Ecrire à partir de « Raymond Carver, une vie d’écrivain » de Carol Sklenicka

Cette semaine, Martine Leroy-Rambaud vous propose d’écrire à partir de Raymond Carver à l’occasion de la parution de la biographie écrite par Carol Sklenicka : Raymond Carver, une vie d’écrivain (Éditions de l’Olivier, 2015). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1 500 signes maxi) jusqu’au 15 mai à l’adresse suivante: atelierouvert@inventoire.com!

raymond-carver3Raymond Carver, une vie d’écrivain – Extrait

C’est marrant, ton histoire, dit Rita, mais je ne sais pas trop quoi en penser. Je me sens abattue, mais je ne lui en parlerai pas. Je ne lui en ai déjà que trop dit. Elle est assise là et elle attend, en se tapotant les cheveux du bout des doigts. Elle attend quoi ? Ça, je voudrais bien le savoir. On est en août.

Je sens que ma vie va changer.

Proposition

C’est ainsi que se termine une nouvelle de Raymond Carver intitulée « Obèse », au terme d’une conversation d’une banalité déconcertante.

Carol Sklenicka vient de faire paraître une biographie de l’auteur, intitulée Raymond Carver, une vie d’écrivain (Éditions de l’Olivier, 2015). Elle relate notamment deux rencontres décisives dans la vie littéraire de Carver : celle de son professeur d’écriture John Gardner, à l’université, et celle de son éditeur,Gordon Lish. Celui-ci, sans état d’âme, coupait dans les textes de Carver pour les rendre plus denses. En préface de Beginners (Débutants), un courrier de Carver à Gordon Lish montre bien son dilemme face à son « censeur » (une pièce a d’ailleurs été écrite sur le sujet : Ciseaux, de Stéphane Michaka) : ces coupes drastiques ont bel et bien contribué à resserrer les textes et à donner ses contours au célèbre « minimalisme » qui caractérise l’œuvre de Carver. De ces coupes vient la célèbre formule « Less is more » (« Moins, c’est plus »).

Carver, à travers ses écrits, relate le quotidien des gens modestes, de la classe moyenne ou populaire des Etats-Unis de cette période. Son langage est simple, familier, mais jamais vulgaire. Je dirais qu’il a une profondeur. Sa force, c’est de nous raconter des histoires comme s’il se trouvait là, juste à côté de nous. Une forte empathie est suscitée par ce qu’il raconte, et ceci, je pense, pour deux raisons : la forme, c’est-à-dire la simplicité d’une langue familière, mais soutenue, et le sujet, très proche, banal mais avec une dimension dramatique. Il y a, dans tous les textes de Carver, une dramaturgie, où la notion d’imminence est essentielle, un peu comme dans les toiles d’Edward Hopper : quelque chose va se passer.

Tous les textes de Carver tournent autour de ses thèmes de prédilection : l’amour, le couple, la famille, l’alcool. La nature, aussi.

Ce qui caractérise sa manière, c’est aussi de puiser au creuset de l’autobiographie pour aller vers la fiction. Je vous propose donc d’identifier un thème dont vous aimeriez parler : un de vos thèmes de prédilection, quel qu’il soit. À partir de là, dressez une liste de souvenirs et d’images fortes à partir desquels vous pourriez tirer le fil de l’écriture. Choisissez une de ces images. Puis livrez-en deux versions brèves (750 signes au maximum pour chacune d’entre elles) : une version autobiographique et une version fictionnelle. Il ne vous est pas demandé de délivrer le vrai du faux…

BeginnersCarverLecture

Raymond Carver, dont tous les livres traduits en français se trouvent aux Éditions de L’Olivier, c’est le parti pris du court, du minimalisme, de la suggestion, du dépouillement. Altman, qui s’en inspirera pour écrire et réaliser son film Short cuts, résume peut-être le mieux le ressort de son écriture. Il dit de Carver : « Il a révélé que l’étrangeté se dissimule derrière le banal, mais ce qu’il a vraiment fait était la capture des merveilleuses particularités du comportement humain, les particularités qui existent parmi l’incohérence des expériences de vie ».

À quoi est-ce que cela tient ? Sans doute à l’extrême sensibilité de l’auteur à ce qui l’entoure. Carver disait : « une nouvelle, c’est un peu d’autobiographie et beaucoup d’imagination ». Toute son écriture tient là : dans la captation d’instants, de souvenirs, de moments, transposés par l’écriture de fiction. « Ma mémoire est mauvaise », précise-t-il dans Les Feux, « j’en suis donc réduit à inventer à mesure : ce que mes personnages se racontent, les actions qui découlent de leurs paroles, et ce qui leur arrive ensuite. Il fallait bien que je m’accommode de mes limitations. »

M. L-R.

Martine Leroy-Rambaud conduit des ateliers d’écriture pour Aleph-Écriture à Angers, notamment un atelier ouvert au Quai. Son prochain stage, intitulé « Écrire autour du vin », a lieu à Chalonnes-sur-Loire au cours du week-end des 11 et 12 juin 2016.

 

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