Vos textes à partir de Patrick Modiano: G. Lambert

opening-1Cette semaine, nous publions six textes en réponse à la proposition d’écriture de Solange de Fréminville à partir du roman de Patrick Modiano « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » (Gallimard, 2015). Voici celui de Geneviève Lambert.

Le quartier de mon enfance

J’étais arrivée tôt dans la matinée et, après m’être installée à l’hôtel et avoir palpé cette atmosphère tant familière et si lointaine en même temps, je décidai, avant même de prendre contact avec ceux que je connaissais, d’aller respirer et sentir la ville dans laquelle j’avais passé la toute première partie de ma jeunesse.

Il faisait chaud comme un mois d’été traditionnel. La lumière était déjà éblouissante. Je pris le tram, le même que je prenais en sens inverse pour me rendre à la plage. J’arrivai sur cette large avenue principale empruntée tant de fois : l’école, le théâtre municipal, l’école de danse, le café en bas qui servait des citronnades, l’ambassade de France, en face la cathédrale. J’étais à l’aise dans le bruit et l’agitation d’une ville qui s’éveille.

Bien que je n’aie aucun sens de l’orientation, je savais que je ne me perdrais pas. Une seule idée me taraudait : je ne voulais pas retrouver mon immeuble, l’émotion me submergerait et je ne tenais pas à bousculer ces moments de bonheur qui me revenaient en mémoire, des évènements enfouis qui guidaient mes pas.

Je décidai de poursuivre jusque dans les souks, lieu privilégié de découvertes, d’achats maîtrisés ou compulsifs. Après avoir parcouru les dédales d’échoppes des plus colorées baignées de senteurs parfumées d’épices et de fleurs, je me résolus à rejoindre la sortie. Je tournai, retournai sur mes pas et me perdis. Finalement dehors, je ne me retrouvai pas, me laissai guider par mes pas et bien qu’ayant tout entrepris pour l’éviter, j’atteignis le quartier où j’avais grandi, ma rue, l’entrée de mon immeuble et je m’arrêtai enfin.

G.L.

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