Notre cycle de rencontres, La fabrique d’écriture, où chaque auteur invité nous plonge dans le concret de son travail d’écriture, se poursuit à la rentrée le mercredi 23 septembre. Animée par Isabelle Rossignol, la rencontre aura lieu de 19 heures à 20 heures 30 et notre invitée sera la romancière Maryline Desbiolles, qui a reçu le prix Femina en 1999 pour Anchise. Nous la recevons pour son dernier roman, Rose la nuit (éditions Sabine Wespieser).
Romancière, Maryline Desbiolles n’en est pas moins une amoureuse de tous les arts, notamment de la peinture, dont on trouve des traces régulières dans ses livres, ainsi que de la poésie. Dans les années 1980 puis 1990, elle a d’ailleurs créé deux revues poétiques, « Offset » et « La Métis », chacune ayant eu leur importance en leur temps.
Sans rompre son dialogue avec ces deux arts, c’est toutefois le roman qui révélera Maryline Desbiolles en 1998 avec La seiche. On découvrira alors toute la beauté plastique de son écriture, faite de phrases semblables à de longs rubans dans lesquelles les mots s’emballent ou ricochent ou se coupent ou se répondent ou s’organisent en refrain, un travail qui a tout à voir avec une démarche poéïtique. Couleurs et matière nourrissent quant à eux sa langue, comme si elle peignait autant qu’elle écrivait. De ces liens, peinture, poésie et roman, nous ne pourrons donc manquer d’échanger avec elle.
Cette écriture, Maryline Desbiolles aime la mettre au service d’événements historiques. Pour autant, elle n’écrit pas de romans historiques à proprement parler. Elle réinvente plutôt le genre en mêlant aux faits réels des dispositifs personnels d’écriture, ce qui fait de chacun de ses livre une fiction à part entière.
Née de parents italiens ayant immigré dans le Sud de la France où elle est restée vivre, elle s’attache en particulier aux modestes, aux discrets, aux inconnus, à ceux et celles que la grande histoire oublierait volontiers. On peut citer les premières femmes ayant fait grève à Lyon dans les ateliers de tissage en 1868 (dans l’inoubliable Il n’y aura pas de sang versé), ou bien le sort des harkis (dans le somptueux L’agrafe, pour lequel elle a reçu le prix Le Monde).
De ce traitement singulier de l’histoire et de ses oubliés, il sera évidemment question dans notre rencontre puisque le livre qui sera à l’honneur nous permettra de revenir sur les dispositifs que l’auteure met en œuvre pour allier réel et fiction. Pour son dernier roman en effet, Rose la nuit, Maryline Desbiolles a voulu écrire sur des inconnues nommées Rose. Elle a alors passé une petite annonce : « Écrivaine cherche des personnes se prénommant Rose pour l’écriture d’un roman. » Sept femmes ont répondu, une a été inventée et le livre a pris forme.
Comment ? Par quels biais ? Où est l’imaginaire, où est le réel ? Comment s’imbriquent-ils ? Comment une langue sert-elle un tel projet ? Comment fait-elle roman ? Nous connaîtrons tous ces secrets le mercredi 23 septembre.
Isabelle Rossignol