Marie-Hélène Lafon, Nos vies et sa vie

Pour les grands lecteurs, la Rentrée littéraire est enivrante… et un peu angoissante : quels romans choisir parmi les 580 nouveautés du cru 2017 ? Pour commencer, l’Inventoire a décidé d’être fidèle à une écrivaine qu’il apprécie en lisant son nouveau roman : « Nos vies ».

Suivre un auteur de livre en livre donne parfois l’impression de partager avec lui une certaine intimité. Devenu familier du style et des obsessions de l’auteur, le lecteur prend plaisir à les redécouvrir et les voir évoluer au fil des livres. Dans le cas de Marie-Hélène Lafon, la lente agonie du monde paysan ainsi que le décalage entre le pays natal et celui habité aujourd’hui sont omniprésents.

Avec Nos vies, elle nous surprend. Les personnages sont des parisiens qui ont en commun de fréquenter le Franprix de la rue du Rendez-vous ou alors habitent le même immeuble que la narratrice. Cette narratrice fraichement retraitée prend plaisir à imaginer la vie des ceux qu’elle croise chaque vendredi au Franprix. La caissière la fascine particulièrement. Les lecteurs assidus se délecteront de retrouver ce personnage, Gordana, déjà croisée dans une nouvelle éponyme en 2012.

Marie-Hélène Lafon livre ici un hommage ludique au travail d’écrivain et dévoile sa méthode : observer, absorber un maximum de réel  et créer ce qui manque :

« Á Paris, dans le métro, pendant quarante ans, j’ai happé des visages, des silhouettes de femmes que je ne reverrais pas, et j’ai brodé, caracolé en dedans, à fond, mine de rien […]  je me suis enfoncée dans le labyrinthe des vies flairées, humées, nouées, esquissées, comme d’autres eussent crayonné, penchés sur un carnet à spirale. »

La solitude des habitants de la ville est une thématique nouvelle pour l’auteur mais fidèle à elle-même, elle s’interroge sur leurs origines. D’ailleurs, la narratrice, Jeanne présente de troublantes similitudes avec Marie-Hélène Lafon : née dans un petit village de l’Allier, montée à Paris pour ses études, elle y est restée. Jeanne aime retrouver une voisine de l’immeuble née dans le Cantal qui évoque son pays natal. La question des origines est donc toujours bien présente ainsi que l’enfance, l’amour, la séparation, la perte des proches, la retraite, le vieillissement, tous les éléments qui composent une vie, nos vies.

Sa capacité à donner chair à ses personnages, à verbaliser l’indicible, à trouver le juste mot continue de faire les délices de ses lecteurs. Elle y met même pas mal d’humour, notamment quand il s’agit de décrire les personnages.

« Et que dire de ses seins. La blouse fermée n’y suffirait pas. Ils abondent. Ils échappent à l’entendement ; ni chaste ni turgescents ; on ne saurait ni les qualifier, ni les contenir, ni les résumer. »

Par son titre et sa thématique de la solitude, Nos vies entre en résonnance avec Une vie de Maupassant, référence avouée de Marie-Hélène Lafon. Le lecteur-spectateur n’est pas absent du possessif du titre : qui n’a jamais imaginé la vie de celui qui le précédait dans la file de la caisse du supermarché, ou celle de la caissière ?

Si vous appréciez Marie-Hélène Lafon ou souhaitez en savoir plus, l’auteur donnera une masterclass organisée par Aleph-Écriture et dédiée à la nouvelle : ici

Nathalie Hégron

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