Isabelle Rossignol : « expérimenter l’atelier d’écriture »

Isabelle Rossignol a publié de nombreux romans pour la jeunesse et pour les adultes. Elle animera le 7 septembre et le 7 octobre l’atelier d’une journée « Expérimenter l’atelier d’écriture », destiné à toute personne souhaitant partager le plaisir d’écrire et de lire ses textes, avant de s’engager dans l’aventure au long cours de l’atelier régulier. Comment transmet-t-on sa passion de l’écriture ?  Quelques réponses.

L’Inventoire : Écrire / Faire écrire : quel rapport entretenez-vous avec ces deux activités ?

Isabelle Rossignol: Mes activités d’auteure et d’animatrice ont toujours été distinctes. Je n’ai jamais considéré qu’être écrivain était un métier, alors qu’animatrice d’atelier, oui.

Faire écrire les autres, c’est être un bon enseignant qui voudrait transmettre son savoir à des élèves.

Ce que j’aime faire, c’est transmettre ma passion de l’écriture et accompagner les autres le plus loin qu’ils le peuvent et le veulent dans leur propre écriture. Faire écrire les autres, c’est un vrai métier. Je leur apprends à écrire en fonction de leur potentiel, je m’adapte.

Souvent en atelier d’écriture, les gens me disent « J’avais envie d’écrire mais je ne sais pas comment faire … », « J’aimerais bien écrire sur ce thème mais je m’arrête à la deuxième page… ». Il y a des problèmes techniques à régler. Et très souvent les gens s’essoufflent dans un texte parce qu’ils n’ont pas pris le temps de l’élaborer ou de le respirer suffisamment longtemps. Ça, on le travaille très bien dans le cycle « Faire émerger un projet » : les gens doivent prendre le temps de penser leur projet avant de se lancer.

L’Inventoire : En tant qu’auteur, quelle est votre méthode d’écriture ? Dans quel cadre, quelles conditions préférez-vous écrire ?

Isabelle Rossignol: Je ne prends jamais de notes avant. Tout se passe dans ma tête. En général, ça vient à partir d’une thématique que j’ai envie d’aborder. Je vais me laisser habiter par ça, je vais réfléchir à comment transformer ce thème en une histoire, créer des personnages, en marchant, en cuisinant, en dormant…

Et puis un jour, je sens que les choses sont mûres parce que des phrases commencent à naviguer dans ma tête. J’attends d’avoir la première et c’est là que je commence à écrire le début du texte. Mais si je sens que je n’ai pas la voix, le ton du texte, j’attends. Je laisse encore mûrir.

Je ne fais pas partie des auteurs qui pensent que c’est en écrivant qu’on trouve les choses, je pense que l’on trouve beaucoup en rêvant, en laissant faire le temps, en laissant mariner à l’intérieur de soi. Après, lorsque j’ai trouvé le ton et que j’ai les choses en main et en voix, là oui, je ne m’arrête plus.

C’est là que j’élabore beaucoup plus le récit. Je ne navigue pas à vue et j’avance chapitre par chapitre, c’est-à-dire qu’un chapitre me conduit au suivant qui me conduira au suivant… Je sais toujours où je veux arriver et après ça fonctionne comme un trajet que j’organise.

Je commence toujours par choisir une thématique, et j’adapte après mon récit à l’âge de mon public. La dernière fois, j’avais envie d’écrire sur le viol, j’ai donc choisi de m’adresser aux adolescents.

Après, j’ai eu envie d’écrire sur l’abandon d’un enfant : « qu’est-ce que c’est que d’être abandonné par ses parents ? ». J’avais la possibilité d’écrire pour tous les âges mais c’est une petite oursonne qui s’est imposée et j’ai donc écrit pour les tout-petits. Tout le texte se passe avec des animaux, dans une forêt, il n’y a aucun être humain et c’était une première pour moi.

Les auteurs ont la liberté sur l’imaginaire. Il n’y a pas de frontières, à part dans un récit réaliste dans lequel il faudra être crédible. On n’est contraint que par son registre et le monde qu’on a créé pour son personnage.

Pour les enfants, cette diversité-là est accessible.

Écrire est une philosophie de vie, c’est comme être écologiste ! L’écriture, c’est quelque chose qui appartient au désir et à la nécessité.

Je pense aussi qu’on peut être un écrivain à un moment de sa vie et ne plus l’être à un autre. Il faut avoir cette soif d’écrire. Ce désir, cette nécessité n’obéit qu’à des considérations inconscientes qui nous dépassent. C’est quelque chose entre soi et soi. C’est ce que les romantiques ont appelé l’inspiration. Et ce n’est pas vrai que pour la littérature mais ça peut s’appliquer à tous les arts !

Je relie très souvent l’écriture à l’amour : un jour, on aime une personne à la folie et puis un jour, pour une raison x ou y, on ne l’aime plus, le désir d’écrire fonctionne comme ça aussi. L’écriture appartient à cet ineffable-là.

Propos recueillis par MHM

Pour connaître l’actualité d’Isabelle Rossignol, c’est ici.

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