« Comment je n’ai pas sauvé la terre » de Stéphanie Arc, par Pierre Ahnne

Pierre Ahnne est écrivain et a créé un blog littéraire. Il réalise des lectures-diagnostic sur les manuscrits qui lui sont confiés et partage chaque mois un de ses articles sur L’Inventoire. 

Elle nous a fait attendre… Six ans déjà depuis Quitter Paris (1). Stéphanie Arc, journaliste scientifique, chargée de cours en création littéraire, spécialiste des questions de genre (2), pratique le roman avec assez de parcimonie pour que chacune de ses incursions dans ce domaine soit précieuse.

Le roman ? Si on pouvait à bon droit se poser la question à propos de la fiction précédente, elle paraît ici encore plus légitime. La narratrice, journaliste scientifique elle aussi, séjourne en Bretagne chez ses parents. Soudain frappée par l’abondance des débris de plastique polluant champs et falaises, elle s’en indigne. Ils foisonnent surtout autour de l’exploitation agricole des voisins, Sylvain et Dom. Le bruit court même que ceux-ci brûleraient sacs et bâches. C’en est assez pour que notre amie se lance dans une enquête personnelle et discrète, qui va la conduire à fréquenter et à séduire le couple de paysans, à leur proposer de travailler avec eux, à fabriquer un faux certificat l’autorisant à effectuer un stage dans leur exploitation. Mais, bientôt, elle sera conduite à remonter plus haut dans la chaîne des responsabilités. La voilà interviewant une écotoxicologue, un attaché de direction à la coopérative agricole locale, le délégué général du Comité de la plasticulture… jusqu’à pénétrer « dans l’antre du dragon », où voisinent « la Fédération de la Plasturgie », « le Groupement de la Plasturgie industrielle et des Composites » et autres entités tout aussi inquiétantes. C’est là, d’une certaine manière, tout le roman.

Tintin et les « diables fourchus »

N’attendez pas de moi que je vous résume les informations ni les conclusions qu’il contient. Lisez-le. Vous saurez tout sur les usages agricoles des matières plastiques, en particulier sur les « paillages », cette technique consistant à recouvrir le sol de façon à ne laisser à nu que l’espace nécessaire au plant, et d’éviter ainsi la prolifération des mauvaises herbes.

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