Emily Dickinson, Marina Tsvetaieva par Frédéric Pajak

Que c’est pénible – d’être – quelqu’un !
Que c’est commun – comme une grenouille –
De dire son nom – tout au long de juin –
Au marais qui admire !
 
EMILY DICKINSON


Manifeste Incertain 7. Frédéric Pajak

Frédéric Pajak a choisi pour le 7ème tome de son Manifeste incertain, paru aux éditions noir sur blanc, d’évoquer les vies de deux poétesses :  Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva. Une Américaine du XIXe siècle et une Russe du début du XXe siècle.

Leur point commun : n’avoir jamais douté de leur postérité, convaincues que leur œuvre, surgie du plus profond de leur être, entrerait un jour dans l’histoire de la poésie moderne. En refusant de se plier aux convenances et aux procédés du genre poétique de leur époque, elles constituent deux figures de femmes dont la liberté intérieure s’est exercée de manière diamétralement opposée. La recluse et l’exilée.

Pionnier d’un « roman graphique » où texte et image sont intimement liés, Frédéric Pajak poursuit ici sa quête de beauté et de singularité à travers le portrait de ces deux esprits libres. La mélancolie du noir et blanc de ses dessins à l’encre de Chine épouse un texte sensible qui donne à voir l’incandescence poétique de la vie de ses protagonistes.

Paru en 1999, L’Immense solitude est l’ouvrage où Frédéric Pajak, peintre et écrivain, a inventé une forme de récit parfaitement originale : celle où texte et dessin, rassemblés sur une même page, doivent se lire ensemble, un peu à la manière d’un Livre d’Heures.

Frédéric Pajak dessine à travers des hirondelles ou des abeilles, un portrait en creux d’Emily Dickinson. Elle qui s’est voulu insaisissable, ne souhaitant apparaître aux autres que dans les centaines de feuillets déposés dans un coffret au fond du tiroir d’une commode. Eux seuls constituaient « sa part transmissible » et furent publiés après sa mort. C’est une gageure que d’en faire le portrait.

Au récit serré comme la vie recluse d’Emiliy Dickinson passée entre sa chambre et le jardin de ses parents, succède l’amplitude d’un long voyage à travers la Russie pour retrouver la force et l’impétuosité de Marina Tsvetaieva.

Il s’agit du journal d’une recherche personnelle, d’une de la passion d’écrire, d’une évocation biographique qui se fond dans un corpus graphique de près de 300 dessins somptueux. Un bijou et un tombeau pour deux âmes soeurs.

D.P.

Frédéric Pajak. Manifeste incertain 7. Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva. L’immense poésie – éditions noir sur blanc (octobre 2018).

ut Donec Aenean dolor. in ultricies suscipit dolor porta.