La joie, la musique, les jardins et les maisons : quatre thèmes, quatre courts séjours pour faire rimer Bien-être et écriture. Cela se déroule au Château du Tertre, la maison de l’écrivain Roger Martin du Gard. Et si vous preniez la poudre d’escampette le temps d’un week-end ?
L’Inventoire : Vous proposez une nouvelle formule de séjours. Pourquoi associer écriture et bien-être ?
Béatrice Limon : Quand j’écris moi-même, en atelier ou autrement, je me sens tellement bien… Et j’ai remarqué que certains thèmes, vraiment porteurs, agissent comme des baumes. On oublie ses soucis, on se plonge dans un univers, on rit, on partage, on se soutient, on rentre chez soi avec des textes qui sont peut-être autant de points de départ pour un projet plus long. Au cours de ces séjours, je formule des propositions qui arpentent les quatre champs de Perec, le souvenir, le réel, le jeu, la fiction… Les textes qui en sortent sont parfois reliés les uns aux autres, parfois tout à fait indépendants. L’idée de ces week-ends thématiques consiste à s’offrir une bulle d’écriture, sans pression, sans obligations pratiques, dans un très bel endroit.
Le Château du Tertre est un écrin magique pour accueillir ces résidences. Pouvez-vous nous parler de ce lieu…
C’est la maison que Roger Martin du Gard, prix Nobel de littérature en 1937, avait choisie et réaménagée pour y écrire jusqu’à sa mort, en recevant ses amis, romanciers, poètes, artistes en tout genre. La magie tient sans doute à l’harmonie des lieux, mais aussi à la vue sur la forêt, aux lumières, à l’architecture du XVIIe siècle, au grand parc planté d’arbres plusieurs fois centenaires… J’y ai moi-même créé un atelier, un cocon lumineux, douillet, où je passe la plupart de mon temps. La maison (j’emploie volontiers ce mot qui me paraît plus « habitable » qu’un château) reste à taille humaine, les groupes en résidences se succèdent en toute intimité.
Le format de ces résidences est court. Quel est l’intérêt de ce dispositif ?
Une bulle, une parenthèse, une escapade, une échappée, un moment volé à la vie courante, je me demande si cela ne garde pas encore plus de piment, d’intensité, quand c’est un peu court ? Plus sérieusement, le format d’un week-end, en arrivant le vendredi soir pour être à pied d’œuvre dès le lendemain matin, permet aux personnes prises par leur activité professionnelle de s’offrir, elles aussi, une fin de semaine bien dépaysante, en forme de fugue…
Quel est le programme de ces quatre week-ends ?
On commence avec L’Art de la joie les 28 et 29 mars 2026, clin d’œil au merveilleux livre de Goliarda Sapienza (qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu). Dany Laferrière, dans son Art presque perdu de ne rien faire, donne d’excellents conseils… Mon idée, c’est qu’on reparte avec quelques raisons d’espérer dans un monde qui sourit assez peu ces temps-ci.
Vient ensuite le week-end Musique, les 11 et 12 avril 2026, pendant lequel les participants pourront assister à un concert piano-violoncelle dans le salon du Tertre, le samedi soir. Écrire la musique, écrire en musique… Andreï Makine a de bien belles pages là-dessus, mais aussi Léonor de Récondo, Toni Morrison, Metin Arditi, Alessandro Baricco…
On fête le presque été avec le thème des Jardins, les 13 et 14 juin 2026, week-end lui aussi agrémenté d’un concert, car la Maison Roger Martin du Gard programme régulièrement des artistes venus travailler en résidence au Tertre. Le fil rouge de ce thème des jardins, c’est Thomas Vinau, merveilleux poète auteur de Ici ça va, de Comme un lundi, de Des Salades… Bien sûr Colette a sa place au jardin, de même que l’étonnant écrivain-jardinier Marco Martella.
Enfin, à l’automne, on se réfugie dans les Maisons, les 17 et 18 octobre 2026. Ou comment planter un décor et l’animer de telle façon qu’il puisse, si l’on veut, devenir lui-même un personnage. Jean-Paul Kauffmann, Jerome K. Jerome, Colette, Simenon, chacun sa clef pour entrer dans le thème.
Camille Berta
Journaliste et formatrice en presse quotidienne régionale pendant vingt-cinq ans, Béatrice Limon a rejoint l’équipe Aleph en 2021 pour aborder l’écriture sous un angle plus créatif, plus libre, même si elle garde un ancrage puissant du côté du réel, des questions de société. Elle a créé un stage d’initiation et un cycle d’approfondissement à l’enquête littéraire et anime depuis septembre 2024 le cycle Littérature du réel. Costumière de scène, elle a aussi monté le stage « L’étoffe des personnages » pour aborder les silhouettes romanesques sous une autre facette.
Lectrice passionnée pour nourrir son écriture comme ses propositions, elle anime régulièrement des ateliers autour de romans récents, à la découverte d’un auteur ou d’une œuvre. Sorj Chalandon, Laurent Mauvignier, Camille Laurens, font partie de ses préférés parmi les écrivains d’aujourd’hui. Elle aime suivre la ligne de crête entre fiction et réalité, où des personnages nés de l’imagination avancent dans un monde réel, qui les confronte à l’Histoire et à la société.
La connaissance intime de l’œuvre de Roger Martin du Gard, dont elle dirige la Maison en Normandie, compte aussi dans cette certitude si bellement exprimée par Mario Vargas Llosa : « La littérature élargit le monde. »
Le détails de ces résidences d’écriture et bien-être sont ici.
Crédit photo : ©Jeanne Morcellet