Vos textes à partir de Colum McCann

Il y a 15 jours, Solange de Fréminville vous a proposé d’écrire à partir du recueil de nouvelles de Colum McCann, Treize façons de voir (Belfond, 2016). Parmi de nombreux textes reçus, nous en avons sélectionné 12 ! Merci à tous de votre belle participation !

Janie Den Boer

New Year’s Eve

Un soir de Nouvel An ? Ce serait à New York, New year’s eve. Jessica, vingt ans, serait française, grande et brune, cheveux raides, plutôt fauchée. Dans les bruits de klaxons, les hurlements des voitures de police, sous son bonnet trempé de neige fondue, elle rentrerait dans le Queens, à la fin du service dans un fast food miteux, elle aurait refusé l’invitation d’un collègue. Dans le métro bondé, serrée contre des filles parfumées, maquillées jusqu’aux dents, l’odeur de graillon de sa veste la gênerait plus encore. Dans sa tête, Bécaud hurlerait “La solitude, ça n’existe pas!”. Sa mère adorait. C’est vrai, on n’est pas seul, on est juste avec soi-même, mais un soir de Nouvel An…

Cette soirée, elle l’aurait rêvée en fourreau noir, coiffure lisse, à la Audrey Hepburn, jambes gainées de soie, rire de gorge, dégustant un cocktail rose.

Non, trop cliché. Mieux valait expliquer comment, après les études ratées, elle avait décidé de tout plaquer, de trouver n’importe quel boulot très loin de ce patelin, de quitter pour de bon ses parents qui rouspétaient sans cesse contre le supermarché, Internet, l’euro, les homos, les immigrés. La petite ville s’endormait à 20 h quand fermait l’unique café. Elle aurait tout organisé sans en parler à personne et d’ailleurs, qui l’aurait écoutée.

Il faudrait ensuite raconter l’interminable trajet en métro vers la banlieue cossue. La famille Miller avait besoin d’une baby-sitter : Madame, impeccable, Bree Van De Kamp dans « Desesperate housewives », Monsieur, grand brun, Don Draper, dans Mad men. Sourires gentils et indifférents. Les enfants lèveraient à peine le regard des écrans. Elle se demanderait ce qu’elle faisait là. Resterait à expliquer la mésentente avec les Miller, puis les recherches dans un quartier surpeuplé, le boulot miteux… jusqu’à ce soir de Nouvel An.

J.D.B.

Christine Chevalier ‪

« L’aube est là, qui dissipe les ténèbres de la nuit. Derrière la fenêtre de sa chambre d’hôtel, Harry voit poindre le dernier jour de l’année. Il sait qu’il passera la soirée du Nouvel An seul, mais cela ne le dérange nullement, peu attaché qu’il est à ces festivités sociales convenues auxquelles il se sent depuis longtemps étranger. »

Nouvel An. C’est bien cette exigence qui me gêne. Cependant, s’il[1] a précisé “au sens large du terme”, c’est qu’il[2] me laisse une possibilité d’interprétation. Et si je prenais le Nouvel An au sens du renouveau non calendaire, mais saisonnier ? Le Nouvel An dont je parlerais serait alors le printemps, ce qui me permettrait d’introduire dans mon incipit l’élément à partir duquel se nouera la relation entre Harry et Julia : une glycine en fleurs. De là, je pourrais dérouler une chronologie linéaire et fluide, au moins jusqu’à la séparation, puisqu’il y aura séparation, c’est inéluctable. Pas de happy end pour Harry et Julia.

Cependant, j’ai prévu qu’Harry irait la voir lorsqu’elle serait hospitalisée, en fin de vie (écrit comme ça, quel mélo !). Alors si, finalement, je gardais mon début hivernal ? Et si Harry avait décidé d’aller voir Julia à l’hôpital par un froid et triste après-midi de fin d’année ? À partir de leurs retrouvailles – qui n’en sont pas vraiment – j’adopterais alors une construction ante-chronologique avec des va-et-vient enrichissant le déroulement du récit, avec adoption de parti-pris différents.

Il faut que je réfléchisse aussi à l’opportunité de mettre la glycine en élément fondateur de cette rencontre. Cette fleur me ramène trop à mon histoire personnelle. Certes, je m’en inspire – mais dans quelles proportions ? Quel est ce subtil dosage qui me permettra de construire une œuvre romanesque et non une simple autofiction ?

C.C.

