Vers la jambe des grands arbres sans risquer la forêt profonde là où les chiens
nous encercleraient
D’ici l’on tend vers la rivière on veut sa rive obscure on sent son ombre
Monter la revoir loin là-haut la vive et poissonneuse pêcher la nuit après les derniers hêtres
Ici l’abri de planches n’a plus d’heur depuis que l’homme aux cheveux d’argent n’y vient plus lui n’avait rien contre nous autres à présent on ne peut plus se fier au silence
Les maisons où l’on entre comme dans un moulin du diable referment leur mâchoire
Non pas la première fois la première fois vous met à l’aise elle vous sourit comme un
marchand vicieux la seconde n’est plus que traquenard leurre vulgaire à égorger les nigauds
Passer sans demander son reste ne pas taquiner le démon de la fauche
Qui sait quelqu’un dort-il peut-être dedans entre les planches un fusil sur la table
Le chemin de cailloux et de sable n’est pas davantage un allié
le tonnerre s’y abat volontiers roulant sa tempête de fer sur l’échine étourdie
C’est là qu’on nous repère la route de pierres on ignore ses plaintes et on évite ses ravines
Le sang y coule si souvent qu’il rouille la fougère des talus
La route n’est guère la voie qu’il faut que l’on empreinte
Mieux vaut l’herbe haute des fossés
Sans écho on y cache nos traces
Sur le flanc des buttes où brûlent les épines
On flaire l’immédiat à venir jamais trop loin de la lisière sans se découvrir
On prend par les côtés sous la seconde peau de la forêt pas dans son cœur
Prêts à fuir tracer en obliques forcer les ronces les tunnels qui puent la garenne
La terreur est fusée flèche d’oubli elle file à chaque semonce l’aile de la peur nous
laisse une dernière chance
S’engouffrer alors prendre le souffle du Titan qui courbe les troncs ploie les arcs
d’une armée embusquée
Filer rafale au ras des souches voler le temps devenir alizée
S’arracher aux tueurs les laisser coi s’ils sont là mais y sont-ils
On peut compter sur la présence des sangliers et du grand-duc
Mais nos tueurs y sont-ils ou bien dorment-ils au chaud semant seulement le doute
à chaque rumeur des collines
Peu de proies à notre portée en réchappent mais notre faim s’amenuise
Car être proies nous-même d’un invincible ennemi
Nous use et nous épuise