Qu’est-ce que recouvre pour toi « la communauté d’auteurs » proposée dans ce cycle ?

En parallèle des ateliers proprement dits, l’École du roman propose un cycle de journées Masterclasses, dans lesquelles il y a trois temps distincts ; en matinée, des auteurs interviennent pour partager leur savoir-faire sur des sujets précis, sous forme de conférence. Pour les participants de l’École, ce sera l’occasion d’apprendre, mais aussi de pouvoir poser les questions qui les intéressent.

Dans l’après-midi, il y a aussi des retours d’expérience de néo-romanciers issus de nos ateliers. Ils évoqueront comment ils ont écrit, trouvé un éditeur, ce que cette expérience leur a appris.

Enfin, il y a la possibilité de lire un texte court, en posant une question au public, pour avoir des retours de gens qui ne connaissent pas le projet sur lequel on travaille.

Qu’est-ce que t’apprend, en tant qu’auteure, la pédagogie du roman ?

A ne pas désespérer ! Je vois les projets des participants des ateliers s’améliorer de séance en séance, et les participants eux-mêmes progresser dans leur maîtrise des outils techniques. Comme je le dis souvent : On peut tout améliorer sauf une page blanche. Il faut s’autoriser à écrire, même si on n’est pas satisfait du résultat sur le moment, en sachant qu’on retravaillera par la suite.

Quelques conseils de lecture pour finir ?

Parmi les beaux textes lus récemment, je recommande :

Trois sœurs, de Laura Poggioli, L’invisible Madame Orwell, d’Anna Funder , Ce que je sais de toi, d’Eric Chacour, La jeune fille et la mort, de Negar Hareri, L’Empreinte, d’Alex Marzano-Lesnevich.

DP

Retrouvez le lien vers L’École du Roman, afin de découvrir le programme de ces deux années intenses !

Marianne Jaeglé est écrivain et animatrice d’ateliers d’écriture. Son dernier roman, L’Ami du Prince, qui retrace la dernière après-midi de Sénèque, a remporté le Prix Orange du livre 2024, le prix Madeleine Danielou 2025 et le prix 2025 du lycée français de New-York. 

Après une première étape professionnelle dans l’Éducation Nationale, elle devient rédactrice pour de nombreux éditeurs, avant de se consacrer à l’animation d’ateliers d’écriture. Formatrice aux Ateliers Élisabeth Bing dans un premier temps, elle rejoint l’équipe d’Aleph-écriture en 2018. Pour les participants d’Aleph, elle crée la Journée des Editeurs en 2022, et le prix du roman français Aleph-Écriture en 2024. Elle est jurée des Prix Rive Gauche à Paris. 

Pour aller plus loin : lire une interview sur le roman, de Marianne Jaeglé « Ecrire un roman »