[1] « Il » désigne l’éditeur (NDA)

[2] idem

Delphine Duhoux

Limite de résolution

Le nouvel an…

Mon personnage sera un sexagénaire…

Non !

Plutôt un octogénaire, réveillonnant seul chez lui, à lister ses bonnes résolutions.

Comment peut-il encore décemment imaginer qu’il honorera ses engagements ? Ça fait dix ans qu’il va « arrêter de cloper, se bouger le derrière et restreindre les cornes portées par sa femme ».

Non, cinquante ans, c’est mieux ! Plus efficace pour attirer l’attention du lecteur.

Ugo fume avec joie et est convaincu que Go Sport forme les futures gogo danseuses. Quant à son épouse, elle a une collection de taxidermiste.

J’hésite !

Avait-il foi en ses intentions, au début ? S’est-il désillusionné de lui-même au fil du temps ?

Ou bien n’a-t-il jamais accordé de crédit à sa propre liste ? Oui ! C’est plus marrant !

Si j’écris qu’il a petit à petit glissé vers le désenchantement, ça le rend prévisible.

Voilà, ce sera un épicurien plongé dans la débauche festive tous les soirs. Sauf le 31/12 ! Running gag intime, son catalogue de vœux pieux symbolise les saines habitudes qu’il ne compte pas adopter.

Et si, pour dérouter le lecteur, je faisais changer à Ugo la date de sa tradition tous les ans ?

Un 31/12, puis un 05/04 ou un 16/07.

Il pourrait même rédiger son inventaire au bistrot, devant sa quinzième coupe de champagne, entouré de bimbos ? …

Pitié !

Pourquoi mon éditeur me refile-t-il encore cette patate chaude littéraire ? Comment vais-je la mijoter, cette fois-ci ?

Depuis cinquante ans, je jure d’arrêter cette collaboration…

D.H.

France Cottin

On serait à Paris en 1960 ou un peu avant. Peu importe : toutes les années malheureuses se ressemblent. Il s’agirait d’un enfant. Garçon, fille ? En attendant, je dirai l’enfant, en hommage transitoire à Duras. Point de départ : la nuit de la Saint – Sylvestre. Banal mais je tiens l’ambiance : une nuit sans étoiles, sans espoir. Noire. Du coup, le prénom de l’enfant et le sexe qui lui correspond sont apparus : Blanche. Définitif. Avec le décor qu’il suscite : hôtel particulier, 3 mètres de hauteur sous plafond, agencement d’un goût parfait.

Blanche de Lesguern a 9 ans. Le plus souvent, on la trouve à l’entresol : elle reprend vie auprès des domestiques. A creuser. Ce soir là, elle a dîné seule à la cuisine avec la gouvernante. Ou peut-être a-t-elle eu l’autorisation de se mêler à la foule d’invités. Passé minuit, elle ira se coucher. Elle fera un détour rituel pour déposer un baiser sur le front du bébé. Chaque semaine, elle lui trouve un nouveau surnom. En ce moment, c’est Pouche. Elle s’en ira à contrecœur. A une heure, elle sera au lit. Elle guettera le bruit des pas dans l’escalier et espèrera que non. Disons qu’elle se répétera comme un mantra : « Pas le 1e janvier, pas le 1er janvier ! » et se concentrera sur l’odeur de Pouche. Comment cela se passera-t-il ensuite ? Est-ce que, comme d’habitude, son père entrera pieds nus ? Est-ce qu’il commencera par lui caresser les cheveux ? A lui susurrer « Sweetie » à l’oreille et puis tout le reste ? Stop. Lassant. Angot a le monopole. Quoi que, on n’en a jamais fini. Et si, cette fois, le bruit était plus léger ? Si c’était Moms, la mère ? Elle serrerait Blanche dans les bras à l’étouffer en criant : « Pardon, c’est fini. Il est parti. Plus jamais ». Décidément, je ne suis pas bon pour les happy ends.

F.C.

