Écrivain public, se former à Paris 3 : entretien avec Aurélie Delattre

Agrégée de Lettres classiques, Docteur en littérature latine et enseignante dans les départements de Littérature et linguistique françaises et latines et de Médiation culturelle de l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, Aurélie Delattre est responsable de la Licence professionnelle Conseil en écriture professionnelle et privée, dans laquelle elle enseigne également la rhétorique.


L’Inventoire : Depuis combien de temps la Licence professionnelle Conseil en écriture professionnelle et privée – Écrivain public de la Sorbonne Nouvelle existe-t-elle ? À quel besoin répond-elle ?

Aurélie Delattre : La licence existe depuis une quinzaine d’années. C’est le seul diplôme national de formation des écrivains publics/conseils en écriture (il existe aussi un diplôme d’Université à Toulon). Elle répond tout d’abord à la nécessité absolue d’être formé quand on veut écrire pour autrui. Ce besoin de formation couvre le champ social, pour lequel un certain nombre de connaissances techniques (par exemple en droit) sont indispensables. Mais il est indéniable également dans le cadre du conseil en écriture de façon plus large : on ne s’improvise pas auteur de biographie !

Il faut maîtriser parfaitement la langue et l’outil informatique si l’on veut pouvoir se dire professionnel de l’écriture, et les techniques d’entretien sont nécessaires pour la relation avec l’usager ou le client, quel que soit le cadre d’intervention…

L’Inventoire : Quelles difficultés rencontre l’écrivain public aujourd’hui ? Comment cette formation prépare les étudiants à la réalité ?

Aurélie Delattre : L’écrivain public souffre de ce que le métier n’est pas officiellement reconnu et ne fait pas l’objet d’une obligation de formation. Tout le monde peut se déclarer écrivain public/conseil en écriture. En écho à cet article, on peut donc parler d’un phénomène de brouillage, d’un manque de visibilité générale et, pour les employeurs potentiels (clients, collectivités locales, associations…), il est difficile de faire la part des choses.

La Licence est, à cet égard, un gage de professionnalisme qui doit être largement valorisé.

Nous nous efforçons aussi, avec l’association des diplômés, de mettre en place un réseau pour préparer leur avenir professionnel. En effet, dans le champ social, ils se heurtent à un problème plus spécifique, qui est le recours aux bénévoles, justifié par le manque de moyens.

La formation doit préparer les futurs diplômés à la réalité du terrain en les informant de la situation sans langue de bois, mais aussi en maintenant un certain niveau d’exigence qui est le gage de leur professionnalisme.

rhetorique
philo.lapin.org

L’Inventoire : Quel avenir ? Quels débouchés pour les futurs diplômés ?

Aurélie Delattre : Il est certain que l’insertion professionnelle des diplômés de la Licence n’est pas évidente.

Néanmoins, il est possible de vivre du métier d’écrivain public/conseil en écriture.

A mon sens, l’une des clefs de la réussite est la polyvalence : il est difficile de trouver un emploi à temps plein dans le secteur social, tout comme de vivre pleinement d’une activité de conseil en écriture.

La Licence vise précisément à permettre aux diplômés d’exercer dans tous les champs d’action de l’écrivain public/conseil en écriture. Tous les étudiants suivent le même cursus, qui les forme à toutes les facettes du métier. Les débouchés existent : le besoin d’une aide pour l’écriture, quel que soit le cadre, est réel et multiple.

Mais il faut souvent inventer son activité, trouver de nouvelles pistes pour l’exercer… C’est un beau défi ! Pour le relever, ils peuvent non seulement s’appuyer sur les compétences développées grâce à la Licence mais aussi sur leur formation ou activité professionnelle antérieures, et compter sur le réseau des écrivains publics en activité.

Propos recueillis par Marie-Hélène Mas

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