« Fuga Vulpis » Éric Macé

 

Vers la jambe des grands arbres        sans risquer la forêt profonde        là où les chiens

nous encercleraient

D’ici l’on tend vers la rivière        on veut sa rive obscure        on sent son ombre

Monter la revoir    loin là-haut    la vive et poissonneuse    pêcher la nuit    après les derniers hêtres

Ici l’abri de planches n’a plus d’heur    depuis que l’homme aux cheveux d’argent n’y vient plus    lui n’avait rien contre nous autres        à présent on ne peut plus se fier au silence

 

Les maisons où l’on entre comme dans un moulin du diable    referment leur mâchoire

Non pas la première fois    la  première fois vous met à l’aise    elle vous sourit comme un

marchand vicieux    la seconde n’est plus que traquenard   leurre vulgaire  à  égorger les nigauds

Passer sans demander son reste    ne pas taquiner le démon de la fauche

Qui sait quelqu’un dort-il peut-être        dedans        entre les planches         un fusil sur la table

 

Le chemin de cailloux et de sable n’est pas davantage un allié

le tonnerre s’y abat volontiers    roulant sa tempête de fer sur l’échine étourdie

C’est là qu’on nous repère    la route de pierres    on ignore ses plaintes et on évite ses  ravines

Le sang y coule si souvent qu’il rouille la fougère des talus

La route n’est guère la voie  qu’il faut que l’on empreinte

Mieux vaut l’herbe haute des fossés

Sans écho on y cache nos traces

Sur le flanc des buttes où brûlent les épines

On flaire  l’immédiat à venir        jamais trop loin de la lisière        sans se découvrir

On prend par les côtés        sous la seconde peau de la forêt       pas dans son cœur

Prêts à fuir        tracer en obliques    forcer les ronces    les tunnels qui puent la garenne

La terreur est fusée        flèche d’oubli elle file    à chaque semonce l’aile de la peur nous

laisse une dernière chance

S’engouffrer alors        prendre le souffle du Titan qui courbe les troncs        ploie les arcs

d’une armée embusquée

Filer    rafale au ras des souches   voler le temps    devenir alizée

S’arracher aux tueurs        les laisser coi    s’ils sont là        mais y sont-ils

On peut compter sur la présence des sangliers et du grand-duc

Mais nos tueurs        y sont-ils       ou bien dorment-ils au chaud        semant seulement le doute

à chaque rumeur des collines

 

Peu de proies à notre portée    en réchappent        mais notre faim s’amenuise

Car être proies nous-même    d’un invincible ennemi

Nous use    et nous épuise