Geneviève Lambert

Nouvel an

Cela se situerait à l’approche du Nouvel An. Une année à venir, à préparer, à appréhender, laisser venir. La femme est dans son atelier, beaucoup de travail, elle prépare son agenda. Les commandes arriveront un mois à l’avance ; il faudra compter quelques jours pour la mise en place, inventer, imaginer, ne pas perdre de temps à sauter d’une idée à l’autre. Gérer le stress : ça elle connait bien, elle a déjà eu à gérer le temps, les gens, elle-même, ici ou ailleurs… et si c’est ailleurs, il ne doit pas y avoir si longtemps… La quarantaine passée, elle s’offre le luxe d’autres défis, par choix, ou pas, pour se prouver sa capacité à tout transformer, à se dépasser encore… gros risque ou juste une façon d’avancer ? L’équipe devra être au complet fin octobre, (demander de l’aide pour le casting, il est vrai que ce n’est pas son fort), et devra être prête à partir à tout moment sur les préparations. Il faudra s’attendre aussi aux livraisons retardées et les modifications clients de dernière heure. Prévoir des délais supplémentaires…

Apparemment elle est dans une grande maison de fabrication de pâtisserie, ou alors dans une entreprise d’évènementiel, elle organise les réceptions. Que peut-on faire d’autre pour un soir comme celui-là ?

Et si ce n’était pas une fête, mais plutôt la fin d’une époque, on efface tout, on recommence autre chose, ailleurs, un quelque part qui n’existe pas encore, qu’il faut créer. Elle sait faire cela, réinventer. Un nouvel an comme on retire un vêtement, comme on raye le passé et puis partir… elle est étourdie par cette nouvelle page du livre de sa vie.

G.L.‬

Isabelle Minibulle

Rendez-vous du Nouvel An

C’est bien une idée de mon éditeur ça ! me demander d’écrire une fiction sur le nouvel an. Il fait chaud, le soleil brille, je ne suis pas du tout dans l’esprit Noël avec son sapin, ses chansons, ses bougies et ses guirlandes, et la préparation du nouvel an. Je serais plutôt dans l’esprit vacances au soleil, au bord de la mer, en maillot de bain sous un parasol, mais bon, il faut bien que je trouve quelque chose.

Mon héros, un homme ? une femme ? Je bloque, je n’en sais fichtre rien. Un homme ? il se trouve seul chez lui, il est invité par des copains. Quel cliché ! non !

Une femme c’est mieux. L’histoire de l’amant qui l’invite, il a passé Noël avec sa famille. Elle se trouve une superbe robe, rendez-vous chez l’esthéticienne, etc… Ouais, rien de bien excitant.

Ah si, elle a fait des recherches sur un site sérieux de rencontres sur Internet, conseillée par sa meilleure amie (c’est bien, la meilleure amie) et l’invitation tombe pour le réveillon du Nouvel an. Ce n’est pas mal ça, j’ai de quoi « broder ». Elle a découvert la photo, il n’est pas mal, il lui plait. Lui, il l’a trouvée jolie, c’est déjà ça ! Bon, ça va le faire !

Alors, elle s’appelle comment ? Marie. Oui, je garde, il est venu spontanément ce prénom. Son âge ? je verrai après, pas une jeunette en tout cas, je ne sais pas pourquoi mais je n’ai pas envie qu’elle soit jeune.

Marie sort du taxi, il est là, il l’attend.

Finalement, ce sera aussi lui mon héros, l’homme tout seul chez lui, même pas invité par des copains.

I.M.

Isabelle Vilain

Nouvel an

Frédéric,

Mon éditeur (non, je ne rêve pas : j’ai un éditeur !) m’a proposé d’écrire une courte nouvelle (cinq mille mots) pour publication dans un recueil collectif.

Sujet : le nouvel-an.

Ma première idée : l’histoire d’un fantôme. Il débarque dans une famille rassemblée chez les anciens du clan. Les fana de musique classique sont au salon scotchés devant la télévision qui retransmet le concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne, les enfants jouent et font un boucan d’enfer, les hommes et quelques féministes sont sortis dans le froid assouvir leur vice et emplir leurs poumons de goudron, les mères ont dressé la table, le repas est prêt, on sabre le Champagne, les bulles pétillent dans les verres, on échange les vœux, on s’embrasse… quand un visiteur inattendu, un spectre effrayant, vient troubler la réunion et la transforme en tragédie. Je pourrais situer l’intrigue aux antipodes, par exemple en Australie, décrire un premier janvier caniculaire. Ce serait insolite, non ?

Mais j’ai un problème. L’histoire de Rita ne me lâche pas ! Le destin de cette femme imaginaire me hante. Ses souvenirs encombrent mon esprit. Profiterais-je de cette commande pour raconter sa rencontre flamboyante avec Éric, le soir de cette fameuse Saint-Sylvestre, dans l’explosion multicolore des feux d’artifices sur la place du Château ? Ce serait une manière de commencer à me débarrasser d’elle.

Qu’en penses-tu ?

Irène

I.V.

