Vos textes à partir de Patrick Deville « Peste et choléra »

Cette semaine nous avons choisi trois textes, voici celui d’Olivier Martial, en réponse à la proposition d’écriture à partir du livre de Patrick Deville « Peste et choléra », à retrouver ici. ‪

COLOGNE

Peu avant la première compétition mondiale de sang et de fureur, il valait mieux naître garçon à Maubeuge. Pour ne pas porter les pantalons de son aîné elle a cousu des jupes. Ses beaux yeux bleus ne la laissèrent pas seule longtemps et à deux on construit mieux, surtout avec un grand discret. Après le jeudi noir, ils s’entassèrent en banlieue pour continuer à travailler. Seulement voilà, les hommes aiment les revanches et les sirènes cette fois retentirent plus souvent. La cave du voisin était juste assez vaste pour s’y abriter avec ses trois jolis anges. Tant que les bombes explosaient, elle se savait vivante. Forcément, on ne sort plus manger une glace les 14 juillet. Et quand il n’y eut plus d’avions mais seuls de longs sifflements dans la tête, on vous filait des électrochocs, sans anesthésie. Enfin la vie fut tranquille, bien que la maison soit détruite et remplacée par un parking. Pas malheureuse de se retrouver dans un meublé tout confort avec vide-ordure et plus de jardin à s’occuper. Les sifflements ne cessaient pas… Mais motus! Pour éviter la table glaciale et ses lanières qui tenaient le corps crispé sous les volts.

Un matin, elle trouva le grand allongé dans le couloir. Il ne piperait plus du tout. Alors elle regarda ses filles vieillir et leurs petits grandir. Moi j’étais le dernier. Toujours chez elle à la fin. Un jour, elle sortit des cabinets, un carton à la main et dit « je suis vraiment au bout du rouleau ». A chacune de ses crises, je lui apportais l’eau de Cologne. Recroquevillée au fond du lit, elle s’en caressait les flancs telle une bête blessée. Cette potion soignait sa terrible douleur, sa « Julie » comme elle l’appelait. La fraîche odeur parfumait la chambre et ma vieille se détendait, sa douce respiration rythmant le silence. Elle est partie gentiment.

O.M.

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