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Cette semaine, Sylvie Néron-Bancel vous propose d’écrire à partir du récit d’Eric Vuillard, 14 juillet (Editions Acte Sud, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 1er février à l’adresse suivante : atelierouvert@inventoire.com

Extrait

« Qu’est-ce que c’est une foule ? Personne ne veut le dire. Une mauvaise liste, dressée plus tard, permet déjà d’affirmer ceci. Ce jour-là, à la Bastille, il y a Adam, né en Côte-d’Or, il y a Aumassip, marchand de bestiaux, né à Saint-Front de Perigueux, il y a Béchamp, cordonnier, Bersin, ouvrier du tabac, Bertheliez, journalier, venu du Jura, Bezou dont on ne sait rien, Bizot charpentier, Mammès Blanchot, dont on ne sait rien non plus, à part ce joli nom qu’il a et qui semble un mélange d’Egypte et de purin.

On dit qu’il y eut, ce jour, près de deux cent mille personnes autour du monstre ce qui représente la moitié de la ville, une fois retranchés les nouveaux-nés, les vieillards et les malades ; cela veut dire que tout le monde y est. Ce doit être une foule prodigieuse, une sorte de totalité. On ne voit jamais ça. La totalité se dérobe toujours. Mais ce matin-là, le 14 juillet, il y a les hommes, les femmes, les ouvriers, les petits commerçants, les artisans, les bourgeois, même, les étudiants, les pauvres ; et bien des brigands de Paris doivent y être, attirés par le désordre et l’opportunité incroyable, mais peut-être aussi, comme tout le monde, par autre chose, de plus difficile à nommer, de plus impossible à rater, de plus jubilatoire (…) LIRE LA SUITE


Interview de J.M. Martinez, Editions Louise Bottu: « Le vrai sujet c’est la manière »

« Il y a des chefs-d’oeuvre et de mauvais livres, ne comptez pas sur moi pour donner des noms ».

Maison d’édition créée en 2013, Louise Bottu est située entre Dax et Orthez. Elle privilégie des textes courts, entre aphorisme, poésie et objet littéraire à contrainte. Sur son site on peut lire à la page des nouveautés : « La page des ‘nouveautés’ n’en compte aucune. Nos livres iront directement à la page ‘catalogue’ sans passer par la page ‘nouveautés' ».  Une ligne éditoriale affirmée, qui se fonde sur la qualité stylistique avec une prédilection pour l’humour, voire, l’ironie. Maison inclassable, nous avons interrogé Jean-Michel Martinez, gérant des Editions Louise Bottu, pour en savoir plus, juste avant la parution de « Rhapsodie curieuse » d’Alexander Dickow, en librairie le 15 janvier.

Inventoire : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer cette maison d’édition ?

Jean-Michel Martinez : Le goût des mots et une expérience antérieure dans l’édition, sous la forme associative.

Inventoire : Pourquoi avoir choisi le nom d’une héroïne de Pinget ?

Jean-Michel Martinez : Une forme d’hommage à Robert Pinget, un grand auteur dont on parle assez peu. Louise Bottu fait de brèves apparitions dans son œuvre, en particulier dans Monsieur Songe. Elle y est décrite en poétesse « toute déjetée, boiteuse et tremblotante » qui, en parlant de son prochain livre, oublie son âge. Pinget dit qu’elle « ressuscite ».

J’aime cette aptitude à la reviviscence. Je la sens enthousiaste et naïve. Or, j’ai toujours trouvé, y compris, ou peut-être surtout, chez les auteurs les plus savants dans leur réflexion et dans la composition de leurs œuvres, j’ai toujours trouvé chez les auteurs réputés lucides un fond de naïveté qui à la fois me surprend et me réjouit.

Inventoire : Comment choisissez-vous les manuscrits que vous publiez ? J’ai lu quelque part que vous alliez beaucoup sur le web où vous aimiez faire des découvertes d’écriture ?

Jean-Michel Martinez : Les premiers auteurs ont été contactés via internet. Depuis, les manuscrits arrivent en nombre.

Inventoire : Dans un entretien accordé à La Cause Littéraire, vous dites que d’une certaine manière, Louise Bottu est «transgenre»

Jean-Michel Martinez : « Transgenre » en réponse à une question sur la diversité de nos publications, pour dire que nous publions aussi bien fragments que romans, poésie, aphorismes, extraits de blogs, essais…

Par ailleurs, Louise Bottu ne se demande jamais si elle est une éditrice homme ou un éditeur femme.

Inventoire : Etes-vous seul maître à bord, ou combien de personnes regroupe Louise Bottu ?

Jean-Michel Martinez : Ni Dieu ni maître à bord. Au gré du courant.

Inventoire : Qu’est-ce qui vous décide à publier tel texte plutôt qu’un autre ?

Si nous le savions…

Inventoire : Est-ce que le style est plus important que l’histoire ?

