« Like » de Vincent Delerm: « Il faut que tout reste, s’accumule. Avec un sac à dos de plus en plus gros ».

Comment renouer avec le bonheur, en ce début d’hiver ? Peut-être juste en feuilletant le livre de photo-textes de Vincent Delerm. Edité par les éditions Seghers, ce recueil regroupe dix ans de prises de vues en marge de ses concerts, associées à des textes courts, rapides comme le temps qui passe, profonds comme les mots qu’on garde en réserve pour le jour où quelqu’un en aura besoin.

Il y avait foule ce samedi 10 octobre à la librairie Les Nouveautés, dans le 10ème arrondissement de Paris, pour la sortie officielle du livre de Vincent Delerm. Interrogé par le libraire sur la genèse de ce recueil, il est revenu sur les rencontres avec des lieux et des gens qu’on ne veut pas oublier, et sa pratique de la photographie qui lui permet, entre deux concerts, de garder une trace du temps qu’il ne veut pas perdre.

Il y a 10 ans, Vincent Delerm a commencé à publier ses photos sur Instagram, parfois avec des légendes, parfois pas. Puis, la mélodie du quotidien a colonisé les images et les textes se sont faits plus longs, comme si l’image à elle seule, ne parvenait pas à circonvenir le moment présent.

Vincent Delerm dit qu’il préfère la photo couleur, comme un marqueur d’un présent vivace : « Les photos noir et blanc c’est pour les images un peu ratées« , ou pour celles qui ont une place spéciale dans sa vie, comme ces quatre photos de Jean-Pierre Léaud prises à l’arrachée dans un couloir après un concert, ou celle de Véronique Samson (pareil). « La vie a plus d’imagination que nous » dit-il en citant François Truffaut, c’est sans doute pour ça qu’il veut se laisser porter par le hasard de ce qu’il voit. Vincent Delerm veut être surpris, dans sa mémoire, déjà cent ans d’âge, il dit pour expliquer cet appétit de souvenir à restituer : « Il faut que tout reste. S’accumule. Avec un sac à dos de plus en plus gros ».

Interrogé sur ses auteurs préférés, il cite Raymond Carver ou Richard Brautigan, pour leur fulgurances. Il y a aussi Brigitte Giraud (Avoir un corps), ce livre sur les amours adolescentes, et l’acuité avec laquelle elle saisit des émotions dans la vitesse de leur survenue et de leur disparition, à cet instant où chaque rencontre compte triple. Il cite aussi Jude Stéfan, parce qu’il a croisé ce poète au bahut, à Bernay, et parce que lui aussi, il s’est tenu à son rêve.

Librairie Les Nouveautés
Librairie Les Nouveautés

Proche, amical, accessible, Vincent Delerm a ensuite dédicacé son livre pendant deux heures aux nombreux fans présents. Un mot pour chacun, jamais fatigué, Vincent Delerm est curieux des autres plus que de lui-même, et c’est pour ça qu’on l’aime. Je l’ai souvent croisé dans mon quartier, mais le voir de près c’est approcher une énergie différente. Solaire. Un appétit de découvrir les autres et d’emmagasiner des émotions. C’est cette énergie qui transparaît dans ses films et dans ses concerts.

Tout fait récit pour Vincent Delerm. Ce recueil de photo-textes est une sorte de tribut au temps qui passe, « comme un sac à dos », où il a additionné les moments sans en effacer la singularité. Interrogé sur la nostalgie il préfère dire qu’il n’a pas celle du passé, sans doute parce qu’il a trouvé la solution, vivre, écrire des chansons, faire famille, des films et des photos, ainsi le temps trouve son chemin jusqu’aux autres dans un présent sans fin.

Danièle Pétrès

Vincent Delerm, Like, éditions Seghers, octobre 2026

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