Jacques de Turenne

Une place sous les arbres. Des platanes. On devine dans l’obscurité les troncs familiers, cette pelade qui les signe et tout de suite rassure. Par là, lecteur, l’orchestre pour bricoler un bal de village, les lampions bariolés et des farandoles de lampes tendues en ondes molles entre les branches. Mais il faut tout modifier pour le plein air d’un bal du Nouvel An. Alors je plante des cocotiers, une foule sur la plage au bord de l’océan indien, quelque part à Dar Es-Salaam ; une de ces étendues de sable où, la nuit, une myriade de petits crabes grouillants rend la perspective incertaine. Il arrive pieds nus au bout d’un jean effiloché et troué, torse glabre, grand et grisonnant, net comme une brisure au milieu de la foule confuse et déhanchée. Des Noirs — des Blancs, ambiance coloniale avec de grands feux, des moustiques, la rumba. Lui, type marin altier débarqué d’un cargo de hasard. Ce gars tu l’admires, tu retiens ton souffle. L’idée te fouaille intensément, il possède tout ce que tu as raté : l’aventure, la liberté, le pouvoir d’être naturellement au-dessus du lot. Tu lui en veux déjà de ce paradis de pacotille qui te brouille la vue et te fait pleurer de rage. J’ai pitié de toi, lecteur, et cette icône se fissure, un groupe de danseurs frénétiques en pleine transe brûle ses yeux vacants et écarquillés à la loupe. Tu te convaincs très vite qu’il n’a plus d’âme et la peau en parchemin. Sur son front tatoué tu lis : « écris le nom ». Maintenant tu te demandes.

J.d.T.

Laurent Delesgues ‬

« Chloé venait de faire son pot d’adieu…Cette fin d’année avait été riche en émotion.

Jolie, brune, élancée, 25 ans, elle venait de rompre avec Antoine, trop « collant », trop « rapide », trop « prévoyant », il était « trop » pour elle… Au lendemain de cette rupture, elle avait reçu un appel d’un chasseur de tête lui proposant un poste de directrice de la communication à Perpignan.

Elle avait vécu cela comme un signe du destin. Elle prenait son poste le 2 janvier, nouveau poste, nouvelle vie, nouvel an, nouvel élan… »

Pourquoi pas Nice ? Poste de rédactrice en chef ? Je ne suis pas convaincu… Pierre avait été vague, une fiction pour le nouvel an.

« 2100, c’est l’heure du nouvel an… C’est l’an Fer, Boris devra durant 366 jours faire attention à tout ce qu’il touche, tout se transformera en fer, il devra en tant que super-héros, aider la population de Terranum à ne pas vivre l’enfer… Il avait réussi à traverser les ans notamment l’an Nuit, une année dans le noir qui avait paru une éternité… Il y avait eu l’an D’or, où les gens devenaient riches en dormant, Boris devant régler les conflits déclenchés par cette opulence.»

Tout cela lui semblait être tiré par les cheveux, pourquoi pas l’an Glaise, ou tout le monde parlerait anglais, pratiquerait la poterie et « filerait » dès que quelque chose ne va pas…

Chloé, Boris … pourquoi pas inverser les rôles, Boris pourrait avoir une vie comme plongeur dans les îles Caïmans et Chloé pourrait être la Wonder Woman des temps modernes.

L.D.

Lydia de Mandrala

Mémoire de femme à mère

Antonio Parras

C’est une femme. Le 31 à minuit. Au bord. Le personnage : c’est sa mémoire. Elle sait qu’elle doit passer le cap. Entrer dans la nouvelle année. Une de plus après la perte de son enfant. Personne ne devrait voir son enfant mort.

Plusieurs années après elle est toujours devant un bloc d’émotions indicibles. Un coup au ventre. Une appréhension devant le temps qui passe, ne lui rendra rien, lui a ôté le cœur, l’amour, la chair.

Doit de nouveau se donner la permission de vivre le début d’année.

Où qu’elle soit, le mois de janvier lui rappelle immanquablement, fondamentalement, le moment de sa vie où elle était enceinte, où elle a donné naissance à sa fille.

Raconter la fin de l’année après sa mort. L’anxiété taraudante, à l’idée des fêtes. N’avait pas pu se résoudre à les passer avec des personnes connues. Ne supportait ni pitié ni commisération, ni questions d’ailleurs.

