Pourquoi être heureux quand on peut être normal

Du 11 au 20 mars 2014

Notre rubrique « L’Atelier ouvert » vous propose de lire et d’écrire à partir de parutions récentes. Une sélection sera publiée quinze jours plus tard dans les pages de L’Inventoire. Vous pouvez envoyez vos textes à atelierouvert@inventoire.com.

Cette semaine Astrid de Laage vous propose d’écrire à partir du livre de Jeannette Winterson « Les oranges ne sont pas les seuls fruits » (Éditions de l’Olivier, 1985, pour la traduction française).

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Dubuffet / Fiac 2013

Extrait

« Littérature anglaise de A à Z. La bibliothèque municipale d’Accrington possédait un exemplaire de presque tout. Elle en avait un de l’Autobiographie d’Alice Toklas de Gertrude Stein (1932). À seize ans, je n’en étais qu’à la lettre M – sans compter Shakespeare qui n’entre pas dans l’alphabet, de même que le noir n’est pas une couleur. Le noir rassemble toutes les couleurs et Shakespeare rassemble tout l’alphabet. Je lisais ses pièces et ses sonnets à la façon dont on s’habille tous les matins. On ne se demande pas : « Vais-je m’habiller aujourd’hui ? »  (…) Il y a toujours un joker. Moi, j’avais les livres. Surtout, j’avais le langage qui faisait les livres. Un moyen de parler de la complexité. Un moyen de « maintenir le cœur ouvert à l’Amour et à la Beauté » (Coleridge).

Suggestion

Lire Jeanette Winterson, c’est se perdre parfois dans les méandres d’âmes complexes. Vous êtes dans la tourmente, mais vous résistez. Vous rentrez de vos lectures avec une feuille d’arbre dans les cheveux, comme si vous aviez essuyé la bourrasque. C’est une expérience de vie. Il faut apprendre à se battre contre ce qui résiste, à se révolter contre les déterminismes et à comprendre comment la littérature, celle qui s’écrit, celle qui se lit et qui se vit, peut contrecarrer la violence et la destruction. Car Mme Winterson, hantée par l’Apocalypse, frappe fort, mais Jeannette, elle, lit beaucoup. Jeannette veut vivre, faire des études, devenir écrivain et apprendre à aimer. Pour être au moins un peu heureuse – Mais pourquoi être heureux quand on peut être normal ? nous assène-t-elle.

Et si, à votre tour, vous cherchiez dans votre bibliothèque intérieure, des souvenirs de vos lectures, de ces auteurs qui vous ont tendu la main, de ces livres qui ont accompagné ou éclairé les moments clés de votre existence.  À l’époque, que viviez vous ? Quels états vous traversaient ? Retrouvez les sensations qui étaient les vôtres et laissez-les s’épanouir. Jetez d’abord vos réflexions sur le papier, sans vous soucier de chronologie : laissez plutôt s’exprimer vos rêveries. Puis choisissez deux de ces moments et dépliez-les (un paragraphe chacun). Et si vous nous envoyiez le résultat (un feuillet au total, soit 1500 signes) ?

Lecture

Jeannette Winterson est née en 1959 à Manchester. Premier pan d’un diptyque autobiographique, son premier roman, intitulé Les oranges ne sont pas les seuls fruits (Éditions de l’Olivier, 1985, pour la traduction française), retrace l’expérience de Jeannette, élevée par des pentecôtistes. Elle écrit des sermons à l’âge de 6 ans et semble destinée à des tournées d’évangélisation. Mais la découverte de son homosexualité comme sa rencontre avec la littérature lui tracent d’autres chemins. Son tout dernier roman, La Passion (l’Olivier, 2013), bel hommage à l’Orlando de Virginia Woolf, explore les ambiguïtés du genre.

Astrid de Laage

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