Jean-Michel Martinez : Les deux sont inséparables, bien sûr. Mais ce qui est bien dit n’est jamais quelconque. Je dirais volontiers que l’histoire est un prétexte au style. Le vrai sujet c’est la manière, oui. Exprimer de manière singulière sa banalité. LIRE LA SUITE


Alain André

L’ouvrage d’Éric Vuillard antérieur à son Quatorze juillet est intitulé Tristesse de la terre et sous-titré Une histoire de Buffalo Bill Cody (Actes-Sud, 2014, et « Babel »).

Le lecteur découvre comment on a transformé en « show » le massacre délibéré des derniers malheureux Sioux Lakotas de « Sitting Bull », affamés, crevant de froid, hommes, femmes et enfants mêlés — soyons précis : quatre-vingt-quatre hommes, quarante-quatre femmes et dix-huit enfants —, à Wounded Knee à la fin du mois de décembre 1890. Il a fallu d’abord réécrire l’histoire : faire du massacre une glorieuse « bataille » gagnée par deux régiments de cavalerie dirigés par le général Miles. Il a fallu ensuite monter un spectacle — le « Wild West Show », une authentique « machine à cash », « merchandising » inclus, entièrement dédiée, jusqu’à sa fin, à la haine de l’autre.

« C’est une version du massacre revue et corrigée par Buffalo Bill et John Burke, dans le plus pur esprit américain », nous précise Vuillard. « C’est une version pour nos livres de classe. Une version pour enfants. Dans ce petit bout de théâtre, il n’y a ni la longue marche épuisante des Sioux, fuyant leur réserve, ni les manœuvres des rangers pour les attirer docilement, hordes mourantes, à Wounded Knee. Il n’y a pas non plus le canon Hochkiss, et sa technologie miraculeuse. Il n’y a plus ni tempête de neige, ni fosse commune, si femmes, ni enfants ».

Autour de cette trame décapante, Vuillard rassemble quelques épisodes guère moins noirâtres : la tournée en Lorraine, jusqu’à la mort du Sioux « Feather Man » dans un hôpital de Marseille ; l’achat et l’adoption, après Wounded Knee, de la petite Indienne Zintkala Nuni, rebaptisée « Marguerite Colby » ; la fondation de la sinistre ville de Cody, deuxième ville du Wyoming, un État grand comme la moitié de la France ; le déclin du Wild West Show, jusqu’à la fin misérable du Buffalo Bill Cody, vieux, triste, endetté jusqu’à la moelle.

C’est un livre rapide, approfondi, furieux, laconique, précis. C’est une histoire effroyable. Et moi, ce matin, après l’avoir refermé, je pense au destin de « Sitting Bull », dont le nom anglais est la traduction « approximative et stupide » de Thathanka Yotanka, qui signifie « bison mâle se roulant dans la poussière ». Je pense à « Sitting Bull », vainqueur de Custer à Little Big Horn, acteur pour Buffalo Bill Cody, assassiné à Wounded Knee par les policiers venus l’arrêter « au nom de la loi ». Je me rappelle que j’ai toujours préféré « les Indiens » aux « cow-boys ». Je persiste et signe, tant pis pour la bannière étoilée.


En décembre, Alain André vous proposait d’écrire à partir du premier roman de l’Anglaise Guinevere Glasfurd, Les mots entre mes mains (2014 et Préludes, 2016). Voici les 4 textes que nous avons sélectionnés, plein de la fantaisie induite par les mots et les jeux de mains.

Nicolas Vaissière

Il s’est approché de moi. Je vois son reflet dans l’aquarium. Un homme en costume, l’air sérieux. Un peu perdu. C’est marrant, son image se mélange aux poissons, qui passent à travers comme si de rien n’était. C’est comme s’il était plongé dans l’eau, son costume trempé.

Je sens qu’il va craquer. Un petit garçon seul, ça interroge. Il jette des coups d’œil vers moi, puis autour. Je le vois à son reflet. Je garde les yeux fixés droit devant, comme si j’étais captivé par le ballet des poissons. C’était vrai avant qu’il arrive. J’étais si content d’avoir l’aquarium juste pour moi. J’adore regarder les requins tourner en rond, et les raies, les tortues, et les murènes cachées dans les rochers. Qu’est-ce qu’un type pareil fait ici ? Il n’y a que des familles qui sourient, des enfants qui crient au lieu de s’intéresser.

Je sens qu’il va me parler. M’interroger. Je réciterai ma leçon. Il sera impressionné que je connaisse tous ces noms de poissons à mon âge. Je ne lui dirai pas que c’est mon oncle qui m’apprend tout ça, sinon il demandera pourquoi pas mon père, je devrai expliquer et il prendra l’air apitoyé. Je déteste quand les gens font ça.

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tumblrlivzdik7RT1qi6n8yo1400Les sites que nous aimons :

Louise Bottu éditeur littéraire

Le blog littéraire de Pierre Ahnne

Le blog de Françoise Khoury

La revue Le Paresseux

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L’Atelier Ouvert en librairie

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