Généalogie d’un regard à la Bourse du Commerce

Le Nouveau Palais de la Bourse, inauguré il y a quelques semaines à Paris n’est pas seulement une restauration architecturale réussie de Tadao Ando, c’est aussi un merveilleux écrin pour la collection d’art contemporain patiemment élaborée par François Pinault.

Pendant une quarantaine d’années, l’homme d’affaires et fondateur de Kering, a collectionné à l’abri des regards plus de 10.000 œuvres. Certaines sont exposées dans ses deux espaces de Venise (Palazzo Grassi, Pointe de la Douane), d’autres pour la première fois à Paris.

Le cercle de béton brut gris créé par Tadao Ando, posé au milieu du bâtiment, à la fois protège et magnifie la rotonde qui dessert les galeries enroulées autour de cette réalisation imposante. Ce qui frappe en circulant dans cet espace très ouvert, c’est qu’il constitue une métaphore parfaite du regard attentif d’un homme sur ses contemporains. Les portraits choisis par le collectionneur sont ainsi omniprésents, que ce soit dans la peinture ou la photographie, parcourant les corps et les visages comme des paysages. L’accrochage offre une conception humaniste d’une collection en miroir où les œuvres renvoient le regardeur à sa propre histoire, son regard et son corps.

On y trouve pour chaque artiste une mini-rétrospective qui permet de mesurer la portée de son travail. Il y a souvent des découvertes, comme celle de Claire Tabouret, vivant à Los Angeles et dont l’oeuvre se nourrit de photographies, d’archives personnelles et de clichés anonymes.

Peindre est, pour l’artiste, une « manière de presser l’image, d’en extraire une lumière interne, un indice ténu. (Claire Tabouret)

Claire Tabouret

Il y a parfois des retrouvailles, comme pour Rudolf Stingel qui présente ici trois portraits, réalisés à partir de photographies et revisitées par la peinture en floutant les frontières entre les deux medium.

Portrait de Paula Cooper, galeriste new-yorkaise Rudolf Stingel (2012)

On ne trouvera pas d’artiste contemporain dont le regard est froid et distancié, mais des artistes qui incarnent leur propos ou traduisent un engagement, qu’il soit politique, humoristique ou humaniste. Citons parmi eux l’oeuvre monumentale créée spécialement pour la Rotonde de Urs Fischer, clé de voute de ce parcours.

Untiled, 2011 – Fischer l’a repensée à l’échelle du site, une « place publique » couverte d’une coupole culminant à presque 40 mètres.

Une oeuvre en cire dont la vocation est de se consumer l’espace de l’exposition, en écho au regardeur, dont la vie se consume dans un espace-temps dont il n’est pas le maître. Mais il y a aussi les interrogations de Michel Journiac sur le genre dès les années 80, les clichés d’une Amérique Marlboro en voie de disparition, ou les oeuvres peu connues en Europe de l’artiste underground David Hammons.

Cet espace d’exposition nous permet de poser le temps d’une visite un regard attentif et chaleureux sur ceux qui nous entourent. C’est pour créer cet éclairage nouveau pour le spectateur que des artistes passent leur vie à portraiturer leurs semblables pour leur redonner une place. Elle est ici particulièrement vivante dans l’écrin du Palais de la Bourse du Commerce.

Danièle Pétrès

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