Karine Djébari, accompagnatrice en écriture à la pointe du Finistère

Karine Djébari a été journaliste avant de se former à l’animation d’ateliers d’écriture. Autrice jeunesse, elle a fondé « Les P‘tites histoires du goéland » à Brest, où elle cultive sa passion : l’écriture. Elle a suivi la formation à l’animation d’ateliers à Aleph en 2018, et revient ici sur son riche parcours.

L’Inventoire : Vous êtes titulaire d’un DEA de philosophie, et vous êtes ensuite orientée vers le journalisme. Parallèlement à votre parcours presse et magazine, vous avez publié plusieurs livres pour la jeunesse. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire pour les petits ?

Karine Djébari : En tant que journaliste, j’ai écrit de nombreux reportages, interviews et comptes-rendus. Puis, en devenant maman, j’ai eu envie de faire rêver les enfants, de voir l’émerveillement briller dans leurs yeux. Avec eux, tout est possible, spontané, immédiat, et la fiction s’imbrique naturellement dans la réalité. C’est le meilleur des lectorats !
Écrire pour la jeunesse demande aussi de choisir son message avec finesse. Pour les petits comme pour les grands, je souhaite une écriture qui « élève » dans tous les sens du terme – une écriture qui ouvre des horizons, dévoile des perspectives, esquisse des chemins. Je crois en la magie des mots, mais aussi en leur pouvoir émancipateur. Un stylo, c’est une baguette magique pour dessiner l’avenir.

Vous avez recentré depuis quelques années vos activités sur l’écriture et l’animation d’ateliers. Comment avez-vous opéré cette transition entre vos deux métiers ?

J’ai participé à beaucoup d’ateliers d’écriture : des cycles longs, des cycles courts, des ateliers thématiques ponctuels. Je garde notamment un très bon souvenir d’un atelier consacré au patrimoine de La Réunion, où j’ai vécu ; il nous permettait, chaque semaine, d’explorer un aspect historique ou culturel de l’île. C’était enthousiasmant. 
À mon tour, j’ai eu envie de faire écrire, de proposer un espace-temps bienveillant et sécurisant, à la fois guidé et cadré, où chacun puisse rencontrer sa propre plume, et celle des autres. Écrire ensemble permet, le temps d’un atelier, de faire un monde commun, sublimé par les mots de chacun. J’ai donc proposé un premier atelier dans un café culturel, à Brest. Puis un deuxième, un troisième…

Vous êtes « accompagnatrice en écriture » depuis 2016, un joli titre. Que vous apporte humainement cette activité ?

Depuis 2016, j’anime des ateliers d’écriture à Brest. J’interviens dans les médiathèques, les librairies, les centres sociaux ou les structures associatives, aussi bien pour les petits que pour les grands. Récemment, nous avons fêté les dix ans de mon tout premier atelier : né dans un café, il se poursuit chaque mois, fidèle à l’ambiance de ses débuts. Ce fut un beau moment de partage et d’émotion (de gourmandise aussi, avec un généreux gâteau au chocolat !).
Certains participants me suivent depuis des années. Cette belle marque de confiance me touche profondément, et je les remercie infiniment. Leur plaisir d’écrire reste intact et chacun, par sa sensibilité et son regard précieux sur le monde, contribue à faire de notre petite table d’écriture une joyeuse mosaïque d’humanités.
Je conçois des supports pédagogiques uniques en fonction des lieux, des évènements, des publics. Ma démarche se nourrit de mes lectures et de l’actualité, mais aussi de l’imprévisible : un détail saisi dans la rue, une rencontre, une scène captée au vol… Je n’ai jamais animé deux fois le même atelier.
Ce mois-ci, par exemple, je suis passée d’un atelier sur le thème « écrire au féminin » – une commande pour un tiers-lieu engagé – à un atelier « intergalactique » explorant les codes du space opera ! C’est très varié.

Vous avez suivi la formation d’animateurs à Aleph-Écriture en 2018. Quel a été l’apport de cette formation ? Et le meilleur souvenir que vous en avez gardé ? 

En 2018, j’ai suivi la Formation de base à l’animation d’ateliers d’écriture d’Aleph, avec Solange de Fréminville et Estelle Lépine – un grand merci à elles ! Mes allers-retours entre Brest et la rue Saint-Jacques à Paris demandaient toute une gymnastique organisationnelle, mais j’en garde de merveilleux souvenirs.
C’était comme un cocon d’écriture, tissé de douceur et de bienveillance ; une chrysalide au sein de laquelle chacune et chacun pouvait faire mûrir sa pratique d’accompagnement.
J’y ai notamment animé un atelier sur le haïku, et j’y ai aussi puisé ma propre inspiration : c’est lors d’un exercice proposé sur place que j’ai pu déployer le personnage qui continue de grandir aujourd’hui dans mon travail romanesque.
À cette époque, j’animais déjà des ateliers, mais de manière informelle. La formation d’Aleph m’a aidée à mieux structurer mes séances et à élaborer des retours ajustés et constructifs.

Comment avez-vous organisé vos nouvelles activités en Bretagne ? Vous animez des ateliers au long cours ou des stages thématiques ? 

J’interviens dans le cadre de l’association « Les P’tites histoires du goéland » dont les missions – la promotion de la lecture et de l’écriture et la lutte contre l’illettrisme – me tiennent à cœur.
En parallèle de mes séances régulières dans différents cafés, je réponds à des demandes variées. Récemment, les médiathèques de Brest m’ont ainsi passé commande d’une série d’ateliers sur le thème de la Nuit. Il m’arrive également d’animer des stages pour les enfants pendant les vacances dans des centres sociaux. Je souhaiterais aussi intervenir en Ehpad, car je suis convaincue des bienfaits de l’écriture à tous les âges de la vie.

Enfin, je rêve de porter les valeurs d’Aleph à la Pointe bretonne ! Le Finistère, c’est pour moi une terre d’inspiration. C’est à la fois le bout du continent et le commencement de tout. Ce n’est pas un hasard si on nomme le département en breton Penn-ar-bed, la « tête du monde ». Il y a ici quelque chose de sauvage, de vivifiant et de puissant.
J’aimerais partager cette belle énergie avec des groupes, le temps d’une parenthèse créative. Que ce soit pour une journée ou une semaine, il y a là matière à de magnifiques escales littéraires face à la mer d’Iroise.

Karine Djébari
Karine Djébari

Avez-vous un prochain livre dont vous pouvez nous parler ?

Oui ! Enfin j’espère du moins (rires). Je suis actuellement engagée dans le cycle « Littérature du réel – finaliser son livre » animé par Béatrice Limon. Nous sommes huit participants, avec des projets très différents. Cette formation permet de creuser le rythme du récit, la voix narrative, l’épaisseur émotionnelle des personnages… C’est passionnant !
J’espère évidemment qu’une fois achevé, ce roman trouvera ses lecteurs. Mais, quelle qu’en soit l’issue éditoriale, je vis là une merveilleuse aventure littéraire.

DP

Publications de Karine Djébari

T’abuses la buse (texte), avec Gilbert Gence (illustrations), Orphie, 2020

Les secrets de la petite souris (texte), avec Maurèen Poignonec (illustrations), Belin, 2019
Léon, mon mini-dragon (texte), avec Maurèen Poignonec (illustrations), Belin, 2018
Un drôle de dodo (texte), avec Julien Lamanda (illustrations), Orphie, 2016
Rapa Nui, (photographies), avec Chantal Couliou (poèmes), éditions Rafael de Surtis, 2012
Comme un goéland (texte), avec Julien Lamanda (illustrations), Coop Breizh, coll. « Béluga », 2012