Elle avait décidé d’aller noyer son chagrin dans une île, seule. Parfois son chagrin était mis à distance, lui permettait de voir la beauté des poissons dans l’eau transparente, les ciels changeants, de goûter les plats locaux et d’aimer prendre plaisir à pédaler, sentir son corps vivant sous le soleil. Souvent elle cherchait juste des traces, partout, de la présence de sa fille. Et l’absence était partout sur la terre, glaçait son cœur. Et elle se sentait si écrasée par tout le malheur du monde que les pépins s’accumulaient.

Ou raconter ce mois de janvier où elle avait appris que le père de sa fille (12 ans alors) était accusé d’avoir violé une adolescente. Sa peur, sa douleur, ses cris au téléphone. Son regard vrillant quand elle a interrogé son enfant. Sa hargne contenue qu’elle n’a sûrement pas réussi à cacher. La peur de l’adolescente qui a dit non, papa ne m’a pas touchée. En se détournant.

L.d.M.

Odile Jarrier

Hésitations pour un nouvel an

Nouvel an ? chinois pour les couleurs, les défilés. Festival de printemps, pour chasser les mauvais esprits, avec des promesses, les petites enveloppes rouges de surprises. J’aime ces tambours dans les rues, les lanternes , et les pétards éclatant partout. Quel personnage ?? un ancien, vivant les rituels avec dévotion devant les bouddhas, ou un jeune, fonçant avec les dragons dans la nouvelle année coq, rat ou cheval ?

Finalement c’est un peu trop agité, trop bruyant, foule trop envahissante, je perds le fil.

Plus d’intimité pour ces fêtes obligées. Elle en a assez des souhaits, meilleurs voeux pas toujours sincères. Quelle ironie ! Fuyant les habitudes, les contraintes, elle recherche une solitude, décide de partir pour quelques jours, loin de tout, dans le désert. Elle ne pourra joindre personne, pas d’obligations de SMS à minuit, d’appels à toute la famille avec son affectueuse avalanche de questions.

Ne pas tomber dans la caricature de la recherche de soi, « Le Petit Prince » en poche.

Elle rêve depuis longtemps d’une parenthèse spatio-temporelle. Le Temps s’écoule lentement, l’Espace est libre, réflexion, inspiration pour de nouvelles créations (styliste, plasticienne ?). Silence vibrant, subtil chant des dunes. Attractions mystérieuses, contrastes de matières, minéralité imposante, parfois hostile des rochers, douceur accueillante du sable, contrastes des sensations, chaleur engourdissante la journée, fraîcheur revigorante la nuit, contrastes de lumières blanches éblouissantes et des lueurs douces de l’aube et du crépuscule. Comme sa vie, avec toutes ses contradictions et ses ombres.

À minuit cette nuit-là, elle contemplera Orion

Elle sait qu’Antoine fera la même chose, (leur constellation fétiche).

Secrète et rassurante complicité à distance …

O.J.

Véronique Dubois

Il est blanc, c’est une évidence. Les quelques heures qui le précèdent et qui le prolongent doivent l’être. C’est la seule toile de fond possible. Quoique… A la rigueur, ce nouvel an pourrait être pluvieux. Mais il me faudrait alors des pluies diluviennes. (Ils roulent depuis deux heures. La nuit est déjà tombée. Elle colle le nez à la vitre. On n’y voit plus rien… La pluie redouble d’intensité. Il jure. Lui ordonne d’éteindre « cette putain de radio ». Lance brusquement, en continuant à regarder droit devant lui : « Ce temps pourri va flanquer notre soirée de réveillon par terre ». Ce sont ses premiers mots depuis leur départ…)

Non, il faut que je reprenne à zéro : je veux de la neige. Imaginons qu’elle aussi espère de la neige, en ce moment (ce sentiment d’apaisement extrême que les flocons qui voltigent procurent, elle le connaît elle aussi, mais aujourd’hui, sa motivation est tout autre). Elle est assise à ses côtés. Le paysage défile. De temps à autre, elle lève les yeux vers le ciel qui commence à s’assombrir. Une tempête de neige, ce serait providentiel… Même si n’importe quel imprévu majeur ferait l’affaire, du moment qu’il les ralentisse dans leur progression. Les empêche d’arriver « là-bas ». Comment échappe-t-on à une soirée de nouvel an du genre de celle qui l’attend ? Elle a encore quelques centaines de kilomètres pour y réfléchir…

Je dépose mon stylo. Je me demande comment elle en est arrivée là. Ce qu’elle fait avec un type pareil… Et puis, elle me paraît un peu trop effacée, un brin trop docile. Mais peut-être est-ce une apparence. Peut-être même une stratégie…

V.D.

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