« Le monde est tout ce qui a lieu. Le monde est la totalité des faits ». Cette phrase de Wittgenstein est répétée deux fois dans le livre de Constance Debré, qui s’est vue décerner le Prix Flaubert à Trouville-sur-mer. Le livre trône à présent dans chaque chambre de l’hôtel, fièrement.
Même si on s’interroge sur le décalage entre le ton du livre et les courtepointes des chambres face à la mer. Mais Trouville-sur-mer étant la ville de Marguerite Duras, ce village littéraire, il n’est pas si fou d’y voir couronnée une auteure qui a imprimé sa marque dans le roman contemporain en cherchant le vrai en toute chose, dans tout mot, dans tout livre.
Dans cette « totalité des faits », donc, Constance Debré pose côte à côte le protocole d’exécution des condamnés à mort aux Etats-Unis et sa vie strictement organisée en règles. Longueur de natation le matin, roulage, dragage, une femme s’accroche un moment, en parallèle d’une visite d’une prison, des cours à la fac à Berlin, café pris chaque matin dans un 7/Eleven, le désert tout près d’une Californie en lisière de la pauvreté la plus aride. Autour de ces protocoles, Constance Debré, ancienne avocate pénaliste, s’interroge sur ce qu’il reste à la littérature en dehors de l’écrit de la loi. Impossible de faire mieux évidemment que le protocole d’exécution sur lequel s’ouvre le livre. Pas un mot de trop. Mais c’est sur cette lancée du « pas un mot de trop » qu’elle déploie son écriture sèche, précise, renseignée. Un chapitre ne comporte pas de virgule, évidence ou équivalence de l’inanité de l’exécution à venir. Tout égale tout et rien n’égale sa prose. Un chapitre dans le Death Row et un chapitre sur la vie qui continue en elle, une méditation sur le sens de la vie et de la mort, résumée à la fin dans le projet littéraire qu’elle poursuit livre après livre : « Le monde est la totalité des faits ». Même en surface, le monde est à dire tel qu’il est. Mais qu’est-ce que la surface, pour un écrivain ?
Danièle Pétrès