Les ateliers mail par Isabelle Rossignol

Écrivain et formatrice, Isabelle Rossignol est responsable pédagogique des ateliers par e-mail d’Aleph-Écriture. Ces ateliers sous forme de correspondance permettent aux participants de travailler leur texte selon un rythme qui leur est propre et de privilégier l’écriture personnelle. Isabelle Rossignol nous parle ici de ce type d’atelier qui s’approche peut-être encore davantage du travail d’écrivain, qu’un atelier en présentiel.

L’Inventoire : Comment se déroule un atelier « expérimenter l’écriture » par e-mail ?

Isabelle Rossignol : L’objectif de cet atelier est, pour les participants qui veulent se lancer dans un parcours d’ateliers e-mail, d’en tester le dispositif. Aimeront-ils par exemple recevoir une séance d’écriture par écrit ? Leur plaira-t-il d’avoir une semaine pour la traiter au lieu de quelques heures fixes et collectives d’écriture ? Aimeront-ils encore avoir un retour écrit et une animatrice virtuelle ? Pendant ces deux séances, c’est ce qu’ils expérimentent.

Prendre le temps de trouver sa propre écriture

De mon côté, en tant qu’animatrice, cet atelier me permet de les diriger au mieux de leur projet. Ou de réévaluer avec eux ce projet. Ainsi, si un participant se révèle avoir déjà une bonne pratique de l’écriture, je peux le diriger vers un atelier auquel il n’aurait pas pensé ou, dans nos modules de l’école d’écriture, lui faire sauter quelques-uns des dits modules. En fait, l’essentiel pour moi est que chaque participant apprenne à avoir une image juste de l’écriture, de son écriture en particulier, et de faire en sorte qu’il se trouve à la bonne place dans notre panel d’offre mail qui se décline en stages et en modules.

Les six modules de l’école d’écriture correspondent à un trajet. Une fois ce trajet accompli, chaque participant est outillé et a acquis un apprentissage technique tout autant que ce que j’appelle le sens de l’écriture. Ils savent ce que signifie faire un premier jet, récrire, réécrire, lire, relire, rerelire, tout ce qui constitue l’acte d’écrire.

Chacun est alors prêt à aller vers les stages, où se travaillent des techniques précises sur un genre précis : la nouvelle, l’autobiographie, l’écriture jeunesse, l’écriture photographique, etc. Mais avant cela, il faut déjà et avant tout s’engager dans un parcours, dans un trajet.

C’est mon travail d’expliquer que l’écriture est un trajet et pas une recette.

Si je tiens à cet atelier « Expérimenter », c’est vraiment pour cela : me permettre de poser d’emblée le cadre d’apprentissage qui est le nôtre à Aleph, tout du moins dans nos ateliers e-mail, un cadre basé sur le fait qu’avant de gagner en technique, il faut d’abord acquérir une perception personnelle de l’écriture et de sa créativité, avoir compris que l’on écrit avec la personne que l’on est, avec nos démons, nos folies…

La pédagogie de ces ateliers mail comporte une approche pédagogique particulière ?

Un atelier d’écrire par e-mail est centré sur ce que j’ai baptisé « apprendre à écrire par l’écrit » puisque tous les échanges de nos ateliers se passent par l’écriture. On a évidemment celle des textes conçus à partir des séances mais aussi celle des échanges lors des retours et celle des échanges informels, du bonjour en passant par un conseil de lecture, une question, un commentaire. Il y a donc trois types d’écriture sur lesquelles, en tant qu’animatrice, je peux m’appuyer pour guider le participant : l’écriture littéraire, l’écriture de communication et l’écriture des retours.

Parfois, l’une éclaire l’autre. Par exemple, je peux sentir que lorsqu’une personne écrit de façon qu’elle pense littéraire, elle contrefait son écriture ou adopte un style qui n’est pas le sien, cela au regard de ce que je peux sentir lorsqu’elle envoie des messages de communication au groupe. Je peux alors me servir de ces messages pour la guider, lui permettre d’écouter et de repérer quelle voix est réellement la sienne.

Tout, absolument tout se rapporte donc à l’écriture, du moindre message aux textes travaillés.

Comment se passe concrètement un atelier par e-mail ?

Les participants sont inscrits sur une liste de diffusion fermée (l’équivalent d’une pièce en présentiel). Cela fait, ils reçoivent une première séance et ce que nous appelons un préambule, c’est-à-dire un message dans lequel chaque animateur se présente et présente son atelier, exactement comme on le fait dans un atelier en présentiel. Chaque animateur (mais je vais dire animatrices car nous sommes une équipe féminine) se présente à sa façon, ce qui est une manière de mettre en avant sa personnalité, sa voix, sa façon d’animer. Les participants feront de même : ils se présenteront à leur tour et à leur façon. Il y a des personnalités, des prénoms, tout cela fait sens. On peut voir beaucoup de la personne puisqu’elle va dire d’où elle vient, son métier : « Rosemarie de la nouvelle Calédonie, Corinne des États-Unis ». Tout cela fait de la vie et façonne le groupe.

Ensuite, l’animatrice ne lâche pas ses participants dans la nature. Au moment de la séance 1 notamment et surtout dans les premiers modules, on vérifie si tout le monde a bien compris, etc. Comme en présentiel là encore, l’animatrice est la garante de la dynamique de son groupe. Il s’agit donc de s’impliquer, de faire exister ce groupe.

Les participants ont une semaine pour écrire chez eux. Ensuite, sur la liste de diffusion, tout le monde envoie son texte et chacun a de nouveau une semaine mais cette fois pour préparer ses retours écrits, auxquels s’ajouteront ceux de l’animatrice.

