Du 13 au 15 mars 2026 à Paris, Valérie Mello vous invite à tisser les trajectoires de personnages de fiction en s’appuyant sur les textes des écrivains nord-américains contemporains lors de son stage « Personnages en devenir ». L’occasion d’entrer dans la petite fabrique des personnages.
L’Inventoire : « Ne vous souciez pas de l’intrigue, intéressez-vous aux personnages. » écrit Anne Lamott dans le livre Bird by bird où elle évoque sa pratique d’écriture. Cela semble correspondre à votre programme ?
Valérie Mello : C’est un des points possibles pour démarrer une histoire en effet, car c’est l’action qui conduit le drame et sans personnage il n’y a pas d’histoire.
Dès lors, il s’agit de les faire venir, de s’en saisir pour les conduire. Dans ses Lettres à un jeune auteur Colum McCann nous invite à malmener les personnages, à les sortir de leur zone de confort, à les travailler au corps, à ne pas les lâcher. C’est en sorte la partie illustrée, technique et théorique, la face “américaine” de l’atelier.
En confrontant leurs personnages à des réalités – parfois très actuelles – les écrivains nord-américains frappent par leur sincérité. Rien d’artificiel n’apparaît, car il y a de l’empathie, du trauma, du sensible. Quand Philip Roth jouait de son ironie en plongeant son alter-ego dans des situations inédites – emblématiques des dysfonctionnements de l’Amérique – et qu’il le laissait se dépatouiller dans tout ça, c’était « vrai », on tremblait, on y croyait.
Comment accompagnez-vous l’écriture de ces personnages en devenir ?
On part de formes d’écritures vives, frappantes, extraites de textes dans lesquels on puise ce qui peut porter au plus haut la créativité et l’envie d’écrire. On cherche, on expérimente, on échange nos idées pour ouvrir des pistes. Les textes proposés en lecture sont extraits de romans d’écrivains qui apportent chacun leur énergie propre et leur singularité dans la façon d’incarner leurs figures, de creuser leurs personnages, de poser des situations.
Et vous, quels personnages ont marqué votre vie de lectrice ?
Ils me marquent surtout par l’écriture qui les porte, rythmée, mouvementée, et dans laquelle file un thème, une musique, les bruits de fond qui hantent ou bercent les personnages. Chez certains auteurs on devine une urgence du geste aussi, lorsqu’ils écrivent l’actualité, une nécessité de saisir le temps. Dans Manhattan Transfer, la course effrénée des figures de Dos Passos se joue aux rythmes des gestes, du verbe, des sons de la ville. Greffée aux brutalités d’un monde plongé dans la crise de 1929 on finit par courir avec eux.
C’est lorsque l’écriture parvient à se connecter aux nanocircuits des douleurs, des ridicules, des doutes et interrogations de chacun qu’on y est vraiment. Sinon, je suis sensible également à la Marilyn au scalpel dans Blonde de J.C. Oates, au Suédois et ses chagrins de mari et père pétrifié dans la Pastorale américaine de Roth, aux personnages sensibles et touchants, de Michael Cunningham dans Un jour d’avril, aux figures crues, vraies, de Raymond Carver… Tous ces personnages, restent eux aussi en devenir, même une fois le livre refermé.
CB
S’inscrire à l’atelier : https://www.aleph-ecriture.fr/atelier/personnages-en-devenir/personnages-en-devenir/
Valérie Mello : Après de longs séjours dans plusieurs coins du monde, Valérie Mello a enseigné vingt ans les lettres et le théâtre, et accompagné des lycéens dans leur parcours scolaire et créatif. Les ateliers se situent au carrefour de ses passions : écrire pour faire écrire, transmettre et accompagner.
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