Laurence Hugues “Écrire à Noirétable”

Laurence Hugues, écrivaine et cinéaste, est auteure de plusieurs films documentaires et vidéo-poèmes. Elle a également publié dans la revue Rue Saint Ambroise, et aux Éditions Creaphis un livre intitulé « Pas vu Maurice, chroniques de l’infraordinaire » ». Elle animera « Écrire le passé au présent » du 7 au 9 juillet à Noirétable lors d’une résidence d’écriture, où elle développera une approche poétique du récit autobiographique en allant vers la (re)création d’une histoire à partir d’objets.

L’Inventoire : Vous animez ce stage en résidence à Noirétable. Pourquoi ce choix ?

Laurence Hugues : J’ai écrit Pas vu Maurice, chroniques de l’infraordinaire, dans cette région du Haut Forez. C’est un lieu habité par des histoires humaines fortes, dans une nature préservée.

Pensez-vous que ce lieu est inspirant ?

Beaucoup d’écrivains vivent dans cette région, beaucoup de légendes sont nées par ici, alors il faut croire que oui !

Pensez-vous que le retrait du monde, la concentration, est favorable au lâcher-prise et à l’inspiration ?

Le silence et la nature permettent d’accueillir le monde en soi et de le laisser s’exprimer. La bienveillance aussi, et c’est ce qui caractérise la Gilbernie, le lieu proposé pour la résidence, où l’accueil est chaleureux et vrai.

Comment se déroule cette résidence ?

Les séances d’écriture s’articuleront autour des objets, lettres, photos… apportées par les participants. Nous allons explorer ensemble les potentiels de ces trouvailles, en s’appuyant sur les techniques éprouvées de la méthode d’atelier d’écriture développée par Aleph, d’abord pour observer et étudier ces objets en détail, ensuite pour déployer leurs ressources narratives.

Pourquoi est-il important de s’appuyer sur les objets pour écrire une histoire ?

Les objets sont des personnages à part entière. Ils peuvent détenir des secrets, raconter des histoires… En partant d’un objet, aussi banal soit-il, on peut tirer de nombreux fils narratifs et tisser un récit.

Il s’agit aussi d’expérimenter, de changer de point de vue sur les choses, dans un environnement qui invite au ressourcement et permet d’écrire à l’extérieur.

Est-ce que la découverte d’objets vous a fait vous-même entrer dans l’écriture ?

Je travaille souvent à partir d’archives, de traces matérielles du passé. Dans Pas Vu Maurice, les carnets trouvés de Marie m’ont permis de renouer avec l’histoire du hameau où j’ai passé mon enfance.

Quels sont vos auteurs de carnets préférés et pourquoi ?

Mes auteurs préférés de carnets sont anonymes. J’adore découvrir des livres de comptes, des agendas, des listes… J’ai écrit à ce propos un texte pour AOC.

Quels auteurs allez-vous aborder pour nourrir cet atelier ?

Je pense d’abord à Sei Shonagon, une autrice japonaise venue d’un lointain passé, et dont le rapport aux objets reste étonnamment contemporain. Ensuite, à Georges Perec et à la Vie mode d’emploi, bien sûr.

Chaque objet est la pièce d’un puzzle plus grand, le puzzle que les participants à l’atelier seront invités à créer.

Qu’aimeriez-vous transmettre aux participants lors de cette résidence ? Avec quoi voudriez-vous qu’ils en repartent ?

J’aimerais que les participantes et les participants repartent avec l’envie de continuer à écrire à partir des objets apportés, qu’il s’agisse de leur histoire familiale ou de tentatives de fiction.

Inventoire

Laurence Hugues est écrivaine et cinéaste, auteure de plusieurs films documentaires et vidéo-poèmes. Son travail a été notamment présenté aux festivals de Vic-le-Comte, Lodz (Pologne), Instants vidéos (Marseille), Sadho (Inde), au Théâtre Vidy-Lausanne. Elle a collaboré au théâtre avec François Chattot pour Hölderlin, lettres à sa mère (MC Bobigny).

Elle a publié dans la revue Rue Saint Ambroise, à trois reprises, et en 2017, dans un ouvrage collectif de poésie, Images of war, paru chez Bonniers Konsthall, Stockholm.

Dernier ouvrage paru: « Pas vu Maurice, chroniques de l’infraordinaire » (Creaphis)