Là encore, l’animatrice va accompagner son groupe. Faire un retour, en effet, ne va pas de soi, qu’il soit oral ou écrit. À nous de guider nos participants pour leur apprendre à lire, cela en y allant progressivement. On envoie au début ce que nous appelons des aides aux retours. On accepte bien entendu des retours très courts dans les premiers ateliers. C’est une question de temps et de formation. Cela signifie que les retours des participants sont tous attentivement lus par l’animatrice du groupe et qu’ils sont recadrés si nécessaire.

Dans tous les cas, ils ne restent pas lettres mortes mais lancent au contraire des débats ou des réflexions. On communique, on bavarde, on approfondit. C’est selon les groupes et/ou les envies, les besoins bien entendu. Le rôle d’une animatrice est de guider mais en sachant entendre jusqu’où peut aller son groupe. On écoute donc cela, au moment des retours en particulier, lesquels disent tant sur le rapport à l’écriture de chacun. J’anime sur le mode de la conversation, c’est comme ça que le groupe se créé.

Personnellement, qu’aimez-vous dans l’animation des ateliers à distance ?

Je trouve que dans nos ateliers par e-mails, le gros avantage est qu’on a tout notre temps. Dans un atelier présentiel, on voit toujours que l’heure tourne et on ne peut pas aller toujours aussi loin qu’on le voudrait, faute de temps justement.

Mais je voudrais surtout dire que, loin d’être des ateliers froids, nos ateliers e-mails créent une véritable émulation d’écriture via une dynamique de groupe créée par l’écriture elle-même. Quand on lit un auteur, on veut trouver sa présence, sa voix. Et bien, nous, c’est pareil. La présence, nous l’avons par la voix, voix que nous avons par écrit.

Ça c’est la magie des ateliers mail : voir à quel point par l’écrit on peut créer une dynamique et un travail.

Le travail de lecture des textes dans l’atelier mail y est beaucoup plus approfondi ?

Il me semble que oui puisque nous avons une semaine au lieu d’un quart d’heure pour élaborer nos retours. On les fait en plus sur des textes qui ont été écrits en une semaine et ne sont plus forcément des premiers jets. On va donc plus loin, oui, ça me semble évident. Mais aux participants de venir l’expérimenter…

Ce que je peux juste ajouter, c’est que ce travail approfondi des textes se veut de conduire les participants vers l’écriture mais aussi vers la lecture, leur montrer quelle est la véritable littérature en leur donnant une exigence littéraire importante. C’est primordial selon moi de mettre la barre haute, notamment en terme de références littéraires.

C’est beaucoup plus proche de la pratique de l’écrivain ?

Pour moi c’est le vrai atelier d’écriture. En fait, on est dans la logique de l’atelier à l’américaine puisqu’on ne travaille que sur la lecture des textes. Le temps d’écriture n’appartient pas à l’atelier.

Quels sont vos plus beaux souvenirs d’animation d’ateliers mail, et pourquoi ?

Oh c’est simple : c’est quand à la fin d’un parcours, les participants font des retours supérieurs aux miens. Là, je sens qu’ils sont devenus de véritables lecteurs et c’est qui me comble le plus. Oui, quand je vois le plaisir qu’un participant prend à étoffer son retour, mon petit cœur d’animatrice se dit : « Mission accomplie ». Je suis fière.

Mais pourquoi est-il si important de savoir faire des retours étayés aux autres participants du groupe ?

Si on peut relire les autres, cela veut dire qu’on est capable de mieux se relire soi-même, donc d’être plus exigeant. Si les participants deviennent des lecteurs critiques, c’est parce qu’ils ont compris l’importance de la critique pour les autres, donc pour eux. Ils savent maintenant qu’écrire un texte consiste à accéder au travail patient de la réécriture, lequel passe par la lecture et la relecture.

Plus concrètement, qu’est-ce qu’un « retour » ?

Il n’y a pas de différence entre présentiel et distanciel à ce niveau : c’est une lecture outillée d’un texte. Outillée par quoi ? Par la séance elle-même, qui suit un objectif clair dans l’écriture et qui guidera donc les lectures. Toutes nos séances mail se terminent à cet effet par une rubrique « Objectif des retours ». Chaque participant s’y réfère pour lire. C’est un cadre, un point de repère auquel les animatrices se réfèrent elles-mêmes.

Ceci permet d’envisager toute lecture de texte par objectif. Car il serait vain de vouloir tout nommer dans un texte.

Je renvoie ici à ce que je disais plus haut sur la façon d’accompagner les retours. Animer un atelier d’écriture, c’est faire écrire, oui, mais c’est surtout former des lecteurs puisque écrire n’est que cela : se lire. Se lire avec des outils, des références, d’où la barre à placer haute comme je l’ai dit tout à l’heure puisque la littérature a besoin de hauteur.

Dans les retours en tout cas, on est dans le « faire ». Nos retours doivent être utiles, concrets, techniques tout en étant naturels et vivants mais sans jamais perdre de vue le participant. Il faut trouver ce juste équilibre entre technique et personne. Jadis, Aleph avait comme devise « L’émotion, la technique ». En vieille aléphienne que je suis, je m’y réfère dans mes retours voire dans ma définition de l’écriture qui, selon moi, se doit d’allier les deux.

Inventoire

Isabelle Rossignol

Ex-professeur de Français-Langue Étrangère, auteur de la première thèse consacrée aux ateliers d’écriture – L’Invention des ateliers d’écriture – analyse comparative de sept courants-clés, Éditions Le Harmattan, 1997 -, elle a fait paraître plusieurs romans aux Éditions du Rouergue et chez Joëlle Losfeld.

 

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