Journal d’un écrivain en pyjama

Du 17 au 23 janvier 2013

Notre rubrique « L’Atelier ouvert » vous propose de lire et d’écrire à partir de parutions récentes. Une sélection sera publiée quinze jours plus tard dans les pages de L’Inventoire. Envoyez-nous vos textes à l’adresse suivante: atelierouvert@inventoire.com

Cette semaine Aude Lafait, qui anime un atelier d’écriture au Coin Bleu à Bruxelles vous propose d’écrire à partir du livre de Dany Laferrière, Je suis un écrivain Japonais, Grasset 2013. Par Aude Lafait

Extrait

« Je ne sais pas pourquoi j’étais sûr que ce livre allait me sortir de ce trou. Pour écrire, il m’a fallu arrêter de travailler. Mes maigres économies fondaient. Je devais faire vite et court. Je ne disposais pas des mêmes ressources que ces jeunes écrivains américains qui pouvaient laisser courir un premier roman jusqu’à six cent pages. Je me retrouvais seul dans une ville inconnue. J’ai donc réduit au minimum mes dépenses et entrepris de séduire la fille du propriétaire de l’immeuble où je créchais. Le propriétaire, un Italien, ne m’avait pas à la bonne. Je m’arrangeais pour croiser sa fille plusieurs fois par jour dans l’escalier. Et nous nous retrouvâmes un soir dans sa chambre. Depuis, je n’ai plus eu à payer de loyer. »

Suggestion

Pourquoi cet extrait ? J’en avais souligné des dizaines, tant ce dernier ouvrage de Dany Laferrière (Grasset, 2013) regorge de perles pour écrire et faire écrire. Ce livre, le premier que je lis de l’auteur, et je ne vais d’ailleurs pas m’arrêter là, est emprunt de bonne humeur, d’optimisme et d’humour. Il est jubilatoire même. Dans ce style très désinvolte qui le caractérise, Dany Laferrière décline en 182 courts chapitres ses « conseils à un jeune écrivain ». De « Comment débuter une histoire » à « L’élégance de Borges » en passant par « L’audace » ou encore « La solitude », on en apprend beaucoup sur son métier d’écrivain mais aussi sur sa vie. On y ressent une légèreté rarement palpable dans les journaux d’écrivains. Si je devais résumer son livre je choisirais sa propre phrase : « Écrire est d’abord une fête intime ».

Cet extrait – j’y reviens donc – évoque la situation dans laquelle se trouvait l’écrivain pour la rédaction de son premier roman. Jusqu’où iriez-vous pour, à tout prix, écrire votre premier roman ? Quelles concessions ? Quelles folies ? Que mettriez-vous en place ? Je vous invite – en un feuillet environ – à répondre à cette invitation d’écriture et à nous envoyer votre texte.

Lecture

Dany Laferrière, né à Port-Au-Prince en 1953, a quitté Haïti à 23 ans pour aller vivre à Montréal, où il habite depuis trente ans en alternance avec Miami. Dés son arrivée au Canada, il se construit une vie d’écrivain, alternant les petites boulots pour écrire, concevant que finalement « c’est la vie simple qui fait roman ». Son écriture très imprégnée de sa propre vie évoque entre autre les questions d’identité et d’exil. C’est en 1985 qu’il connaît le succès avec son premier roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Depuis, il a écrit une vingtaine de livres et reçu un très grand nombre de prix littéraires : prix Carbet des Caraïbes en 1999, prix Carbet des Lycéens en 2000, prix du Gouverneur général du Canada en 2006, prix Médicis et Grand Prix du livre de Montréal en 2009, Grand Prix littéraire international Metropolis Bleu et Prix des libraires en 2010. Il aime souligner que « son cœur est à Port-au-Prince, son corps à Miami et son âme à Montréal ». Emballée par cette première lecture de Dany Laferrière, je vais courir acheter quelques uns de ses romans, notamment L’énigme du retour, qui évoque l’histoire de son père, et Je suis un écrivain japonais, réelle célébration semble-t-il de la littérature et du plaisir.

Aude Lafait

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