Madeleine Kattan-Farhat : « Raconte-moi ta vie Tétà »

« Écrire et publier son histoire de vie » est un atelier d’écriture sur 8 mois qui permet aux participants, à partir de leurs souvenirs, de transmettre leur histoire sous forme de livre. Une initiative du Pélerin et d’Aleph-écriture. Nous avons rencontré Madeleine Farhat, une des participantes, qui a choisi de concentrer son récit autour de la période libanaise de sa vie.

L’Inventoire : Aviez-vous une pratique de l’écriture avant d’avoir suivi cet atelier ?

Madeleine Kattan-Farhat : Oui, j’ai rédigé quelques articles et des conférences publiés dans des revues professionnelles de soins. Au cours de mes études universitaires, j’ai rédigé différents travaux, un mémoire de maîtrise et actuellement je commence la rédaction d’un mémoire de maîtrise en théologie.

Pourquoi avez-vous souhaité écrire un livre sur votre parcours de vie ?

Née au Liban, j’y ai vécu jusqu’à l’âge de 25 ans. J’appartiens à plusieurs cultures de par les origines mésopotamiennes de mes grands-parents. Aujourd’hui je suis française et mes enfants et petit-enfants aussi. Ils sont tous nés en France. Je souhaite leur faire connaître leurs racines, leur rappeler qu’ils sont les descendants des chrétiens d’Orient et qu’il serait bon de partager leur foi, leur décrire un Liban merveilleux que pour l’instant ils ne peuvent découvrir.

À qui est adressé ce récit ?

À mes enfants et petits-enfants, à mes sœurs.

On ne peut pas tout transmettre d’une vie ? Avez-vous été obligée de faire des choix ?

J’ai choisi de limiter à la période libanaise de ma vie. J’écrirai un deuxième volume sur notre intégration en France quand j’aurais achevé mon mémoire de théologie.

Cet atelier-formation est composé de 7 modules abordant des angles différents du récit biographique. Quel module avez-vous préféré, celui qui vous a permis d’entrer dans votre sujet ?

Tous les modules m’ont permis d’entrer le récit. Je trouve qu’ils sont tous pertinents et intelligemment menés. Chacun à sa manière permet de découvrir une dimension particulière. C’est vraiment une excellente formation.

Que vous ont apporté les propositions d’écriture et l’écoute du groupe formé par les participants pour travailler à votre récit ?

J’apprécie beaucoup l’animation des ateliers par Sylvie Neron-Bancel. Elle est à la fois très présente mais sans jamais rien imposer. Elle se tient comme une lampe sur le chemin de remontée vers l’enfance. Toutes les propositions ont été source de remémorations fécondes et d’écriture inspirée. Les autres m’ont apporté une écoute bienveillante, un questionnement sur des aspects peu développés ou incompréhensibles. La lecture de leur récit a éveillé en moi des souvenirs oubliés. J’ai aimé découvrir leur vie et voir leur récit prendre forme.

J’ai récemment retrouvé dans mes archives deux feuillets que j’avais écrit il y a 20 ans, sans poursuivre.

Je suis sûre aujourd’hui que sans cette formation, mon  récit n’aurait jamais vu  le jour. Le fait d’être accompagné, d’avoir des échéances en perspective, un délai de publication, sont trois éléments qui  vous cadrent.

Avez-vous eu besoin d’en parler avec des proches, de confronter vos souvenirs à d’autres ?

Oui, j’ai eu beaucoup recours à une de mes sœurs qui a une formidable mémoire. J’ai contacté mes tantes qui sont encore en vie et quelques cousins. J’ai recherché et retrouvé sur facebook des amis d’enfance qui sont aux États-Unis et au Honduras. Soixante ans après nous nous sommes parlés au téléphone et nous envisageons de nous voir dès que cela sera possible. J’ai aussi consulté de nombreux livres et articles historiques sur les syriaques, arméniens, chaldéens, sur l’histoire du Liban et de la région. Depuis 9 mois, je lis tout ce que j’ai accumulé dans ma bibliothèque depuis 45 ans car j’ai fait le projet d’écrire ce récit dès mon installation en France en 1976.

Est-il possible de vous demander de livrer au lecteur la première phrase de votre livre  ?

Voici les premières lignes de mon récit :

« Le 12 mai 1976, nous attendons, Salam et moi, à l’aéroport de Damas le vol pour Paris. Huit jours plus tôt, nous sommes partis du port de Jounié au Liban. Pour nous, la guerre civile est finie. 

En sortant de l’avion, je suis saisie par une différence d’intonation, de couleur, de sensation. Au bleu intense du ciel d’Orient, à la vigueur des rayons de soleil éclaboussant Damas, succède une ambiance paisible, feutrée, silencieuse. Alors que la nuit est tombée sur le Liban, à Paris, le soleil brille encore. 

L’horizon s’élargit et nous ouvre un nouveau continent, un nouveau pays. Nous avons tout à créer. Une grande tristesse m’étreint en pensant à ma famille restée là-bas. »

Il est trop tôt pour vous demander si écrire ce récit a transformé quelque chose en vous, ou permis d’aller dans plus de territoires que décidé au départ ?

Oui j’ai découvert que malgré tout j’ai eu une enfance heureuse grâce à l’amour bienveillant de mes parents. Je me sens plus portée à accepter les gens que j’ai catalogué malveillants, il n’y en a pas beaucoup.

J’avais décidé au départ d’explorer beaucoup de territoires. Il m’en est venu d’autres chemin faisant.

Quelle est la prochaine étape pour vous ? Allez-vous bientôt être celle de la publication ?

Je suis en train de relire encore et encore. J’aimerais rajouter quelques pages dans la limite des 250 000 caractères.

Je suis en attente de livres commandés pour compléter mon récit. J’aurai fini cette version au 15 juin. Mais je reprendrai ce texte en fonction des réactions de mes enfants.

J’avais décidé au départ d’explorer beaucoup de territoires. Il m’en est venu d’autres chemin faisant.

Je vais compléter ce récit par un album photo avec des photos de famille, des cartes de la région, des photos de lieux importants pour moi. J’ai l’intention de les commenter pour ajouter des informations que je n’ai pu insérer dans mon récit et d’esquisser une sorte de guide de voyage pour le temps où les voyages seront possibles dans cette région. J’attends toujours le retour au paradis terrestre dans cette région du Levant.

Le meilleur souvenir de cette formation ?

C’est le jour où d’un coup l’ensemble du récit se forme d’abord dans la tête et puis sur le papier. C’est un instant magique, inattendu. Il arrive un moment où un peu de panique vous saisit devant les dizaines de morceaux déjà écrits. Puis, il y a celui où tout s’organise presque naturellement, chaque fragment trouve naturellement sa place dans le récit, et c’est une grande joie.

Merci  Madeleine.

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