« Tout le chemin » Mireille Sauvard

Mais

la fatigue

Aller encore dans l’abrupt du soir

où l’ombre même quitte les pas

pour coucher sa résignation

sur le bas-côté

 

Poursuivre

Oui

Mais

le froid la faim

Oui aussi

 

Saisir la chaleur d’un or roux

Mâcher le goût vert du savoir

dans l’âpreté de la terre

Reste la soif

Puiser aux creux des arbres

un matin de rosée oubliée

 

Mais la solitude

Oui toujours

 

Tout près

peut-être

L’idée d’une maison

Quel orgueil

ce bloc incertain

de verticales

ponctuées de lichen

La main à tendre à un chien

Mais là

pas même un chien

 

Pousser une porte

l’idée d’un accueil

Aux appels traversés d’espace

seul écho

La rouille mate des outils

Inutiles oui

 

Au désir d’un dernier velours

l’humilité de la paille

Alors

s’adosser

le répit frotté aux planches sèches

 

Attendre

Le regard porté sur une autre fenêtre

la silhouette absente

Mais le silence

Déjà oui

 

L’idée d’une autre bouche

où déverser les mots

receler l’advenu

Mais le langage brûlé

Sur le seuil

un tas de cendres

bientôt dispersées sur les murs

par un souffle maigre

Que ça

oui

une histoire

 

Mais la perte

là-bas

Oui

 

Aller enfin

dans une lumière d’obsidienne

abandonner la mélancolie

aux ailes vastes des corbeaux

 

Tout ce chemin