Pierre Ahnne est écrivain et tient un blog littéraire. Cette semaine, il partage un extrait de son article sur le livre de Adèle Haenel, Viser juste(L’Arche). Vous retrouverez l’intégralité de cet entretien sur le blog pierre-a.fr.
Qui ne connaît Adèle Haenel, l’actrice talentueuse, la militante sincère, passionnée, peu encline aux nuances ?… Voyant arriver un livre d’elle, il faut l’avouer, on s’attend au pire. On se met à le lire quand même et, rapidement, on est déçu… Je veux dire heureusement surpris.
Car c’est une autobiographie avec tout ce que le terme peut impliquer d’authentiquement littéraire. On ne sait pas trop quoi faire de cette mention en couverture : « Avec la collaboration de Gisèle Vienne ». Dans les longs « remerciements » qui closent l’ouvrage, Adèle Haenel mentionne ladite Gisèle Vienne pour « [l’] avoir accompagnée (…) durant cette traversée » ; dans la non moins longue « bibliographie », elle indique que « les spectacles de Gisèle Vienne sont le contexte dans lequel [elle a] réfléchi et pensé l’écriture de ce livre »… Qu’est-ce que cela veut dire, en somme ? On ne sait pas. Considérons donc tout simplement qu’Adèle Haenel, ici, raconte sa vie.
Dispositif
Celle-ci est connue : les débuts à l’écran alors qu’elle est encore enfant ; les abus qu’elle subit alors, révélés plus tard, et valant au réalisateur de ce premier film une condamnation, ce qui fera de l’actrice une figure de proue dans la dénonciation de semblables pratiques dans le monde du cinéma ; son état de sidération et les désordres psychiques qui l’auront accablée entretemps, dont elle émergera au lycée grâce à la philo ; son retour au cinéma