Ecrire à partir de « Treize façons de voir » de Colum McCann

Cette semaine, Solange de Fréminville vous propose d’écrire à partir du recueil de nouvelles de Colum McCann, Treize façons de voir (Belfond, 2016). Envoyez-nous vos textes (un feuillet standard ou 1500 signes maxi) jusqu’au 22 juin à l’adresse suivante : atelierouvert@inventoire.com

Extrait

« Il situerait son récit dans l’armée. Peut-être le portrait d’un soldat au loin, un jeune Américain dans un pays étranger, qui pourrait se trouver ce soir-là dans une caserne en Afghanistan. Le thème tout simple d’un marine. Ou plutôt d’une marine : pensons à une jeune femme, presque déjà épuisée par la guerre. […] Ceci est maintenant établi : Sandi Jewell, originaire de Toledo, a vingt-six ans, elle habite dans le sud des États-Unis, elle s’est engagée chez les marines. En tenue de camouflage, casque et cagoule, elle monte la garde à plus de trois cents mètres d’altitude, dans un froid débilitant. C’est la dernière nuit de décembre et, depuis l’Afghanistan, elle va bientôt appeler un être cher à l’aide du téléphone satellite posé à ses côtés. […] Ce que voit Sandi – ou ce qu’il imagine qu’elle voit : le garçon pose son vélo à plat dans l’allée, quelque part dans une banlieue, un pays de maisons en Lego à l’extérieur de Charleston. […] Le garçon est mince, grand et beau. Disons, oui, finalement, que c’est son fils (le besoin de communiquer doit être immense, et on a là matière à tragédie : que se passe-t-il si elle n’arrive pas à lui parler ? Si la communication est coupée ? Si un coup de feu résonne dans la nuit? »

Proposition d’écriture

Elle est inspirée d’un texte du recueil, intitulé « Quelle heure est-il, maintenant, là où vous êtes ? » Colum McCann en dit : « C’est un texte qui fait entrer dans la fabrique d’écriture de l’auteur. Une métafiction pour laquelle je ne trouvais pas d’idée ». On lui avait passé la commande d’un conte de Noël. Il y raconte la panne d’un écrivain qui tente d’évoquer la nuit de Noël d’une femme GI en Afghanistan, laquelle s’apprête à téléphoner à ceux qu’elle aime. Il se demande ce qu’il va écrire, ne trouve pas l’inspiration. Puis il tient une idée, mais il cherche les contours de son personnage, les développements de son intrigue.

Imaginez qu’un éditeur vous demande d’écrire une fiction sur le thème du nouvel an, dans tous les sens du terme. Comme Colum McCann, vous cherchez un personnage, une situation. Sait-on toujours, dès qu’on se met à écrire, ce que l’on va écrire ? Tout en écrivant le début de votre fiction, vous imaginez plusieurs pistes de développement de l’intrigue. Et si mon personnage était différent ? Et si la situation évoluait autrement ? Et si ça se passait ailleurs, ou à un autre moment ?

Vous pouvez donc écrire aussi vos interrogations, vos certitudes, vos doutes sur le personnage, sur ce qui lui arrive, sur ce qu’est ce nouvel an pour lui. En somme, vous allez écrire le début d’une fiction en train de s’inventer dans la tête de l’auteur que vous êtes. Après tout, écrire sur ce qui se passe quand on écrit, écrire sur le texte en train de s’écrire, c’est encore écrire, et c’est de la fiction au deuxième degré, ou « métafiction ».

Envoyez-nous votre texte, sans oublier la contrainte : un feuillet standard, soit un maximum de 1500 signes.

Lecture

D’origine Irlandaise, Colum McCann, cinquante-deux ans, vit à New York. Auteur de deux recueils de nouvelles et de huit romans, il a reçu de nombreux prix. J’ai une particulière affection pour Et que le vaste monde poursuive sa course folle, Les Saisons de la nuit, ou La Rivière de l’exil. Au-delà de son œuvre, j’éprouve une grande estime pour la formidable entreprise d’« empathie radicale » qu’a lancée l’auteur avec son association Narrative 4, qui encourage les gens à échanger leurs histoires en les écrivant, pour se mettre à la place des autres et repousser les frontières qui les séparent.

Treize façons de voir est un ouvrage construit de façon particulière. Il s’agit à la fois d’un recueil de nouvelles et d’un roman. Le premier texte, qui atteint la taille respectable de 170 pages, pouvait d’ailleurs se suffire à lui-même.

Treize façons de voir nous confronte au caractère relatif des choses et des êtres. Chaque histoire nous raconte ce qui se passe, mais aussi ce qui aurait pu se passer. Elle approche ainsi le mouvement de flux et de reflux qui porte le destin de chacun de nous. La compassion irrigue ces histoires qui se répondent les unes les autres. Colum McCann y aborde également, comme souvent, le thème de l’Irlandais en exil et celui des liens entre fiction et réalité. Il traite en outre des questions liées au point de vue : dans le texte qui donne son titre au recueil, treize courts chapitres font alterner le monologue intérieur d’un homme âgé, malade, et ce que filment des caméras de surveillance, au cours des derniers instants qui précèdent son meurtre. Que disent ces « façons de voir », forcément extérieures, de ce qu’éprouve réellement cet homme?

S.d-F. 

Solange de Fréminville conduit des ateliers d’écriture à Paris pour Aleph-Écriture, notamment des ateliers ouverts en librairie et le cycle « Écrire avec les auteurs contemporains ».

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