Daphné Tamage « Le chant des contraires », éd. Stock

Le Chant des Contraires de Daphné Tamage est un court roman qui vaut pour son ton allègre et ironique. On est loin de Dorothy Parker, certes, mais on sourit. Dans la morosité ambiante, le principal mérite de ce roman est donc de nous rappeler ces temps anciens où l’on pouvait discourir sur le chagrin d’un talon cassé ou le désarroi d’une permanente ratée. Et c’est déjà pas mal.

Discours, c’est bien le terme qui décrit le mieux le type de narration choisi par Daphné Tamage. Enfermée chez elle, un 9m2 sous les toits le 31 décembre alors qu’elle doit rejoindre une soirée littéraire huppée, l’héroïne revient inlassablement sur le fil de sa journée pour y détecter les signes annonciateurs du désastre à venir. Pourra-t-elle finalement se rendre à la soirée organisée autour d’une revue littéraire prestigieuse, Sycophante ? et si oui, pourra-t-elle caser un article au rédacteur en chef, sachant qu’écrire dans ladite publication permettrait à l’héroïne d’être enfin prise au sérieux en tant qu’écrivaine par sa mère (snob). Entre un futur-ex friqué et son meilleur ami, un religieux ascétique, elle ne sait plus où donner de la tête sous les toits de Paris, ni qui appeler pour la délivrer.

Et c’est ainsi que pendant une centaine de pages, Apolline discourt sur ses penchants contraires, qui constituent le motif déclaré du livre : « Je savais qu’en acceptant les cadeaux de Stéphane Moravski, je clouais le bec aux voix féministes qui débattaient en moi, car consentir à me faire choyer sans coucher ne faisait a priori pas de moi une femme soumise, juste cupide. J’avais besoin d’une robe, Stéphane Moravski m’en procurait une, je ne souffrais en rien. Concernant l’autre connard, c’était une autre histoire : quels étaient mes arguments ? L’amour ? Est-ce que j’étais amoureuse de lui plus que d’un autre ? Ou est-ce que j’aimais seulement qu’il m’offre la cuisse de canard confite que le serveur dressait devant moi ? ».

Dans ce roman à clés, Apolline (Apollinaire ?) entend répondre par avance aux esprits critiques qui vont lire ce livre. Quand elle porte une chapka à fourrure, elle s’en excuse auprès des écologistes, quand on pourrait lui reprocher de « survoler » un peu son sujet elle argumente « Il m’arrivait souvent de lire des choses médiocres avant de travailler pour flatter mon ego et me mettre en mouvement. On n’insistera jamais assez sur la vertu des mauvais romans » (c’est bien vrai, je n’avais pas écrit une critique sincère depuis plusieurs années).

On l’aura compris, Le Chant des contraires est un livre destiné au milieu littéraire qui le lira comme on reçoit un sac Dior en cadeau avant d’aller à une soirée privée remplie d’influenceurs.

Troisième roman d’une série, après Appoline en quête de célébrité (A la recherche d’Alfred Hayes, ed. Maurice Nadeau, 2022), Appoline vient d’être publiée (Le retour de Saturne, éd. Stock, 2024, pressenti pour le Prix de Flore), nous retrouvons donc Apolline en quête de reconnaissance critique (sélectionné dans le cadre du prix Rive Gauche et Aleph Ècriture). Une belle trajectoire, pour celle dont on attend le prochain opus : Appoline à la conquête d’Hollywood pour l’adaptation de sa trilogie.

Danièle Pétrès